Pierre Bredeau, 37 ans, a fondé en 2010 le cabinet de conseil en recrutement Civimil spécialisé dans le placement d’ex-militaires et membres des forces de sécurité dans le secteur privé. Il s’apprête à inaugurer une plateforme numérique d’emploi dédiée exclusivement à leur mise en relation avec les entreprises (sur le modèle des « job board »). Issu du monde militaire, l’entrepreneur a servi dix ans comme spécialiste des transmissions dans l’armée de Terre.

Chaque année, 20 000 militaires retournent à la vie civile: quels sont leurs qualités aux yeux des entreprises qui les recrutent?

Quel que soit le poste, la taille et le secteur d’activité ciblés, les entreprises plébiscitent le savoir-être des militaires. La plupart ont identifié la valeur ajoutée comportementale de ces profils issus du moule kaki ou bleu. D’ailleurs, elles recrutent souvent des militaires dont les compétences ne sont pas spécifiques aux postes en jeu. Nous en avons récemment placé cinq à la base logistique de Leroy Merlin de Valence, l’une des plus grosses de l’enseigne : tous étaient des managers opérationnels expérimentés mais sans spécialité logistique. Ils ont été engagés pour leur sens du service, de l’engagement, du collectif, pour leur probité, leur force de conviction et d’entraînement.

Quid de l’expérience de ces militaires qui ont aujourd’hui quasiment tous baroudé aux quatre coins du monde ?

C’est évidemment un atout supplémentaire. Nous plaçons très vite les mécaniciens de la Marine : ils sont réputés pouvoir intervenir sur pratiquement n’importe quelle type de moteur. Il font le bonheur de l’industrie maritime et des énergéticiens. Parmi nos clients, nous comptons des sociétés comme la filiale de Naval Group en Arabie Saoudite ou celle de Véolia en Chine. Du point de vue des candidats, cette expérience peut s’avérer un frein. Après une première vie professionnelle faite de déménagements successifs et d’absences à répétition, une minorité refuse la mobilité.

Quelles sont les spécialités militaires recherchées ?

Depuis les mécaniciens auto jusqu’aux personnels de santé, à commencer par les médecins, quel que soit leur spécialité, les profils ciblés sont très divers. Trois catégories émergent : les métiers directement transposables, les compétences « en tension », les expertises rares. Pour ces profils, les entreprises doivent parfois accepter de faire un effort financier. Mais pour Civimil, un bon profil conjugue toujours des compétences particulières, des compétences transversales et un savoir-être.

Sur quels points les candidats doivent-il, à leur tour, faire effort ?

Les militaires doivent préparer leur départ comme ils se préparaient à partir en opération. S’habituer à ne plus parler « kaki », ne pas se reposer uniquement sur l’Agence de reconversion des militaires, même si elle est efficace, diversifier ses sources d’information, démarrer le réseautage…

Comment Civimil repère les candidats ?

D’une part, nos recruteurs ont tous exercé ce métier dans les armées. Ils ont chacun leurs réseaux et leurs antennes. Notre seconde spécificité est d’exploiter les réseaux sociaux. Enfin, nous réalisons des campagnes de publicité ciblant tous les régiments et emprises territoriales. En aucun cas, nous ne débauchons des militaires en poste : nous nous intéressons uniquement aux personnes, depuis le soldat jusqu’au général, qui expriment leur désir de quitter l’institution.

10/07/2018 - Toute reproduction interdite.


Pierre Bredeau, fondateur, et Alain Azor, responsable des recrutements de la société Civimil
De Meriadec Raffray