Culture | 29 avril 2021

Exposition Napoléon : Plongée dans la grande Histoire

De Stéphanie Cabanne
4 min

« Toujours lui ! Lui partout ! » écrit Hugo. La France célèbre aujourd’hui le bicentenaire de sa mort et Napoléon est encore omniprésent. 2021 a été déclarée « Année Napoléon ». L’opportunité offerte par le calendrier a été saisie par la Fondation Napoléon et la Réunion des musées nationaux : une dizaine de manifestations se tiendront en France, gravitant autour du noyau central, l’exposition « Napoléon » à la Grande Halle de La Villette. Plus de 150 œuvres exceptionnelles permettent d’admirer les fastes de l’Empire et de s’immerger dans une période-clé de notre histoire.

Par Stéphanie Cabanne.

 

Faut-il le rappeler, commémorer n’est pas glorifier. Le bien-fondé de cette exposition réside dans la nécessité de faire « mémoire commune ». C’est en effet un paradoxe français : alors que Napoléon est le personnage historique le plus célèbre à travers le monde, il est souvent mal connu - quand il n’est pas honni - dans son propre pays. Or, c’est la méconnaissance qui ouvre la voie aux idées fausses et aux aveuglements idéologiques. « Dictateur » pour certains, responsable de la mort de millions d’hommes, coupable d’avoir rétabli l’esclavage, il est pour d’autres celui qui a parachevé la Révolution, rétabli l’ordre et initié la France moderne. L’exposition n’élude aucun de ces aspects. Mieux, elle permet de regarder l’histoire en face grâce à la collaboration de nombreux historiens.

Avec Napoléon, il est relativement aisé de séparer le grain de l’ivraie.

À son « actif », les avancées techniques et scientifiques accomplies lors de l’expédition d’Égypte (1798-1801), lesquelles connaîtront de nombreux prolongements ensuite. Dans la mémoire collective, l’échec militaire de cette campagne est évincé par les remarquables travaux des jeunes savants français qui accompagnent le jeune général Bonaparte et qui étudient l’Égypte sous tous ses aspects. Leurs instruments voisinent dans l’exposition avec une petite statuette de scribe aujourd’hui conservée au Louvre, seule œuvre à avoir échappé aux confiscations anglaises, et avec un moulage de la fameuse Pierre de Rosette (au British Muséum elle aussi !).

La Bataille des Pyramides, vaste tableau peint par Lejeune en 1806, rappelle avec quelle exactitude Napoléon exigeait des peintres la description des batailles. Les connaissances militaires de Lejeune, artiste-soldat qui peignait entre deux campagnes, lui ont permis de représenter avec une étonnante précision les fameux « carrés » qui désarmèrent les cavaliers mamelouks.

Existe-t-il un style « Empire » ? Peu sensible à l’art, Napoléon s’est contenté de poursuivre dans la voie du retour à l’antique initié sous Louis XVI. Mais il avait le sens de l’État et conscience que face aux cours européennes, il fallait se « composer une certaine gravité ». Le trône destiné au Sénat, les portraits d’apparat pétrifiant leurs modèles dans un geste monarchique, les habits et objets du sacre, illustrent l’orientation aulique prise par les arts.

Pragmatique, Napoléon a relancé les manufactures mises au bord de la faillite par la Révolution. Pour remeubler les anciennes résidences royales comme Fontainebleau, Saint-Cloud où les Tuileries, les Gobelins ont tissé des mètres de tapisserie, la Savonnerie des tapis inscrits du « N » et des lauriers impériaux. Les pièces de porcelaine de Sèvres présentées pour évoquer la table du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, donnent une idée de la somptuosité des repas à la cour - paradoxe quand on sait que Napoléon n’aimait que les choses simples et expédiait ses repas en 10 minutes !

Le Collier de la Légion d’honneur (création de 1802), le Franc germinal (1803) et un exemplaire du Code civil (1804) rappellent ce que la France d’aujourd’hui doit à la période de l’Empire. Le régime était autocratique et autoritaire, la censure règnait et les citoyens étaient surveillés, mais il s’agissait d’un État de droit. Et pour remettre les choses en perspective, le nombre de détenus dans les prisons impériales (2 500) est sans commune mesure avec les 500 000 arrestations et 16 000 exécutions commises sous la Terreur.

La part sombre et les sujets polémiques

Personne ne songe aujourd’hui à nier l’implication directe de Napoléon dans le rétablissement de l’esclavage, en 1802. À l’évidence, il a cédé au « lobby du sucre » et fait passer la question économique avant toute considération humaine. Personne non plus ne minimise la dimension choquante d’une telle décision dans le contexte post-révolutionnaire. Enfant des Lumières, Napoléon était conscient de bafouer les valeurs auxquelles il a souscrit. Cette question sensible est mise en exergue dans une salle de l’exposition conçue en partenariat avec la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. On y voit deux documents signés de la main de Napoléon.

De l’homme de guerre, l’exposition évoque le génie tacticien et le goût de la fonctionnalité pratique - avec son extraordinaire bivouac - mais elle présente surtout la réalité tangible des campagnes militaires. Le vacarme des canons d’artillerie et de la cavalerie dévalant la plaine tranche avec les témoignages d’historiens décrivant les conditions de vie des soldats.

L’impériale silhouette semble surgir sur le champ de bataille, évoquée par sa redingote grise et son bicorne orné d’une simple cocarde. Leur seule apparition, disait-on, faisait trembler l’ennemi et galvanisait la Grande Armée. Ce ne fut pas un mince honneur, pour le feld-maréchal prussien Blucher, que de ramasser le chapeau abandonné par l’empereur à Waterloo, alors que la nuit commençait à tomber.

Tant d’œuvres manifestent avec éclat la richesse et la complexité de l’histoire, sans omettre de poser un regard le plus honnête possible sur ce que l’on souhaite transmettre aux générations futures. À Napoléon, la France d’aujourd’hui doit d’avoir sauvegardé les acquis de 1789 - qui sans lui se seraient sans doute effondrés - et une part de sa modernité. De son héritage, nous avons tâché de conserver le meilleur.

29/04/2021 - Toute reproduction interdite


Louis-François Lejeune, La Bataille des Pyramides, 21 juillet 1798, 1806, Versailles
© musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (château de Versailles, Distr. RMNGP)
De Stéphanie Cabanne

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