En fait-on trop avec le coronavirus Covid - 19, ou a-t-on raison, au contraire de jouer au maximum la carte de la prévention ? Bernard Kanovitch est Professeur de médecine Honoraire à Paris XI et ancien chef de service à l’hôpital Rothschild. Il a accepté de répondre à nos questions sur le sujet.

                                                          Propos recueillis par Peggy Porquet

GGN : Le coronavirus est-il plus dangereux que la grippe ?

Bernard Kanovitch : Si l’on suit les statistiques et ce que disent les journaux, sans que la presse médicale ait donné beaucoup de d’informations, il ne faut jamais oublier que la grippe banale provoque la mort de 8000 à 10000 morts en France chaque année. Avec le coronavirus, on en est encore loin, sauf que nous sommes impressionnés par l’extension et par les différentes phases calculées par l’OMS qui en fait une vraie épidémie, avec des millions de malades potentiels. Sont – ils de vrais malades ? Sont – ils des porteurs sains qui le resteront tout le temps ? Sur le plan scientifique, il y a encore énormément de questions à résoudre sur lesquelles les chercheurs habituels travaillent. Pour résumer ce point, je ne voudrais pas minimiser la grippe banale qui fait énormément de victimes. Quant au virus qui nous préoccupe, il n’a pas encore montré énormément de méchanceté, même s’il a déjà fait malheureusement des morts en Chine et dans d’autres pays.

GGN : En termes de dégâts de contamination, quels sont les chiffres ?

Bernard Kanovitch : La presse nous parle d’une épidémie mondiale. Il n’y a pas un pays ou même un continent – et encore avec beaucoup d’inconnues car l’on ne sait pas ce qu’il se passe en Afrique – qui ne soit touché. Ce qui est intéressant dans cette épidémie, comme dans toutes les autres, c’est que la médecine est révélatrice de quantité de choses. On a vu un visage que la Chine n’aime pas donner au monde depuis très longtemps. Monsieur Xi Jinping est mécontent de l’image de son pays à travers l’épidémie. Toutes les mesures et incidences politiques, médiatiques, géopolitiques, commerciales, diplomatiques sont absolument considérables. Comme nous l’avons appris avec le Sida, ce dernier a révélé l’incurie de certains pays et gouvernements totalement incapables de mettre en œuvre une politique de santé, de développer quelque chose d’utile pour leurs populations, ou simplement, de se conduire de façon responsable au niveau du ministère de la santé. La médecine révèle des incidences bien au-delà de son domaine.

GGN :Quel est le système de propagation du coronavirus ?

Bernard Kanovitch : C’est une infection essentiellement pulmonaire. Elle se propage le plus souvent par les voies rhino- pharyngées. Dans un métro parisien par exemple, acheminant il me semble trois millions de personnes par jour, il est clair que les contacts sont rhino-pharyngés, c’est-à-dire lorsque l’on respire, que l’on tousse, que l’on crache éventuellement, mais surtout lorsque l’on tousse. Il faut tenir compte aussi de la rampe que l’on tient dans les escaliers, touchée la journée entière par des milliers de personnes. Elle ne peut que receler – les prélèvements l’ont montré – des virus en quantité. Tout ce qui est contact direct, mais surtout les voies rhinos pharyngées sont les voies de propagation connues.

GGN : A – t – on raison de mettre en place un plan de prévention ?

Bernard Kanovitch : Bien entendu. L’Histoire a montré qu’une épidémie a un système de propagation imprévisible. Pour se remémorer dans un temps très proche l’histoire de la vache folle et de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, suivant certains statisticiens, cette épidémie allait décimer une grande partie de la population mondiale. Il n’en n’a rien été. Il y a eu quelques cas à partir d’une épidémie qui menaçait de devenir mondiale avec une évolution mortelle. Donc quelques fois il y a des surprises qui, dans ce cas-là ont été agréables, et dans d’autres cas dramatiques comme en Afrique avec Ebola, le Chikungunya ou le Sida bien entendu, qui reste la maladie emblématique de toutes les évolutions, de toutes les gravités, de toutes les politiques de santé, et de toutes les incuries des gouvernements en charge des populations.

Du point de vue médical, a priori, dans les sociétés où il y a un système de santé cohérent, efficace et bien organisé, cette maladie apparaîtra comme une affection grippale saisonnière bénigne, même si elle recèle bien entendu quelques cas de mortalité sur des patients atteints antérieurement d’insuffisances respiratoires et cardio respiratoires ou rénales. Quand plusieurs affections s’ajoutent sur une même personne, effectivement, sa vie est en danger.

GGN : Les médias ont - ils raison de parler autant du coronavirus, vu son impact sur les économies françaises et internationales ?

Bernard Kanovitch: C’est là le piège dans lequel sont les médias et les gouvernements qui en sont les premiers praticiens. Faut - il non pas développer l’inquiétude, mais considérer qu’on a un problème à l’échelon mondial et d’une grande gravité, prendre des mesures et communiquer dessus ou bien faire semblant de ne pas savoir et laisser évoluer en disant que cela s’arrangera un jour ou l’autre ? C’est vraiment le grand dilemme. Sommes-nous dans une telle situation de panique ou des émeutes sont déclenchées, les magasins vidés de leurs produits alimentaires ? Bien sûr que non. Fallait – il ne rien dire du tout et le jour venu se trouver devant une situation pouvant se révéler comme dramatique, c’est tout l’enjeu de la gestion d’une épidémie au niveau mondial. Faut-il en dire suffisamment, pas trop, pas assez où demeurer dilettante par rapport à cette situation ? Difficile de choisir.

02/03/2020 - Toute reproduction interdite


Une image informatique montre un modèle structurellement représentatif d'un bêtacoronavirus qui est le type de virus lié à COVID-19, plus connu sous le nom de coronavirus le 18 février 2020
NEXU Science Communication/via Reuters
De Peggy Porquet