Culture | 2 septembre 2020

Florent Brouzet, un gentleman au chevet des tableaux anciens

De Stéphanie Cabanne
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Série : nous vous proposons de découvrir les coulisses des métiers d’art et de culture qui participent au rayonnement artistique de notre pays. Professionnels discrets et passionnés, suivant une vocation précoce ou ayant osé une reconversion, tous pratiquent l’excellence au quotidien.  

L’atelier de Florent, restaurateur de tableaux à Nîmes, est à l’image de son occupant, à moins que ce ne soit l’inverse. Niché dans un somptueux hôtel particulier remanié à la fin du XVIIIe siècle, il ne se laisse découvrir qu’après avoir poussé la lourde porte sur la rue et traversé un péristyle bordé de colonnes classiques. L’hôte est un esthète aux allures de jeune homme timide, qui a choisi de vivre dans ce lieu chargé d’histoire il y a presque vingt ans. Il y pratique son métier dans le silence et la solitude, à la manière d’un sacerdoce.

                                                               Entretien conduit par Stéphanie Cabanne

 

D’une voix douce à l’accent chantant, il rappelle que les anciens propriétaires des lieux, les André, ne sont autres que les banquiers collectionneurs à l’origine du musée du boulevard Haussmann qui porte leur nom, Jacquemart-André. Avant de s’installer à Paris au début du XIXe siècle, ils firent comme beaucoup fortune dans le négoce et transformèrent l’ancienne demeure Renaissance en un hôtel entre cour et jardin. Les riches familles commerçantes formant la bourgeoisie nîmoise se rassemblèrent dans ce quartier qui garde par ailleurs la trace des ébénistes et bijoutiers qui y travaillaient au XVIIe siècle. Appelée « daurade » en référence aux feuilles d’or qu’ils utilisaient, elle est aujourd’hui devenue « Dorée ».

GGN : D’où vient votre passion pour le métier de restaurateur de tableaux ?

Florent Brouzet : Je voulais déjà faire cela à l’âge de douze ans ! Mon arrière-grand-mère m’emmenait à la messe aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Dans l’église romane fortifiée se trouvent beaucoup de toiles : ma vocation est née là, en regardant les tableaux religieux pendant l’office. Le plus incroyable est qu’à vingt-trois ans, juste après l’obtention de mon diplôme de restaurateur, on m’a demandé d’intervenir sur les vingt-sept ex-votos conservés dans cette église. Et je vais bientôt travailler à la chapelle haute où se trouve un ciel d’autel de la fin du XVIe siècle. La boucle est pour ainsi dire bouclée.

GGN : Comme définir le métier de restaurateur ?

Florent Brouzet : C’est d’abord un métier qui fait appel à une haute technicité. On emploie beaucoup de solvants qui nécessitent de bien connaître la chimie pour éviter les accidents, principalement pour les opérations de nettoyage, qui consistent à retrouver les couleurs originales sous le vernis. On pratique aussi le rentoilage quand l’état de surface de l’œuvre le nécessite, ainsi que la retouche pour combler les lacunes dues aux écailles tombées avec le temps.

La restauration est un très beau métier mais il implique de s’effacer derrière la manière de l’artiste. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, la démarche ne consiste pas à rechercher l’état original de l’œuvre ; il faut prendre en compte toute son histoire. Il y a donc une partie d’étude importante, à la fois historique et scientifique, avant même d’intervenir matériellement.

GGN : S’agit-il d’un travail solitaire ?

Florent Brouzet : Cela peut être un travail d’équipe. J’ai travaillé dans un atelier avant d’être à mon compte. Sur certains chantiers importants, dans des églises ou des monuments historiques, j’ai collaboré avec une collègue. Mais il est vrai qu’à titre personnel, je préfère travailler seul dans mon atelier, immergé dans mon travail.

GGN : Sur quels types d’œuvres intervenez-vous ?

Florent Brouzet : Essentiellement sur des œuvres peintes à l’huile, sur bois ou sur toile, même s’il m’est arrivé de restaurer des icônes. J’ai la chance de restaurer des portraits, des paysages et des natures mortes des XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui correspond à ce que possèdent les collectionneurs de la région et à mon goût personnel.

GGN : Vous définissez-vous comme un artisan d’art ou comme un artiste ?

Florent Brouzet : Jusqu’à présent je me considérais comme un restaurateur de tableaux mais depuis trois ans, la création personnelle se développe et je me définis plutôt comme un artiste. Je peins beaucoup de natures mortes, de paysages et de Vanités. J’ai été tellement imprégné de la culture classique et baroque, comme historien d’art , (Ndlr : Florent est un ancien élève de l’Ecole du Louvre) et comme praticien, que cela se ressentait profondément dans mes tableaux. Cela dit, petit à petit, je m’en détache pour évoluer vers quelque-chose de plus personnel. C’est un processus assez compliqué et qui prend du temps... mais je crois que la création consiste finalement à désapprendre tout ce qu’on a appris.

 

Contact : [email protected]

Œuvres personnelles visibles sur le site   florentvs.com

 

03/09/2020 - Toute reproduction interdite

 

 



De Stéphanie Cabanne

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