Analyses | 7 octobre 2019

Face à l’islamisme, changer de logiciel

De Roland Lombardi
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Le géopolitologue Roland Lombardi revient sur l’attentat qui a frappé la préfecture de police de Paris. Il explique pourquoi face à l’islamisme, il faut changer de logiciel.

Face au terrorisme islamiste et à l’islam politique en général, il semblerait, comme le disait un intellectuel français lors des premières heures de la Seconde guerre mondiale, que « cette guerre beaucoup souhaitent la gagner mais peu, en définitive, veulent véritablement la faire » !

Ainsi, alors que « nous sommes en guerre », comme nous l’ont maintes fois répété certains ministres, nos chefs n’ont toujours pas compris qu’on ne fait pas la guerre avec les lois de la paix, même pour nos sociétés démocratiques. Ce fléau du terrorisme jihadiste, qui depuis janvier 2015, a coûté la vie à plus de 250 de nos compatriotes et en a blessé plus d’un millier, devrait pourtant être combattu avec les moyens de la guerre, de manière implacable et impitoyable.

Certes, cette lutte doit être globale et faite, au-delà de l’aspect strictement sécuritaire, en amont sur les plans sociétaux, économiques, éducatifs et religieux.

Combien de drames et de morts faudra-t-il encore endurer pour enfin prendre, par exemple, des mesures de détention préventive voire de véritables mesures d’exception ? Est-il vraiment raisonnable que plus d’un millier de « fichés S », hautement dangereux, soient encore en liberté sur notre territoire ? Ou que des centaines de mosquées salafistes ne soient pas fermées et que des imams et des prédicateurs, souvent étrangers et prêchant la haine contre nos concitoyens, ne soient pas expulsés manu militari ?

Car même si notre législation dans le domaine de l’antiterrorisme a été durcie, il semblerait que ce ne soit toujours pas assez suffisant, au regard de la répétition des attentats, comme d’ailleurs l’atteste le massacre au sein de la Préfecture de police de Paris, bastion de l’ordre public de l’Hexagone, où un de ses membres, habilité « secret défense » (!!!) mais converti et radicalisé, a égorgé quatre de ses collègues. Cet épisode, exceptionnel, est un tragique symbole de notre vulnérabilité.

Nous ne pouvons pas laisser éternellement tout le poids de ce combat sur les épaules de nos services de police et de renseignement qui, malgré leur efficacité (59 attentats déjoués en 6 ans), sont submergés - notamment à cause des incompétences et des défaillances de nos politiques et de notre système judiciaire -. Une réponse politique forte est fondamentale.

Or, depuis janvier 2015, celle-ci tarde à venir et tous les gouvernements ont jusqu’ici pitoyablement fait preuve d’une incapacité notoire à gérer ce phénomène. Après le Bataclan, l’Etat français, profitant de la sidération générale, aurait dû frapper vite et fort. Il ne l’a pas fait et l’occasion a été manquée. A présent, nous sommes bien loin du « il faut terroriser les terroristes » de l’ancien ministre de l’Intérieur, le réaliste Charles Pasqua. On ne combat pas des hyènes avec des caniches ! Et il est inadmissible que le chef de l’État et le premier « flic de France », beaucoup plus préoccupés par leur com’ et le « pas d’amalgame », ne se saisissent pas de ce problème à bras le corps. Il en va de la confiance que les citoyens ont dans leurs représentants et de ceux qui doivent assurer leur sécurité. Danton avait prévenu : « soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être » ... Car la politique de l’autruche ne mènera qu’à la prolifération jihadiste et, à terme, à l’embrasement du pays. Exactement ce que prônait dans son Appel à la résistance islamique mondiale, Abou Moussab al-Souri, le célèbre théoricien d’al-Qaïda !

L’histoire et les spécialistes des guerres asymétriques, comme David Galula, l’ont démontré : Pour lutter efficacement contre le terrorisme, il faut impérativement « vider l’eau du bocal » afin que l’activiste, tel que le conseillait Mao, ne se sente pas comme un poisson dans l’eau. C’est exactement ce qu’avait fait la France en Algérie, dans les années 1950-1960 avec le FLN (vaincu militairement, rappelons-le) puis plus tard, le général de Gaulle avec l’OAS. Malheureusement, comme nous l’avons vu plus haut, en laissant des lieux de culte et des quartiers entiers touchés par la pauvreté et un chômage endémique, aux mains des islamistes et surtout, en dédouanant et banalisant certains discours, rien n’est sérieusement fait pour empêcher les kamikazes potentiels à vivre comme des requins dans l’eau... Rien n’est également entrepris pour détruire cet « écosystème « salafo-frériste » en rupture avec la société française qui s’est mis en place au gré des sermons, des prêches, des réseaux associatifs et Internet produit les conditions culturelles qui font qu’un individu instable, pour telle ou telle raison, va être convaincu de passer à l’acte » (Gilles Kepel).

Dès lors, il faut que nos dirigeants prennent rapidement conscience que notre angélisme, notre sentimentalisme et les demi-mesures concernant l’islam politique sous toutes ses formes, mais également sur le terrorisme ou la crise migratoire, sont suicidaires. Assurément, c’est une grave erreur de notre part que d’ergoter et tergiverser sur ces questions. Comme c’est un grave défaut bien français que de vouloir toujours tout intellectualiser et philosopher sur tous les sujets. Et dire que certains « savants » continuent encore à trouver des circonstances atténuantes et des excuses aux terroristes... c’est écœurant !

Avant qu’il ne soit vraiment trop tard, nous devons nous forger une âme d’acier et bannir l’autoflagellation permanente et notre sentiment de culpabilité, typique de nos sociétés européennes actuelles.

En somme, le véritable danger pour nos sociétés n’est finalement pas le terrorisme jihadiste. Ce sont surtout le déni, la lâcheté et le laxisme de nos dirigeants qui finiront par nous coûter le plus cher.

 

08/10/2019 - Toute reproduction interdite


Un membre des forces de police d'intervention du GIPN sécurise un quartier de Corcy, au nord-est de Paris, le 8 janvier 2015
Christian Hartmann/Reuters
De Roland Lombardi

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