Alors que les grands pays européens achèvent à peine de tourner la page du service national universel obligatoire sous une forme militaire ou civile – l’Allemagne a fermé le ban en 2011 -, Emmanuel Macron est convaincu qu’il est urgent de le réintroduire en France.  

Pour donner corps à cette promesse ficelée à la va-vite pendant la campagne (on évoque alors un service d’une durée d’un mois), le président de la République compte sur le groupe de travail qu’il a constitué en février. A charge pour son petit « commando » de 7 personnes d’ «habiller » l’idée présidentielle pour la fin avril. Pour être bien certain qu’il réussisse, il a nommé à leur tête un militaire repéré lors d’une de ses premières tournées au Mali, le général Daniel Ménaouine. Réputé intelligent et politique, cet artilleur a été chef de cabinet de deux chefs d’état-major de l’armée de Terre, et il est concerné par la question de la diversité : son père, algérien, a rallié les Français après l’indépendance et a fait une carrière de sous-officier chez les parachutistes.

Avec le SNU, on prête à Emmanuel Macron l’intention de concocter une grande mesure politique au profit de la jeunesse et de la cohésion nationale. Le problème est que la plupart des spécialistes qui se sont penchés sur sa faisabilité butent sur les mêmes questions : son coût, estimé entre 4 et 6 milliards pour 700 000 jeunes enrôlés un mois par an – chaque ministère étant mis à contribution, car l’Elysée a garanti aux Armées qu’elles ne paieront pas la facture -, la lourdeur de son organisation (il n’existe que 200 000 places d’internat, il faudrait aussi mobiliser entre 160 000 et 200 000 encadrants…), ou les pièges juridiques inhérents à la recréation d’une obligation de nature… non militaire.

A la rentrée, au vu de la tonalité négative de ces premières remontées du terrain, le Premier ministre a commandé un rapport à sa mission inter-inspection. Confirmant l’ampleur des difficultés soulevées, Edouard Philippe en a interdit sa diffusion. Et Emmanuel Macron a fait monter en ligne sa majorité pour contourner une administration qu’il soupçonne de vouloir torpiller l’affaire.

D’où le rapport sur le SNU présenté par les députées Mariane Dubois et Emilie Guérel à la mi-février ; au Sénat, deux ex secrétaires d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel et Jean-Marc Todeschini, se sont emparés du sujet. Les commentaires contradictoires ayant accompagné la publication du travail des deux députées s’expliquent par la formule œcuménique qu’elles proposent, mixant obligations et volontariat : un « parcours citoyen renforcé s’appuyant sur les dispositifs existants qui fonctionnent ». Il commencerait par l’apprentissage de la citoyenneté à l’école (11-16 ans), clôturé par la « Semaine de la défense et de la citoyenneté », et se poursuit par une période dédiée à l’engagement volontaire (16-25 ans), via des dispositifs comme les préparations militaires, les jeunes sapeurs pompiers, le service civique ou l’engagement associatif.

A propos du Service National Universel, le patron de l’armée de Terre, le général Bosser, confie volontiers : « Avec une force de combat à 77 000 hommes, je ne sais pas gérer 700 000 jeunes. Mais si vous me confiez 100 000 défavorisés, je prends tout de suite ». Aux dernières nouvelles, le « commando » de Macron réfléchirait à l’idée que les Armées s’engagent en formant les futurs encadrants du SNU… A suivre.

09/05/2018 - Toute reproduction interdite.


Un soldat monte la garde devant un Boeing C135 sur le tarmac de la base militaire d'Istres, dans le sud de la France, le 20 juillet 2017.
De Meriadec Raffray