Analyses | 9 octobre 2018

France: L'entretien des matériels militaires terrestres, de nouvelles opportunités pour le privé

De Meriadec Raffray
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Sous la pression des coupes budgétaires de ces dernières années, les armées ont fait des choix pour maintenir leur « modèle complet ». Elles ont notamment privilégié le « maintien en condition opérationnelle » des équipements projetés (2 500 exemplaires) sur les théâtres d’opérations extérieures – ce qu’on appelle le « MCO » dont le périmètre englobe la maintenance et la réparation des équipements, ainsi que la logistique associée. Par Meriadec Raffray

Des véhicules blindés aux hélicoptères, les taux de disponibilité y sont supérieurs à 90%. Mais cette prouesse a été réalisée au détriment des parcs restés en France et, par ricochet, de la préparation opérationnelle de leurs équipages, dont les indicateurs respectifs sont en chute libre. Les conditions particulièrement « abrasives » au Sahel, frappant indistinctement matériels high tech et hors d’âge, ont amplifié ce phénomène de « ciseau ». Le patron de la logistique de la base militaire française de Gao, pivot des opérations menées contre les djihadistes au Mali par les hommes de Barkhane, explique : « le potentiel d’un an de nos matériels terrestres en France était consommé en un mois en Afghanistan et dure ici une semaine ». Voilà pourquoi, par exemple, sur 467 hélicoptères en parc dans les armées, 300 sont indisponibles, souligne un rapport du Sénat publié au printemps. Mais les intéressés reconnaissent aussi que les organisations mises en œuvre pour rationaliser le couple coût-efficacité du MCO n’ont pas donné entière satisfaction…

Déterminé à améliorer les taux de disponibilité des parcs, l’un des critères majeurs de la capacité opérationnelle d’une armée, l’hôtel de Brienne se félicite, d’une part, d’avoir accru l’enveloppe budgétaire consacrée à l’entretien programmé des matériels. De fait, le budget 2018 accorde une hausse de 450 millions (+ 13%) à cette activité, portant son montant total à 3,9 milliards d’euros pour les trois armées. Si l’efficacité du MCO est directement corrélée aux ressources allouées, les généraux demeurent circonspects. L’un des plus étoilés estime même que « les crédits consacrés au soutien des forces et à l’entretien programmé des matériels constituent la vraie faiblesse de la loi de programmation militaire 2019-2025 » ; pour lui, « le risque est grand que ces deux postes soient sacrifiés pour financer le surcoût des opérations extérieures dont on nous imposera rapidement la totalité de la charge ».

Simultanément, le ministère impose de nouvelles réformes de structures aux armées, en s’appuyant sur des audits internes poussés réalisés par des experts. Au printemps, le ministère a sanctionné l’armée de l’Air. Jugés incapables d’innover sur le plan technique, en particulier pour améliorer les taux de disponibilité des hélicoptères, les aviateurs ont perdu la main sur le MCO des aéronefs et des voilures tournantes des armées. L’activité est passée sous la tutelle de l’état-major des Armées et son pilotage quotidien a été confié à un ingénieur de l’armement. L’autre volet de la réforme vise le MCO des matériels terrestres. Le taux de disponibilité de l’ordre de 65% des 3 500 équipements principaux est apparu perfectible à condition d’accentuer les orientations prises à partir de 2009. L’Armée de Terre conserve le contrôle de l’ensemble (coiffé par la Simmt), mais la part des tâches confiées aux industriels sera augmentée et leur sera garantie sur le long terme. De l’ordre de 15% de la maintenance industrielle, leur part devrait monter à 40% avant 2025. En contrepartie, ces derniers devront s’engager à fournir, non plus des prestations techniques dans des délais impartis, mais des heures de disponibilités, à l’image de la formule testée avec succès pour les parcs dédiés aux écoles. A cet effet, les contrats intègreront des mécanismes de prix révisables. Cela signifie que les industriels seront aussi priés de traiter en amont les obsolescences frappant les équipements. Pour eux, c’est l’amorce d’un véritable changement de modèle : « Grâce au volume d’activités garanti, ils pourront faire tourner leurs bureaux d’études. En échange, il leur reviendra de financer leur RetD et leur innovation », décrypte un expert.

20/08/2018 - Toute reproduction interdite


Un soldat français de la 12e division blindée utilise ses jumelles d'un véhicule blindé lors de l'opération régionale anti-insurrectionnelle Barkhane à Inaloglog, Mali, le 17 octobre 2017.
De Meriadec Raffray

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