Société | 13 avril 2021

Farah Pahlavi : Impératrice et mémoire de l’Iran monarchique

De Sara Saidi
4 min

Farah Pahlavi fut la dernière épouse du Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlavi, renversé lors de la révolution islamiste de 1979. À trois mois d’élections présidentielles déterminantes pour l’avenir de son pays qui traverse une crise sociale, économique et sanitaire sans précédent, l’impératrice a répondu aux questions de notre rédaction dans un entretien  vidéo que nous publions ici.

En préambule à cet entretien exclusif, Sara Saidi, Grand reporter qui a travaillé en Iran en tant que correspondante de notre rédaction, revient sur la vie de celle qui est considérée comme la mémoire de l’Iran monarchique.

À Téhéran, juste à côté du parc Laleh, à moins de trois kilomètres de la célèbre avenue Vali Asr, se dresse le musée d’art contemporain de la capitale iranienne. Un bâtiment d’une superficie de 5 000 m2 conçu par l’architecte iranien Kamran Diba, cousin de l’impératrice iranienne Farah Pahlavi et inauguré en 1977, un peu plus d’un an avant la Révolution Iranienne.

Ici, repose dans les sous-sols une magnifique collection d’œuvres d’art occidentales et iraniennes acquises dans les années 70’s par l’épouse de Mohammad Reza Pahlavi. La collection, estimée aujourd’hui à 3 milliards de dollars, a été en partie exposée en mars 2017. Une première depuis l’avènement de la Révolution islamique d’Iran en 1979.

Une reine qui promeut l’art mais un rôle social limité

Farah Diba naît à Téhéran en 1938. Étudiante en architecture à Paris, elle rencontre le Shah D’Iran en 1959 et devient sa troisième femme. Le couple fascine la presse internationale et Farah Diba est souvent comparée à Jackie Kennedy. La reine, devenue impératrice en 1967, est une passionnée d’art : « C’était la seule personne dans la famille Pahlavi à s’intéresser à la culture. Les autres n’étaient pas très impliqués et avaient peu de connaissance de lart occidental », explique Azadeh Kian professeur de sociologie à l’Université de Paris.

Farah Pahlavi se consacre ainsi au développement de la culture et de l’éducation dans son pays. Elle initie par exemple le Festival de Chiraz-Persepolis qui aura lieu de 1967 à 1977 et cherche à promouvoir la culture iranienne en lançant la construction de différents musées, de salles de spectacles et de concerts : « Elle a beaucoup contribué à faire connaître l’art occidental moderne aux Iraniens et lart iranien aux occidentaux. Elle a introduit l’art moderne en Iran et elle soutenait les artistes étrangers et les artistes iraniens », affirme Azadeh Kian également auteure de Femmes et pouvoir en Islam aux éditions Michalon.

Parallèlement à ces activités culturelles, Farah Pahlavi soutient les plus démunis par le biais de différentes fondations. Elle se rend ainsi dans les villages reculés d’Iran, auprès des lépreux et des orphelins. Un rôle, équivalent à celui des premières dames : « Cest la même logique que Lady Diana ou que Madame Chirac et ses « pièces jaunes », historiquement les femmes de la famille royale en Iran ont toujours eu ce genre de rôle », analyse Azadeh Kian, Pour la sociologue, l’impératrice avait toutefois un rôle social limité : « Elle tentait d’aider les autres mais pas de façon à éradiquer la pauvreté. Elle n’avait pas beaucoup de poids en ce qui concerne la politique du Shah », précise-t-elle.

« Elle na toujours pas compris pourquoi il y a eu une révolution »

Pour certains Iraniens, Farah Diba incarne l’élégance et l’intégrité tandis que pour d’autres elle n’est que complice des exactions de son mari : « Elle était très respectée à l’époque du Shah. Même par les traditionalistes. Car elle était une mère aimante et intègre. On la voyait souvent en photo avec ses enfants, contrairement au Shah. Le rôle maternel de l’impératrice était mis en avant », constate Azadeh Kian. Mère de quatre enfants, l’impératrice a tragiquement perdu deux d’entre eux. Leila, sa petite dernière, s’est donnée la mort en 2001 à l’âge de 31 ans. Dix ans après, Ali Reza, le troisième de la fratrie, mettait également fin à sa vie dans son appartement à Boston.

Farah Diba affirme recevoir de nombreux messages de soutien : « Après la Révolution, elle n’a pas eu de propos injurieux par rapport aux Iraniens, même si elle a tout perdu et a dû partir avant la victoire de la Révolution. Elle aime son pays et essaie de rester proche du peuple iranien. Même les journaux ultra-conservateurs iraniens qui se moquent souvent du prince héritier Reza Pahlavi, n’ont rien à dire sur Farah Diba », constate la sociologue.

Après plusieurs mois d’errance, la Shahbanou et son époux déchu posent leurs valises au Caire. À la mort de Mohammad Reza Pahlavi en juillet 1980, Farah Pahlavi assure la régence jusqu’à la majorité de son fils ainé, le prince héritier Reza Pahlavi. Aujourd’hui, à 83 ans, elle vit entre Paris et les États-Unis : « Elle n’a toujours pas compris pourquoi il y a eu une révolution en Iran. Elle dit souvent que son mari a essayé de moderniser le pays et que les traditionalistes s’y sont opposé, raison pour laquelle il a été renversé. Mais la situation était, ma foi, bien plus complexe que ça », déclare Azadeh Kian. « Ce n’est pas parce que le régime islamiste est dictatorial que le régime du Shah ne l’était pas », conclut-elle.

11/04/2021 - Toute reproduction interdite


L'ancienne impératrice iranienne Farah Pahlavi participe à une émission de télévision le 3 novembre 2001 à Baden-Baden.
© Vincent Kessler/Reuters
De Sara Saidi

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