Société | 3 mai 2021

Des « mains de super-héros » pour des enfants handicapés

De Fild Fildmedia
4 min

Thierry Oquidam est co-fondateur d’e-Nable France, une association spécialisée dans la conception de prothèses en 3D. Il revient sur l’histoire des mains colorées et personnalisables qui donnent confiance, assurance et sourire à des enfants courageux nés avec un handicap.

Par Alixan Lavorel

Lorsqu’il a découvert l’impression 3D en 2013, Thierry Oquidam n’a pas imaginé l’aventure qui allait l’attendre pour les prochaines années. En quête d’idées pour utiliser sa nouvelle imprimante en trois dimensions, il est tombé par hasard sur le site de l’association américaine e-Nable qui fabriquait des prothèses de mains pour les enfants atteints d’agénésie. En d’autres termes, une maladie rare qui empêche la formation d’un organe ou du membre d’un enfant avant sa naissance. Le sang de cet informaticien de formation « n’a fait qu’un tour » et une idée a germé dans son esprit : « Je vais façonner des mains ».

Après plusieurs modèles envoyés à l’étranger, la première main fabriquée et assemblée par Thierry Oquidam pour un enfant français est sortie de son imprimante en août 2015. L’histoire a fait alors le tour du pays : « C’était hallucinant ! Dans le mois qui a suivi j’ai reçu 60 demandes ! », se remémore-t-il. Face à la masse de travail, la branche française d’e-Nable s’est alors créée « entre quelques copains ». Cinq ans plus tard, « ce mouvement bénévole et philanthrope », comme le décrit Thierry Oquidam, regroupe 414 makers – le nom donné aux fabricants 3D, ndlr – à travers toute la France.

Au sein du mouvement, tous les bénévoles prennent de leur temps en dehors du travail pour venir en aide à un enfant et à ses parents. Ces derniers n’ont pas à verser un seul centime à e-Nable. Le maker désigné par l’association prend en charge le coût d’une cinquantaine d’euros de plastique nécessaire à la fabrication d’une main, tout en recevant de la part d’e-Nable un kit avec l’ensemble des éléments non-imprimables comme la mousse, les scratchs ou les vis. De son côté, e-Nable France « ne possède pas de budget » mais vit grâce à des dons de matériaux ou financiers : « Il y a quelques années, une société a offert 10 kilos de filaments de plastique à l’ensemble des 300 makers qui composaient l’équipe à l’époque » se souvient le co-fondateur du mouvement. Un don « colossal » selon ce dernier. Une main ne nécessitant que 250 grammes de plastique pour sa conception, ce geste aurait permis à chacun des makers d’en fabriquer 40 si les commandes avaient suivi. La prothèse peut aussi se vanter d’être écoresponsable. Recyclable à 98%, la majorité de son plastique n’est pas issu du pétrole mais de l’amidon de différentes céréales.

Une main unique qui aide chaque enfant à « assumer davantage » son handicap

Depuis 2015, 200 enfants ont pu bénéficier d’une prothèse dotée d’un appareil mécanique permettant de fermer complètement la main et d’attraper des objets grâce à la flexion du poignet ou du coude. Chaque modèle est unique, pour s’adapter à la fois à l’agénésie de chaque enfant mais aussi à ses goûts. Motifs ou couleurs, les prothèses sont totalement personnalisables : « Au-delà de l’aspect pratique, les mains que nous proposons ont un réel rôle social chez ces enfants, notamment à l’école. Ils n’ont plus à subir ce regard qui leur fait comprendre qu’ils sont un peu différents », selon Thierry Oquidam.

C’est le cas de Maximilien, 8 ans. Après avoir découvert tout seul sur YouTube la vidéo d’un autre enfant recevant sa « main de super-héros », selon ses mots, le choix était fait : « Il est arrivé vers nous en nous montrant sa découverte et en disant qu’il voulait absolument une main comme celle-là » explique Mélanie, sa maman. Au départ, les parents de Maximilien étaient opposés à l’idée d’une prothèse. Ils ont finalement accepté de contacter e-Nable au mois d’octobre 2020. Quatre mois plus tard, le colis est arrivé à la maison pour le plus grand bonheur du petit garçon , « ravi de pouvoir assumer davantage son handicap » se réjouit Mélanie. Mais il s’agit « avant tout d’un jouet dans la vie de Maximilien » constate-t-elle. Bien qu’il ait décidé de ne pas l’apporter à l’école pour ne pas l’abimer, à la maison, sa main aux couleurs de Flash ne le quitte plus

« On pourrait faire bien plus ! »

Le sourire de ces enfants motive les membres du mouvement au quotidien qui ne demandent qu’une chose, pouvoir en aider toujours plus. Selon e-Nable France, 2 500 familles françaises vivraient aujourd’hui avec un enfant âgé de 5 à 15 ans atteint d’agénésie. « Seulement 750 d’entre-elles nous connaissent » constate le co-fondateur du mouvement. « Nous produisons chaque année une cinquantaine de mains que nous envoyons un peu partout dans les pays membres de la francophonie. Avec nos équipes, on voudrait et on pourrait faire bien plus ! », conclut-il.

Pour cela, les makers de l’association vont lancer bientôt la création d’une nouvelle collection d’objets pour d’autres types de handicaps, à destination notamment des personnes malvoyantes ou malentendantes.

Une initiative solidaire et profondément généreuse pour aider toujours un peu plus ceux qui en ont besoin.

30/04/2021 - Toute reproduction interdite


Les modèles de prothèses fabriqués par les bénévoles d'e-nable sont personnalisés et adaptés au handicap de chaque enfant
© e-nable.fr
De Fild Fildmedia

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