Société | 15 octobre 2018

France: Service national universel, l’esprit et la lettre

De Meriadec Raffray
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A écouter le général Daniel Ménaouine, les principaux obstacles au « service national universel » (SNU) voulu par Emmanuel Macron seront bientôt levés. Et en 2036, à la fin de sa montée en puissance, on retiendra seulement ses vertus : « ne pas laisser des jeunes au bord de la route », selon le souhait du président ; satisfaire leur envie profonde de s’engager pour l’intérêt général, comme le constate le général au cours de ses tournées ; entretenir le lien armées-nation, le leitmotiv des militaires. Nommé par l’Elysée en février à la tête d’un petit « commando » de 7 personnalités ayant reçu la mission d’habiller ce concept griffonné par des « experts » sur un coin de table pendant la campagne présidentielle, le général artilleur aura presque réussi à tenir le calendrier. Alors que la phase d’une concertation avec les « parties prenantes » (en direct) et les Français (via internet) a débuté, le Parlement a amendé l’article 34 de la Constitution, le préalable obligé à la mise en œuvre du SNU. Son architecture doit être dévoilée fin octobre et son expérimentation débuter en 2019. Par Meriadec Raffray

Tel qu’esquissé par le commando Ménaouine, le SNU comporterait deux phases. A l’âge de 16 ans, soit un an en moyenne avant le décrochage des écoliers en difficulté (10% d’une classe d’âge), il prévoit deux périodes bloquées en internat pendant les vacances. D’une durée de 12 jours chacune, elles leur serviront à découvrir les règles de la vie en commun, les rudiments de la citoyenneté et à s’initier aux formes d’engagement volontaire. Les jeunes choisiront une thématique en vue de la seconde phase dédiée à leur engagement bénévole, jusqu’à l’âge de 25 ans. La liste des options affiche déjà les rubriques « défense et sécurité », « tutorat », « services à la personne », « gestion des premiers secours ». Chaque session initiale de 12 jours alignera 80 000 jeunes. Neuf se succèderont dans l’année afin d’absorber une classe d’âge entière (720 000 jeunes). Des bonus récompenseront les présents (reconnaissance de l’engagement et des compétences acquises) et des sanctions pénaliseront les absents.

Formateurs, locaux, coûts… En bon planificateur militaire, le démineur en chef du président de la République avance des solutions pour chacun des obstacles majeurs pointés dans l’ensemble des travaux préparatoires. Ainsi a-t-il prévu de réquisitionner l’hébergement attribué aux colonies de vacances estivales. La feuille de route qu’il a élaborée pour la période 2019-2026 servira de base pour bâtir la future loi de programmation du SNU permettant de « cranter » l’effort financier requis, dont le Parlement discutera au printemps prochain ; il est prévu 1,7 milliard d’euros sur la période pour les infrastructures et autant pour le fonctionnement annuel à terme. C’est très peu au regard des 50 milliards d’euros dévolus tous les ans à l’Education nationale, sous l’égide de laquelle sera placé le SNU. C’est énorme par rapport à la hausse annuelle du même ordre, jugée exceptionnelle, consentie aux armées sur la période 2019-2022. C’est pour cela aussi que la contribution des militaires au SNU sera symbolique. On compte sur ceux qui quittent l’active pour s’engager à former les 30 000 formateurs nécessaires s’il l’on veut respecter le ratio optimal de 1 encadrant pour 5 jeunes. Il sera fait appel d’office aux élèves de toutes les grandes écoles publiques et, sur la base du volontariat, à leurs camarades des autres filières.

Le général Ménaouine confie : « en deux jours, on qualifie un volontaire de la Sécurité Civile aux tâches logistiques basiques. Si 10 % des jeunes bénévoles choisissent cette filière et répondent présent le jour où surviendra sur notre territoire une catastrophe d’une ampleur comparable à celle de Fukushima, qui a mobilisé 100 000 hommes, le SNU aura atteint ses objectifs ». Idem si les armées suscitent des vocations parmi les adeptes de la thématique « défense et sécurité » pour combler les rangs de l’active et de la réserve. Reste que l’on peine encore à imaginer la mise en œuvre intégrale de ce SNU qui ressemble aujourd’hui beaucoup à une « usine à gaz » technocratique.

19/09/2018 - Toute reproduction interdite


Le président français Emmanuel Macron rencontre des étudiants lors d'une visite marquant le 40e anniversaire de l'école des officiers de l'armée de l'air à Saint-Agnant, France, le 14 juin 2018.
De Meriadec Raffray

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