Le Géopolitologue Roland Lombardi nous livre son analyse sur les errements de la diplomatie française

Le 24 juin dernier, à Marseille, s’est tenu dans un palais du Pharo à moitié vide, le Sommet des deux rives tant désiré par Emmanuel Macron. En effet, tous les chefs d’État et de gouvernements des neuf autres pays de la Méditerranée occidentale (Espagne, Portugal, Maroc, Mauritanie, Algérie, Tunisie, Libye, Italie et Malte) n’ont pas dénié répondre à l’invitation du Président français. Ainsi, ce dernier a finalement dû se résoudre à accueillir un très maigre auditoire composé majoritairement de ministres des Affaires étrangères et de personnalités de la société civile. De même, la BEI (Banque Européenne d'Investissement) et la BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement) n’ont dépêché que leurs vice-présidents... Consternant !

Quasiment au même moment, deux évènements hautement plus importants se déroulaient au Moyen-Orient. Le premier est une réunion tripartite sans précédent, qui accueillait à Jérusalem John Bolton, Meir Ben-Shabbat et Nikolaï Patrouchev, les trois conseillers nationaux de Sécurité des Etats-Unis, d’Israël et de Russie, ainsi que des responsables de la sécurité de ces trois pays, afin d’évoquer la situation en Syrie et les tensions dans le Golfe. Le second fut la conférence de Manama, au Bahreïn, dont le maître de cérémonie n’était autre que Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, qui traitait, en présence de nombreux chefs d’Etat de la région et de nombreux responsables économiques internationaux - toutefois sans la présence officielle des Israéliens et des Palestiniens - , du volet économique de « l’accord du siècle » du Président américain.

Or, même si ces deux rassemblements ont été très critiqués voire moqués par nos élites et les « spécialistes » français, il n’en demeure pas moins qu’ils sont toutefois très révélateurs, au prisme du petit sommet stérile organisé par l’Elysée, de la triste sortie de l’Histoire de la France dans cette partie du monde.

La diplomatie française a toujours aimé les discours grandiloquents, apaisants et souvent contradictoires et l’organisation de grandes conférences internationales est une spécialité bien française. Mais comme toutes les précédentes initiatives de Paris, elles n’aboutissent le plus souvent qu’à... du vide !

Tant que la diplomatie de la France se résumera à donner des leçons à toute la planète, que les politiques à courte vue du Quai d’Orsay perdureront et que le rôle de nos diplomates sera confiné à celui de vulgaires VRP des grands groupes industriels français, nous serons toujours hors-jeu de tous les grands défis géostratégiques du Moyen-Orient et de la Méditerranée.

Nous avons besoin d’une véritable colonne vertébrale diplomatique. En définitive, une politique claire, réaliste et pragmatique dont les piliers devraient être la stricte défense de nos intérêts sécuritaires, la lutte impitoyable contre l’islam politique, véritable poison de nos voisins du Sud mais également pour nos compatriotes musulmans, et enfin, une politique migratoire ferme et sans tabou, qui nécessite par ailleurs une solide et sérieuse coopération et un co-développement Nord-Sud. Tout le reste n’est que littérature.

Malheureusement, pour effectuer cette révolution copernicienne, il faut des hommes d’Etat et non de petits bureaucrates issus et prisonniers d’un système où règnent en maître la com’, le terrorisme idéologique des Intelligentsias et surtout les diktats financiers!

Bref, des lions (ou à la rigueur des coqs de combat) et non des paons, qui sont certes les plus beaux des oiseaux, mais qui ne demeurent toutefois que des pintades bien colorées !

02/07/2019 - Toute reproduction interdite


Benjamin Netanyahou serre la main du conseiller américain pour la sécurité nationale John Bolton et du secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolai Patrushev, lors d'une réunion trilatérale Jérusalem le 25 juin 2019.
Ronen Zuvlun/Reuters
De Roland Lombardi