Les deux agents de la sureté ferroviaire qui ont tué par balles un homme armé d'un couteau près de la gare d'Ermont-Eaubonne (Val-d'Oise), ont été mis en examen pour « meurtre » à l'issue de leur audition par la police judiciaire. Une énième aberration de la justice française qui en dit long sur la déliquescence de notre système.

La chronique politique de Roland Lombardi.

 

Le mercredi 30 juin, vers 16h, un homme de 36 ans d’origine haïtienne et présenté comme un marginal, s’en est pris violemment à des voyageurs qui attendaient leur train dans la gare d’Ermont-Eaubonne, dans le Val-d’Oise. Alors qu’il brandissait un couteau, des agents de la brigade de la Sûreté ferroviaire de la SNCF ont tenté de l’interpeller avant qu’il ne parvienne à prendre la fuite. Dans une rue voisine, il a croisé la route d’un groupe de 11 enfants avec leurs deux accompagnateurs.

Menaçant avec son arme les enfants apeurés, il a crié aux hommes de la sûreté qu’il s’en prendrait à eux s’ils ne le laissaient pas tranquille.

Face au danger les agents de la Suge (la police ferroviaire) ont fait feu et abattu l’individu.

Après les faits, les personnels de la Sûreté ferroviaire ont été placés en garde à vue par le parquet de Pontoise pour les besoins de l'enquête, confiée à la police judiciaire. Trois d'entre eux ont été laissés libres jeudi, tandis que deux autres étaient toujours entendus jusqu'à leur présentation, le vendredi suivant, à un juge d'instruction qui a décidé de leur mise en examen pour… « meurtre » !

Les spécialistes judiciaires nous rappellent qu’il s’agit d’une procédure « normale » dans un tel cas. On croit rêver ! Devant les preuves vidéo de la scène et les déclarations des divers témoins, les agents devraient néanmoins ne pas être inquiétés. Il n’en reste pas moins que cette énième décision ubuesque de la justice française est choquante. Que des représentants de l’ordre soit mis en examen pour le « meurtre » d’un individu « très défavorablement connu des services de police » – une quinzaine de mentions sur son casier judiciaire pour « violences » ! – qui menaçait avec une arme blanche des enfants, est encore une fois une véritable aberration. Ces deux agents n’ont fait que leur devoir et devraient être plutôt honorés !

Un pays qui marche sur la tête !

Malheureusement, cet épisode ne vient que s’ajouter à la longue liste de faits similaires ou de décisions de justice indignes et révoltantes. La dernière en date étant l’ignominie de l’affaire Halimi !

De même, combien de policiers ou de simples citoyens ont été inquiétés voire pire, condamnés pour s’être défendus face, la plupart du temps, à des hyper-délinquants multirécidivistes ?

Nous payons quarante ans de laxisme idéologique en politique et en matière de justice. Aujourd’hui, la France est peut-être le seul pays de la planète où la notion de légitime défense a été totalement vidée de son sens. Or les Français en ont plus qu’assez de ces inversions mortifères de normes et de valeurs. Ils n’en peuvent plus de voir leur pays marcher sur la tête et de cette Loi forte avec le faible et faible avec le fort, où les terroristes, les fous dangereux et les criminels ont les mêmes droits et les mêmes indulgences que les honnêtes gens. « L’État de droit » a bon dos. La multiplication de ces « affaires » confirme en réalité la déliquescence de notre système à bout de souffle. Au-delà d’exacerber la colère et le dégoût de nos concitoyens pour leur classe politique et la défiance envers les juges, c’est également une piteuse et méprisable image et de terribles signaux donnés à tous les ennemis de la nation, de l’intérieur comme de l’extérieur. Le temps n’est plus à la « tolérance », à l’« ouverture d’esprit » et aux « bons sentiments » qui ne sont perçus que comme des sempiternelles démissions et capitulations.

Nos élites doivent redescendre sur terre. La violence se nourrit de toutes les faiblesses et des lâchetés !

En 2022, les candidats à la magistrature suprême devront impérativement prendre à bras le corps le chantier d’une refonte totale de notre système judiciaire afin que la Justice française retrouve enfin ses lettres de noblesse. Avec notamment, à la base de toute société civilisée digne de ce nom, une reconnaissance de la légitime défense dès lors qu’elle est avérée …

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

06/07/2021 - Toute reproduction interdite


Un agent de sécurité ferroviaire de la SNCF patrouille à la gare du Nord à Paris, en France, le 23 octobre 2018.
© Philippe Wojazer/Reuters
De Roland Lombardi

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