Analyses | 13 mai 2019

France : Les Frères Musulmans préparent les esprits au jihad

De Emmanuel Razavi
4 min

Joachim Véliocas dirige l’observatoire de l’islamisation. Auteur de « Mosquées radicales » (DMM éditions, 2016), il alerte depuis des années sur la montée du discours islamiste propagé par l’organisation des Frères Musulmans. Entretien.

 

En quoi peut-on dire que les Frères Musulmans sont les inspirateurs du Jihadisme moderne ?

Ils ont compté en leur sein les théoriciens qui ont beaucoup réfléchi sur le jihad offensif, et qui ont eu le plus d’influence au XX ème siècle. Déjà, dès 1936, Hassan Al-Banna dans sa Lettre aux jeunes enjoint à combattre pour faire flotter le drapeau de l’islam partout où les conquêtes passées avaient installé l’islam, Sicile, Balkans et Andalousie compris. Ensuite les idéologues comme Sayyed Qutb, Abdallah Azzam et Al Qaradawi ont justifié la conquête armée. Le premier dans A l’ombre du Coran écrivit : « Le but ultime du jihâd n’est nullement la protection d’un territoire. Il est bien plutôt le moyen d’instaurer le royaume de Dieu au sein du territoire et ensuite, à partir de cette base, de se déplacer dans le monde entier, le genre humain tout entier. ». Azzam est avec lui le plus lu chez les djihadistes contemporains. Enfin, Yussef Al-Qaradawi, est diffusé dans les mosquées de l’UOIF et banalisé jusqu’à la Fnac où j’ai acheté La Science du musulman (Maison d’Ennour, 2007), essai où on lit : « La formation du croyant vise l’édification d’une génération de vrais croyants, habilités à porter le flambeau de la réforme et de la rénovation, est préalable à toute action d’exhortation au combat sur la voie de Dieu; lequel combat fait du recours aux armes le moyen de procéder au changement de la société et à l’instauration de l’état » . Cette littérature tolérée par la France prépare idéologiquement les futurs djihadistes.

 

Existe-t-il une stratégie de l'entrisme des Frères Musulmans ? Quelle est-elle ?

Oui et cette stratégie a été murement réfléchie comme le montre un document saisi par la police suisse chez le banquier des Frères, Youssouf Nada, en 2001, intitulé Le Projet. On y lit les conseils donnés aux militants parmi lesquels « Inviter tout le monde à participer aux conseils parlementaires, municipaux, syndicaux et à d’autres institutions dont les conseils sont choisis par le peuple dans l’intérêt de l’islam et des musulmans ». Et on a pu effectivement voir des sympathisants de l’UOIF investir le mouvement En Marche comme Rachid El-Kheng et Yanis Khalifa, ou séduire le Parti socialiste comme l’imâm Sofiane Iquioussen, fils de Hassan. Dans les années 2000, la Ligue de l’Enseignement était poreuse à la mouvance de Tariq Ramadan. Au niveau municipal, arrivés au poste d’adjoints au maire, ils œuvrent pour l’avènement des mosquées fréristes comme Fatima Jenn (LREM) à Mulhouse ou Mohrad Laghrari (LREM) à Beauvais.

 

Quel est le rôle joué par le Qatar et la Turquie vis à vis de  l’islamisme en France ?

Ces deux pays, s’ils sont alliés, jouent chacun leur propre partition chez nous. La Turquie investit le champ éducatif avec un projet de campus universitaire à Strasbourg, des collèges et des lycées via le mouvement Millî Görüş qui a lancé une Union européenne pour l’enseignement privé musulman. A Strasbourg, Corbeil-Essonnes, Vénissieux, Clichy-sous-bois, des écoles primaires et secondaires existent déjà, et à Belfort et Besançon prochainement. L’Education Nationale tolère cela. Des grandes mosquées en style ottoman sont sorties de terre à Vénissieux et Strasbourg. Le Qatar lui abonde en numéraire les grandes mosquées et écoles de « Musulmans de France » (ex UOIF) à Poitiers, Mulhouse, Lille, Nantes, Reims, Villeneuve d’Ascq. Les associations fréristes locales animent ces lieux. Le Qatar fait confiance à leur intégrité en matière idéologique.

 

 Y-a-t-il des mosquées indépendantes en France ?

Si les mosquées sont construites à l’initiative d’organisation marocaines avec l’UMF et le RMF, algériennes comme la Mosquée de Paris ou du Milli Gorus turc, certaines sont initiées par des associations indépendantes. C’est surtout le cas des mosquées salafistes. Étant donné que ce courant devient majoritaire chez les pratiquants, les fidèles sont implantés partout et il est par conséquent facile de collecter de l’argent localement. Ainsi, les 152 mosquées salafistes recensées (chiffre 2018) sont la plupart indépendantes les unes des autres.
 

 Pourquoi des mairies – comme celle d’Avignon – laissent-elles parfois des salles municipales à des prédicateurs islamistes ?  Faut-il condamner les maires qui laissent faire cela ?

Vous faites référence à l’enquête de Paris Match en janvier 2016 intitulée « La cité des salafistes » qui a révélé qu’une salle municipale servait à des cours coraniques. Les maires, de gauche et droite confondus, veulent séduire l’électeur musulman ainsi que je l’ai démontré dans mon essai, Ces maires qui courtisent l’islamisme (Tatamis, 2010). Il semble aisé de saisir les tribunaux administratifs pour qu’ils jugent de la compatibilité de ces pratiques avec la loi de 1905. Lors des fêtes du ramadan, de nombreux gymnases municipaux sont mis à disposition.
 

Pourquoi n’interdit-on pas les Frères Musulmans en France, et ne ferme-t-on pas les associations qui se réclament de leur philosophie ?

Par lâcheté et par peur. Maintenant que les Frères Musulmans contrôlent 170 mosquées en France, nos gouvernants savent bien que les islamistes crieront à l’islamophobie, appelleront à manifester et qu’un Erdoghan réagirait avec une rhétorique guerrière. Quand une mosquée salafiste de Sartrouville a été fermée en octobre 2017, le quartier a connu plusieurs nuits d’insurrections contre la police. Nous avons perdu trop de temps, nos politiques ne voudraient assumer 170 foyers insurrectionnels. Et pourtant, il faut bien fermer ces lieux où la littérature des Frères Musulmans prépare les esprits au jihâd.
 

Au fond, que veulent les islamistes ? Qu’attendent-ils ou que veulent-ils de la France ?

Ils veulent déjà « réislamiser » les musulmans ayant fait souche en France. Puis créer une société parallèle avec leurs propres écoles, associations sportives et caritatives. Les territoires puis municipalités suivront dans la continuité que met en place une dynamique de progression en peau de panthère. Aujourd’hui des conseillers municipaux, demain des mairies. Un chassé-croisé démographique fait que les français historiques quittent naturellement ces zones. Oui, demain, comme prévient Gérard Collomb, des communautés ne vivront plus côte à côte mais face-à-face.

 

13/05/2019 - Toute reproduction interdite


Livre de Joachim Véliocas "Mosquées radicales, ce qu'on y dit, ce qu'on y lit" Ed. DMM
DR
De Emmanuel Razavi

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