International | 16 septembre 2018

France-Afrique: Kagamé le nouvel homme fort ?

De Meriadec Raffray
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De New-York à New Delhi, Emmanuel Macron et Paul Kagamé ont multiplié leurs rencontres au cours des derniers mois. Le point d’orgue est atteint le 23 mai lorsque le chef d’Etat rwandais est reçu officiellement par son alter ego à l’Elysée. Imperceptiblement, l’inamovible président du « pays des mille collines » - élu pour la première fois en 2000, il a entamé son troisième mandat en 2017 qui s’achèvera en 2024 – se positionne comme un personnage central sur la scène franco-africaine. L’évolution est surprenante au regard de l’épaisseur du contentieux franco-rwandais (Paris n’a pas d’ambassadeur à Kigali) et, à l’inverse, du poids tout relatif du Rwanda. Analyse de Meriadec Raffray 

En dépit de son dynamisme économique (8% de croissance du PIB par an), des bonnes notes que lui attribuent les organismes internationaux et de son image de « start-up nation », ce confetti d’Etat (26 300 km2, 12 millions d’habitants) enclavé dans la région des Grands Lacs tire toujours l’essentiel de sa richesse de son agriculture, et plus du tiers de son budget de l’aide financière des bailleurs internationaux.

Formé au renseignement et à l’influence dans les meilleures écoles militaires américaines, l’ex militaire a largement prouvé sa maîtrise l’art du soft power. En témoigne récemment son élection à la présidence de l’Union africaine pour l’année 2018. Au sommet de Nouakchott, début juillet, c’est lui qui reçoit Emmanuel Macron, invité d’honneur. Ce mandat lui octroie un droit de regard sur le dossier de la Force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso) que parraine la France. Habile, il a promis que son pays contribuerait à hauteur d’un million d’euros à son financement. Ce montant symbolique l’autorise à se présenter comme le premier donateur africain (hors les membres du G5). Etait-ce un « renvoi d’ascenseur » ? Après son séjour parisien, on apprenait que la France appuierait la candidature de la ministre des affaires étrangères du Rwanda, Louise Mishikiwabo, au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), au sommet d’Erevan (Arménie), le 12 octobre. A Nouakchott, Kagamé a fait enterriner la candidature de sa protégée, numéro deux du régime, par ses pairs ; 29 siègent à l’OIF qui compte 58 membres.

La sortante, la Canadienne Mickaëlle Jan, concentre les critiques pour sa gestion dispendieuse et la politisation de ses interventions. On l’accuse même d’avoir mis à profit ses fonctions pour promouvoir le business canadien en Afrique. Elle a été nommée en 2015 à la faveur d’une campagne efficace d’Ottawa, de la division des Africains – à qui revient traditionnellement ce poste - et de l’indifférence de Paris. Mais le Rwandais ne passe ni pour un fervent défenseur de la francophonie, ni pour un ami de la France. Premier président anglophone d’un pays de langue française depuis 1916, il évince la langue de Molière au profit de celle de Shakespeare dans les institutions publiques du pays en 2008.

L’année suivante, Kigali intègre le Commonwealth. Depuis 20 ans, un lourd contentieux historique et judiciaire entache ses relations avec Paris. Il accuse la France (et son armée) d’avoir soutenu le régime hutu génocidaire des Tutsis en 1994. Le 23 mai, il a demandé à Emmanuel Macron de clore la procédure judiciaire ouverte à Paris pour faire la lumière sur l’attentat ayant provoqué le crash de l’avion du président Habyarimana le 16 avril 1994 à Kigali, qui coûta la vie aux pilotes français.

Certains remarquent que son rapprochement avec Paris coïncide avec la prise de distance de son allié américain depuis l’arrivée de Trump à la Maison blanche, sous l’effet en particulier des révélations en cascade des ONG anglo-saxonnes sur ses méthodes expéditives à l’égard des opposants et des médias. Kagamé compterait-il sur l’Elysée – et ses fidèles relais sur les bords de Seine - pour sauver sa position sur la scène internationale ? Et son pouvoir ? A la fin de l’été, des rumeurs faisaient état de combats entre l’armée et des forces rebelles dans le sud-est du pays, sur fond de guerre pour le contrôle des ressources pétrolières des Grands Lacs. Info ou intox : pour l’heure, personne ne le sait.

 

 

 

17/09/2018 - Toute reproduction interdite

 


Le président français Emmanuel Macron accueille le président rwandais Paul Kagame à son arrivée au Palais de l'Elysée à Paris, le 23 mai 2018.
De Meriadec Raffray

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