Dimanche dernier s’est déroulé le premier tour de la primaire écologiste. L'eurodéputé Yannick Jadot et l'économiste Sandrine Rousseau se sont qualifiés pour le second tour, avec respectivement 27,70% et 25,14% des voix. Les deux candidats s'affronteront donc du 25 au 28 septembre pour représenter leur famille politique à la présidentielle de 2022. Petite radioscopie de cette mouvance idéologique, minoritaire et très particulière…

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

 

Le premier tour de la primaire écologiste s'est joué dans un mouchoir de poche, bien que l'eurodéputé Jadot parte favori. Au final, seules 3 000 voix le séparent de sa rivale Sandrine Rousseau. Avec ses 27,70% des suffrages exprimés sur les 84% des 122 000 inscrits (dont 12 000 militants d’EELV), l’ancien président de Greenpeace n'a pas rassemblé autant que prévu. Éric Piolle, le maire de Grenoble, a quant à lui recueilli 22,29% des voix, soit 5,41 points de moins que Yannick Jadot et Delphine Batho, 22,32 %.

Ces résultats démontrent que le mouvement est quasiment divisé en quatre groupes et illustrent le morcellement de l’électorat vert.

Ainsi, c’est clairement l’écologie radicale qui s’affirme.

Les scores combinés des deux candidates aux thèmes de campagnes les plus radicaux, avec Delphine Batho et son idée de décroissance et Sandrine Rousseau et le concept d'éco féminisme, atteignent 47,46% des suffrages exprimés.

Quoi qu’il en soit, les deux finalistes - le « pragmatique » Jadot et la « radicale » Rousseau - s’affronteront ce week-end, après un débat organisé sur LCI mercredi dernier durant lequel les deux protagonistes ne se sont pas véritablement départagés.

Au vu de la conjoncture et de l’organisation même de la primaire des écologistes, Sandrine Rousseau peut tout à fait être la candidate désignée pour la magistrature suprême en 2022.

Sandrine Rousseau, championne du débit d’âneries

D’ores et déjà, la majorité des socialistes – ou ce qu’il en reste – et les Insoumis de Mélenchon répètent à l’envi qu'ils préféreraient voir Sandrine Rousseau victorieuse à la primaire.

Rien d’étonnant, puisque l’économiste de 49 ans s’est fait connaître en venant soutenir la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Elle est la digne incarnation, et surtout le porte-voix de l’alliance du rouge et du vert, et surtout de toute la culture woke, communautariste, féministe, déconstructive la plus radicale de l’extrême-gauche.

Elle assume sa « radicalité » et dénonce les « violences policières » (elle a apporté un franc soutien à Assa Traoré), veut « interdire les pratiques discriminantes et violentes comme le contrôle au faciès ». Pas un jour où elle ne défraye la chronique avec des déclarations délirantes.

Petit florilège, non exhaustif : sur les migrants, « Nous devons arrêter d’humilier ces personnes comme on le fait actuellement, où la seule politique est de mettre des coups de canif dans les tentes où vivent ces personnes (…) Il faut sortir de ça. Il faut qu’on les intègre. Et on met en place un fonds de développement — ce qui était le projet initial de l’Europe, avec une taxe sur les transactions financières ». « Il nous faut un taux d’imposition marginal important, du temps de Mitterrand il était de 80 % » (toujours le même leitmotiv : taxer, contraindre, taxer, contraindre), « Moi présidente, j’arrêterai les ventes d’armes (…) je préfère la paix à la guerre », « Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR », « Écartons d’abord les faits, car ils ne touchent point à la question » ou encore : « je vis avec un homme déconstruit » !

Plus ubuesque encore, devant l’afflux des migrants afghans et le risque de menace terroriste, elle indique, toute honte bue, qu'en cas d'infiltration d'éléments radicalisés parmi les réfugiés, il serait de toute façon préférable de les avoir en France : « Le fait d'avoir des terroristes en France permet de les surveiller » !

Bref, jamais un programme sérieux pour l’environnement, ni une quelconque préoccupation sincère ou empathie pour les vrais oubliés de la mondialisation, ni pour le véritable « peuple de gauche » qu’elle est censée défendre et qui est à mille lieues de ses propositions hors-sols, de sa novlangue et de ses propos formatés et sectaires.

On ne peut qu’être consterné qu’une titulaire d’un doctorat en économie débite autant d’âneries à la minute et on frémit à l’idée de la teneur des cours que cette enseignante-chercheuse peut dispenser à ses étudiants…

Sur le plan politique, loin d’être une illuminée ou une candidate « folklorique », comme on peut en voir dans toutes les présidentielles, elle a très bien compris que sa radicalité assumée, le « buzz » et une exposition médiatique, sont les garants du succès dans nos sociétés, et surtout dans son camp.

Testée pour la première fois lors d’un récent sondage, Sandrine Rousseau ne récolterait que 2% des intentions de vote. Au niveau national, les écologistes regroupent une ultra-minorité sectaire de marginaux, de bobos urbains ou d’extrême-gauche. Une minorité totalement déconnectée du monde réel, mais très active et influente dans l’intelligentsia bien-pensante, même si elle représente moins 10% de voix dans l’électorat français. D'ailleurs, les succès écologistes aux dernières élections municipales et européennes sont plus que relatifs, du fait du record historique des abstentions. On a vu, depuis, les résultats catastrophiques dans la gestion des municipalités qu’ils ont remportées

Sandrine Rousseau et Yannick Jadot estiment que leur écologie est la « force propulsive » et « motrice » de la gauche aujourd'hui. Ils ne se désisteraient pas au profit des candidats socialistes ou insoumis avant le 1er tour de l'élection présidentielle. Mais d’ici là tout peut arriver, et en politique, on le sait, les promesses n’engagent…etc., etc.

Espérons seulement que les 70% d’abstentionnistes, déçus par la politique et majoritairement de droite, se mobiliseront enfin en 2022 – on ne sait par quel miracle au regard du panorama politique proposé pour le moment… – et renverront une bonne fois pour toutes ces groupuscules d’hurluberlus dangereux aux oubliettes de l’Histoire !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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23/09/2021- Toute reproduction interdite


Sandrine Rousseau, candidate à la primaire des écologistes, aux journées d'été des écologistes 2021, à Poitiers
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De Roland Lombardi