La troisième édition du festival Format Court s'est tenue au Studio des Ursulines, à Paris, du 23 au 28 novembre dernier.  Ouvert à un public hétéroclite de cinéphiles, l'évènement est exclusivement dédié au court-métrage, un format trop souvent négligé aujourd'hui dans l'univers du cinéma. Interview de Katia Bayer, fondatrice de Format Court et rédactrice en chef du magazine éponyme.


Entretien conduit par Marie Corcelle



Fild : Comment est né le festival ?

Katia Bayer
: Format Court est à la base un magazine en ligne que j’ai créé il y a treize ans à Bruxelles, et que j’ai exporté avec moi à Paris. Le lancement du média a été un peu compliqué, d'abord parce que ce format de film souffre d’une absence d’espace dans la presse. Au sein du magazine, nous faisons de la critique, des interviews, nous participons aux évènements dédiés et nous accompagnons nos articles d’extraits, de bandes-annonces, de photos… Le festival est la suite logique de notre média, l’occasion d’organiser des rencontres, de diffuser les films : tout cela permet de faire connaître le court-métrage !

Fild : Pourquoi dit-on que le court-métrage est le mal-aimé du cinéma ?

Katia Bayer : Comme je le disais, il y a peu d‘espace médiatique qui lui est consacré.
Il est donc difficile de découvrir les courts-métrages grâce aux festivals, car ils ne sortent pas en salle, ou très peu. Il n’y a plus cette idée d’avant-programme au cinéma, avec la projection d'un court-métrage avant le film. Mais les gens s’y intéressent, vous avez un public qui reste réceptif dans les festivals. Certaines initiatives sont apparues ces dernières années, avec notamment des émissions consacrées aux courts-métrages - même si elles sont diffusées tard -, ou encore le programme court-circuit sur Arte, qui diffuse des films de qualité.

Fild : Comment choisissez-vous les thématiques mises à l’honneur ?

Katia Bayer : Ce sont des angles de programmation, des choix subjectifs. Cette année, il y avait dix séances, cinq thématiques et cinq en compétition. Les thématiques permettent par exemple de faire des bonds dans le temps (on pouvait voir notamment Une histoire d’eau de François Truffaut et Jean-Luc Godard, ndlr) et d’aller plus loin en termes géographiques. Un focus a aussi été consacré cette année à la Suède, après la Belgique et la Roumanie les années précédentes. La Fémis, l'une des écoles de cinéma les plus importantes au monde, a eu une thématique qui lui était dédiée, mais elle ne participait pas à la compétition. Nous ne faisons pas concourir de films d’écoles, mais nous y apportons une grande attention, car ils représentent sans doute les professionnels de demain.
L’idée étant de créer une diversité en termes de focus, et de proposer un programme de courts-métrages très varié, pour des publics très différents. Par exemple, Bestia du Chilien Hugo Covarrubias, est un film autour de la dictature avec des poupées de porcelaine, ou encore le court-métrage d’animation Something to remember de Niki Lindroth von Bahr, avec des animaux qui chantent.

Fild : Pourquoi avez-vous choisi l’acteur Swann Arlaud, qu’on a pu voir -entre autres - dans Petit paysan (Hubert Charuel, 2017) ou Grâce à Dieu (François Ozon, 2018), comme parrain ?

Katia Bayer :
Je lui avais demandé de nous parrainer il y a longtemps, parce qu’il avait réalisé un court-métrage auquel nous avions consacré un article dans notre magazine. Swann Arlaud était bienveillant envers notre travail, et pour le court-métrage en règle générale : c’est quelqu’un qui a commencé par la télévision, qui s’est retrouvé rapidement à avoir une belle carrière, et qui a malgré tout continué à jouer dans des courts-métrages.

Fild : Que doit-on retenir de votre palmarès ?

Katia Bayer :
Il y a eu dix prix décernés, ce qui est énorme ! Nous choisissons les films avec un comité relativement jeune, ce qui amène un nouveau regard dans la programmation. Nous avons un jury de professionnels, un jury de presse et un jury de jeunes, où vous avez des étudiants, des comédiens, des réalisateurs… En réalité, ce sont des gens qui ont eu un lien à un moment donné avec le court métrage, et qui savent qu’il est difficile de mener un film à bien. Et cette année, nous avons créé le prix Alice Guy - qui était une actrice pionnière du cinéma - pour le court-métrage.
Nous avons eu un très bon palmarès, très varié. Nous avions aussi bien de l’autoproduction que des films comme Sidéral, présenté à Cannes cette année, ou encore Nuits sans sommeil qui nous vient de Belgique avec des partis pris assez forts, et où est abordé le thème de l’identité. J’espère sincèrement que tous ces films vont circuler et qu’ils seront vus.

01/12/2021 - Toute reproduction interdite


L'acteur Swan Arlaud a été le parrain de la 3e édition du Festival Format Court en Novembre 2021
© Georges Biard/Wikimedia Commons
De Fild Fildmedia