International | 3 septembre 2018

Force conjointe du G5 Sahel : le Tchad et la Mauritanie reprennent la main

De Meriadec Raffray
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Après l’attentat du 29 juin contre le PC de la Force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad), des têtes devaient tomber. Revendiquée par le touareg islamiste Iyad Agh Ghali, dont l’état-major a été décapité par les Forces spéciales françaises, l’attaque intervient la veille du sommet de l’Union africaine de Nouakchott (2-3 juillet). A l’issue, les chefs d’Etats du G5 limogent le patron de la Force conjointe. Ils reprochent au général Didier Dacko de ne pas avoir su protéger cette enceinte hautement symbolique. Par Meriadec Raffray 

 En poste depuis un an, l’ancien chef d’état-major des Fama (les Forces armées maliennes) était le fusible idéal. Il était critiqué en raison de la lenteur de la montée en puissance de l’outil militaire né officiellement fin 2015, et peinait à exister face à ses pairs. Surpris, les militaires français tempèrent ces critiques. Ils sont plutôt satisfaits des récents progrès de leur partenaire clé pour la sécurisation de la bande saharo sahélienne (BSS). A leurs yeux, un cap a été franchi récemment. En novembre dernier, la Force conjointe lance ses premières opérations dans la zone prioritaire de la boucle du fleuve Niger. Sept se succèdent jusqu’au début de la saison des pluies, en juillet. Leur bilan tactique est embryonnaire. Mais les armées africaines occupent à nouveau le terrain, recueillent du renseignement et renouent le contact avec la population – si elles ne commettent pas d’exactions (deux cas récents). Et leur proximité avec Barkhane accélère leur apprentissage.

Le premier contingent est désormais opérationnel. 4 500 hommes répartis en 7 bataillons « à peu près complets » (2 maliens, 2 nigériens, 1 burkinabé, 1 tchadien, 1 mauritanien). Les trois états-majors de secteur sont enfin sur pied : Niamey, au Niger, pour le fuseau Centre ; N’Djamena, au Tchad, pour le fuseau Est ; N’Beika, en Mauritanie, pour le fuseau Ouest. Les promesses de financement (423 millions d’euros pour la première année) recueillies à Bruxelles en février dernier commencent à se concrétiser. Les dons en matériels (dont ceux de la France) arrivent et les personnels déployés « à l’étranger » perçoivent la prime promise. Ces progrès n’effacent cependant pas les nombreux obstacles politico-administratifs qui subsistent.

Mi-juillet, Dacko et son adjoint burkinabé ont passé la main au nouveau tandem à la tête de la Force conjointe : le Mauritanien Hanenna Ould Sidi et le Tchadien Oumar Bikimo. Le profil des deux généraux augure un changement de cap et de rythme. Tout porte à croire qu’ils auront davantage de latitude pour imposer leurs vues en interne et rassurer leurs parrains internationaux. Le premier, réputé compétent et exigeant, est le numéro deux des forces armées de son pays. Originaire de l’est du pays, il est familier de l’histoire du Nord-Mali. Le second est bien connu et estimé des Français ; au printemps 2013, il commande le solide contingent tchadien qui appuie avec efficacité les hommes de Serval pour reconquérir l’Adrar des Iforas.

Leur arrivée signe la reprise en main de la Force conjointe par ses deux « ailiers ». La Mauritanie, qui avait réussi à circonscrire la menace à ses frontières, était attentiste. Progressivement, le président Aziz se serait rallié aux vues de la France sur l’intérêt de cette force anti-terroriste had hoc. Opposé au concept de la Minusma, l’opération onusienne de maintien de la paix au Mali, le Tchad soutient Paris depuis le départ. Les deux capitales, qui privilégient leur sécurité intérieure, ne devraient pas accroître pour autant leur participation militaire. A la faveur de la réarticulation en cours du dispositif Barkhane, leurs unités pourraient en revanche monter en première ligne au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Tous ces changements sont le signe du désaveu de Bamako. Le niveau des Fama demeure hétérogène et, six ans après Serval, la situation intérieure menace à nouveau de basculer dans le chaos.

 

04/09/2018 - Toute reproduction interdite


Une photo prise à partir d'une vidéo montre un soldat des forces armées maliennes (FAMa) montant la garde au loin après un attentat à la voiture piégée à Gao, dans le nord du Mali, le 1er juillet 2018.
De Meriadec Raffray

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