En trois décennies, l’islamisme s’est implanté dans une bonne partie de l’Hexagone. En plus des grandes villes et de leurs périphéries, l'islam radical est présent dans une quarantaine de communes. Les plus extrémistes gagnent du terrain à travers des stratégies diverses, mais qui ont toutes un même objectif : imposer un islam intégriste.

Nos reporters ont enquêté sur ce phénomène d'une ampleur inquiétante. Vous pouvez lire leur reportage dans son intégralité ici.

Strasbourg, Besançon, Roubaix, Toulouse, Béziers, Bordeaux, Aubervilliers, sans oublier les cités périphériques de Marseille, Lyon et Paris... La liste des villes françaises minées par l'islamisme est longue et concerne, en dehors des grandes métropoles, une quarantaine de petites communes, selon les services de renseignement. Dont certaines sont aujourd'hui clairement identifiées, comme Lunel ou Annecy, et d'autres que l'on ne soupçonnerait pas, tel ce petit village de la Nièvre, Saint-Léger de Fougeret. Dans chaque cas, l'islam radical met en place une stratégie spécifique, selon la nature des courants implantés (Turcs du Millî Görüş, salafistes, Frères musulmans...) et parfois des puissances étrangères qui les soutiennent. Communautarisme, prédication, militantisme politique, entrisme associatif et enseignement religieux dans des écoles hors contrat sont autant de moyen pour imposer un islam radical dangereux, souvent camouflé derrière une logique de dissimulation (taqiya).

Il est urgent de prendre conscience de ce danger, d'autant que « les cinq prochaines années vont être particulièrement sensibles », prévient Youssef Chiheb, directeur de recherche au CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) et grand spécialiste de la radicalisation islamiste. Car le travail d'islamisation coïncide à court terme avec la libération des 300 jihadistes incarcérés depuis leur retour (la France est le principal pourvoyeur européen de djihadistes, avec 1200 départs recensés). « Comme ils n'ont commis aucun délit en France, ces djihadistes vont purger des peines relativement courtes, jusqu'en 2025 ou 2026, avant d'être libérés », ajoute Youssef Chiheb ; « Or, ce sont des gens qui ont mené des actions armées à l’étranger au nom du djihad, ont connu la prison, qui maîtrisent le maniement des armes et qui sont extrêmement remontés. C'est donc une menace à prendre très au sérieux ». Sans oublier la part d'islamistes radicalisés (environ 10%) parmi les 30.000 du FSPRT (1), soit entre 3.000 et 10.000 islamistes radicalisés potentiellement capables de commettre un acte terroriste en France.

Dans ce contexte, l'ancrage de l'islamisme dans toutes ces villes tient de la poudrière. D'où l'importance de notre enquête, pour identifier d'abord, commune par commune, ces foyers et ces stratégies qui participent à la radicalisation islamique. En sortant de certains stéréotypes, comme la causalité simpliste entre immigration et djihadisme ; sans nier cependant l'échec total des politiques d'intégration ou d'assimilation. Et en évitant aussi, bien sûr, la grossière confusion entre islam et islamisme.

Il s'agit également de sortir du déni d'un grand nombre de responsables politiques, dont des élus locaux de tous bords, voire du calcul électoraliste et clientéliste. Une situation délétère où l’État a une part de responsabilité, en ne soutenant pas assez des maires engagés dans ce combat.

Pour mémoire : depuis neuf ans, les islamistes ont tué 280 personnes en France. 37 attentats ont été perpétrés dans l'Hexagone, et 59 projets d'attentats islamistes ont été déjoués.

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(1) FSPRT : Fichier des Signalements pour la Prévention de la Radicalisation à caractère Terroriste

29/06/2021 - Toute reproduction interdite


Les forces spéciales du RAID et les forces d'intervention du GIPN ont mené des raids tôt le matin du 30 Mars 2012 pour arrêter des membres de la communauté islamiste dans plusieurs villes françaises.
© Stephane Mahe/Reuters
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