Parce que la puissance des mots se décuple lorsquils proviennent de témoignages vécus, voici le message que l’une de mes abonnées sur Instagram ma transmis. Il  provient de l’une ses collègues écrivant sur un groupe de professeurs.

La chronique de « Mila en liberté »

« Voici le mail que j’envoyais le 9 février dernier au principal de mon collège et à son adjoint. Ils m’ont assurée de leur soutien, et il n’y a pas eu de suite. Mais le débat sur la liberté d’expression est récurrent, c’est de pire en pire.

« Bonjour Messieurs,

Je me permets de vous contacter afin de porter à votre connaissance une situation déplaisante que j’ai vécu avec les élèves de 3e vendredi après midi entre 13h30 et 14h00. Nous venons de commencer une séquence sur l’autobiographie et la séance du jour était centrée sur les réseaux sociaux pour se raconter sur le thème « Vérité ou mensonge ? »

Nous avons donc débattu des habitudes numériques de chacun et de l’utilité de se raconter par ce biais. Tout se passait sans encombre jusqu’au moment où nous avons évoqué les dangers des réseaux. Les élèves ont évoqué l’affaire Mila, et bien-sûr, ceux qui n’avaient pas eu vent de cet événement ont demandé de quoi il s’agissait. J’ai donc pris le parti de revenir sur cette affaire pour éviter que les informations soient déformées, et parce que je pense qu’il ne faut refuser de traiter aucune question, même celles pouvant se révéler épineuses. Nous avons donc remis l’affaire dans son contexte, mais très vite des réactions d’élèves m’ont interpelée, et même choquée. Selon plusieurs élèves, il était normal que la jeune fille soit menacée de viol et de mort. Elle n’avait que ce qu’elle méritait et de toute façon elle allait bientôt mourir dès qu’elle sortirait de chez elle. Et ils avaient hâte que cela se produise. J’avoue volontiers avoir quelque peu perdu mon calme face à un tel flot de violence, même si cela vient d’ados de 14 ans dont on pourrait dire qu’ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent. J’ai rappelé à la classe à quel point de tels propos étaient graves et punissables par la loi, que l’on pouvait légitimement se sentir blessé et offensé par les propos de Mila mais que cela ne justifiait en rien les menaces de violence.

Certains élèves ont alors évoqué le blasphème et le fait qu’il était interdit par la loi de dire du mal d’Allah. Il a donc fallu expliquer aux élèves le principe de laïcité et de séparation de l'Église et de l’État en France, et donc le droit au blasphème.

À ce moment, la réflexion la plus inattendue et déplacée est venue de (………) qui a indiqué que s’il était un jour président, il rétablirait la charia. Je sais pertinemment que le pourcentage de malchance pour que cela se produise est infinitésimal, et ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. J’ai repris fermement l’élève en lui demandant s’il se rendait compte de la gravité de ses propos et ce qu’il risquait en les proférant. Puis j’ai définitivement clos de débat.

Les élèves ont salué un débat qu’ils ont trouvé intéressant et constructif, mais leur banalisation de la violence et leur manque de recul face à des situations dont ils ne sont même pas acteurs m’inquiètent beaucoup. J’ai évoqué cette séance avec leur professeure principale, mais je souhaitais tout de même vous en informer pour le cas où vous recevriez des visites ou des appels de parents mécontents. Pour ma part, je vous assure avoir traité ce sujet avec toute l’impartialité et le professionnalisme attendus de la part d’une représentante de la République. En vous remerciant pour votre lecture. »

Je reçois de plus en plus de messages de professeurs et surtout d’élèves qui témoignent de ce genre de scènes.

Cela provoque toujours en moi une sensation étrange.

On ne s’habitue jamais à savoir qu’on sera peut-être plus tard dans les livres d’histoire de l’Éducation nationale alors que l'on n’aurait jamais imaginé ça.

J’ai aussi régulièrement des messages de personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux, généralement des collégiens et des lycéens. Des jeunes étudiants m’expliquent que leurs professeurs lancent des débats sur moi en classe, impliquent leurs élèves dans des travaux de recherche et d’apprentissage sur mon histoire, l’affaire Mila.

Il y a toutes sorte de situations dont on me fait part. Une connaissance m’a par exemple expliqué que sa professeure de Fac à Lyon aurait lancé plusieurs fois la discussion à mon sujet il y a quelques mois, s’exclamant auprès de ses étudiants que si elle avait été ma mère, elle me mettrait une paire de claques. Des insultes et des paroles inquiétantes venant de divers étudiants auraient fusé à mon sujet dans la salle de cours.

Des élèves de collèges et lycées m’écrivent souvent en me racontant qu’un professeur a évoqué mon nom et qu’il y a eu un débat, des paroles de soutien, des insultes et de multiples émotions. On me contacte aussi pour me poser des questions afin de rédiger des exposés sur l’affaire Mila, et l’entrisme islamiste qui nous a conduit ici.

Ça me surprend toujours un peu, mais je trouve que c’est un progrès qu’autant d’adolescents acceptent de faire ces démarches et s’y intéressent.

Certains élèves internautes un peu plus expressifs et bavards m’expliquent souvent qu’ils n’étaient pas d’accord avec moi et qu’ils s’étaient fait une idée de ma personne totalement déformée malgré toutes les informations qui circulent depuis bientôt deux ans.

D’après les témoignages que je reçois, les débats sur l’affaire Mila évoqués par certains professeurs en classe ont souvent transformé l’état d’esprit de beaucoup d’élèves, passant d’agressifs, méprisants fermés et ignares à éclairés, sensibilisés et en meilleure posture pour mieux réfléchir et apprendre à connaître les valeurs.

Je trouve cela incroyable.

J’en arrive à me dire que je suis bien plus soutenue que je ne l’imaginais par les professeurs de l’Éducation nationale, à leurs risques et périls.

« Je veux remercier ces professeurs qui n’ont pas peur »

Un professeur a vécu un abandon, un calvaire, puis il est mort décapité après avoir présenté son cours avec les caricatures de Charlie Hebdo, dans l’honneur et le respect. Je ne peux m’empêcher de frissonner et de rester sans voix lorsque je vois ces professeurs me défendre dignement à leurs risques et périls et s’impliquer pour transmettre à leurs jeunes élèves des notions si importantes. Car je me dis qu’ils pourraient en mourir aussi.

Ils apprennent les valeurs, sans négliger nos valeurs laïques. Ils sollicitent la réflexion et la prise de conscience sur le harcèlement, le fanatisme religieux, et délivrent le savoir et les notions du bien et du mal qui sont souvent enfouies très loin, effacées par l’endoctrinement et l’obscurantisme.

Ils sont mes héros.

Je veux remercier ces professeurs qui n’ont pas peur, et les encourager à ne jamais baisser les bras, leur dire 1000 fois que ce qu’ils font est d’une extrême importance.

Vous avez mon admiration et ma reconnaissance, mon poing levé à vos côtés lorsque c’est difficile et que vous perdez espoir !

Vous êtes importants et porteurs d’espoir !

Je n’ai jamais perdu l’ambition de lutter et transmettre comme je le peux moi aussi, et j’ai le projet d’intervenir moi aussi dans des salles de structures éducatives.

Même si c’est douloureux, je raconterai mon histoire des milliers de fois, je rétablirai la vérité sans cesse que beaucoup veulent effacer, et je ne négligerai pour rien au monde l’importance de ma voix tant que je serais en vie.

N’ayez pas peur de me soutenir, n’ayez pas peur de défendre les personnes harcelées, les laïcs, et les apostats accusés.

Ne craignez jamais d’être « trop transgresseurs » pour certains illuminés.

C’est un risque de faire partie des Résistants d’aujourd’hui.

Mais on ne doit jamais oublier que ce qui rend plus puissante la foudre que sont les islamistes qui tuent la France est la lâcheté de ceux qui s’y associent.

Force à nous !

Mila.

18/11/2021 - Toute reproduction interdite


Des écoliers tiennent une photo du professeur d'histoire Samuel Paty, un an après qu'il ait été décapité devant son école dans la banlieue parisienne de Conflans-Sainte-Honorine, à Nice, le 15 octobre 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Mila