Analyses | 19 août 2018

France: Entretien avec Ludovic Ouvry, Les deux scénarii de la menace chimique

De Meriadec Raffray
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De Salisbury, en Grande-Bretagne, à la Ghouta en Syrie, en passant par la France, où une tentative d’attentat a été récemment déjouée, la menace chimique est d’actualité. Fondateur et dirigeant de la PME Ouvry, fournisseur attitré des forces armées et de sécurité intérieure en solutions de protection et de décontamination contre les agents nucléaires, radiologiques, bactériologiques et chimiques (NRBC), Ludovic Ouvry en décrypte les tenants et aboutissants.

Quel crédit apporter à la menace chimique ?

Je constate que les grands programmes actuels d’équipement des forces armées intègrent des spécifications pour soutenir un combat de haute intensité dans une ambiance contaminée. Le scénario d’une agression « NRBC », de type Pacte de Varsovie pendant la Guerre froide, a resurgi et nos états-majors le prennent au sérieux. Un second cas de figure émerge de l’actualité : la menace chimique de basse intensité de nature terroriste. Cela concerne autant le territoire national que les théâtres de nos opérations extérieures. Je pense à l’Irak dont nous avons des retours par nos clients : le détachement des forces spéciales françaises, l’ambassade de France à Bagdad ou encore Médecins sans frontières. Ils nous passent des commandes pour renouveler leurs équipements spécifiques et veulent être livrés au plus vite…

 

Que recouvre exactement cette menace ?

Son spectre est assez large. On parle de l’arme du pauvre, le chlore. Ce banal produit industriel devient une arme quand il est utilisé contre les belligérants ou des civils otages d’un conflit. On parle aussi des chimiques de guerre, prohibés par les conventions internationales. Il est prouvé que du VX d’origine syrienne, un neurotoxique fulgurant, a été utilisé à la Ghouta en août 2015. Par qui ? C’est difficile à établir. C’est un produit cousin du Novichok de l’affaire Sergueï Skrypal, cette arme dite « binaire » issue de l’assemblage de deux produits en libre circulation. Du gaz Sarin, autre neurotoxique de guerre prohibé, a servi à neutraliser le demi-frère du leader nord-Coréen, à Kuala Lumpur en février 2017.

 

Qui sont les utilisateurs de vos équipements ?

A l’origine, nous équipions les forces combattantes, les unités spéciales et d’intervention de la police et de la gendarmerie. Au lendemain du 11 septembre 2001, nous nous sommes progressivement ouverts au monde civil. Il pèse aujourd’hui la moitié de notre chiffre d’affaires. Après les sapeurs-pompiers, les Samu ou les hôpitaux, ce furent des opérateurs d’importance vitale (les OIV) comme la RATP, la SNCF, ADP ou EDF. Désormais, nous travaillons avec la sécurité privée, dont le personnel est en première ligne dans de nombreux lieux publics et privés, ou avec les secteurs du tourisme et du loisir. Cette diversification va s’amplifier dans la perspective des JO de 2024 à Paris.

 

Comment évoluent leurs besoins ?

Nous avons commencé par mettre au point des tenues et des combinaisons pour les forces armées (24 heures de protection) et leurs déclinaisons allégées pour les primo-intervenants (12 heures). Assimilées à des matériels de guerre, leur vente est soumise à autorisation. Dans un souci d’alléger l’empreinte logistique, mais aussi de répondre aux besoins des entreprises civiles, nous avons inauguré une nouvelle gamme d’équipements. Ils sont le résultat de la quinzaine de programmes de recherche et développement menés avec des laboratoires au cours des dix dernières années. Nous commercialisons un gant inédit de décontamination individuelle d’urgence ; sa matière absorbe et neutralise les agents chimiques et biologiques. Pour les entités civiles, nous avons élaboré un kit de protection et de décontamination minimale qui contient une cagoule de tête respirante, une paire de gants étanches et ce gant de décontamination. Nous développons aujourd’hui une offre de formation et d’information adossée à du matériel de simulation ultra-réaliste.

 

14/06/2018 - Toute reproduction interdite 


Tenue de combat NRBC portée par les Forces Spéciales
De Meriadec Raffray

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