Société | 20 avril 2021

Eviangate : Et si l’on mettait la mondialisation en bouteille ?

De Guillaume Bigot
3 min

Après Coca-Cola qui a demandé à ses cadres « d’essayer d’être moins blancs » et L’Oréal qui a renoncé à utiliser le mot blanc de sa communication, Danone s’est excusé de promouvoir Évian pendant le ramadan. Que reflètent les positionnements de ces grandes entreprises ?

La chronique de Guillaume Bigot.

Tout a commencé avec un tweet recommandant de boire un litre d’Évian par jour. Une armée de trolls islamo-fascistes s’est aussitôt levée pour s’indigner qu’une grande entreprise ose inciter à rompre le jeûne. Rien de surprenant de la part d’une idéologie fanatique. Rien d’étonnant de la part de cet amplificateur de haine qu’est Twitter. On aurait pu en rester là. Mais Évian s’est excusée dans un nouveau tweet que même Houellebecq n’aurait pas imaginé : « Bonsoir, ici la team Évian, désolée pour la maladresse de ce tweet qui n’appelle à aucune provocation !»

La polémique qui a enflé sur les réseaux sociaux a donc révélé l’existence d’une team Évian. Cette expression ne surprendra que ceux qui ne connaissent pas l’univers des trop nombreuses multinationales françaises dans lesquelles le globish est la langue de travail.

L’adoption de l’idiome américain reflète une double domination. Une domination idéologique d’abord, avec la soumission de la culture d’entreprise française à l’hypersensibilité nord-américaine, au communautarisme et à la repentance woke. Outre-Atlantique, comme le rappelle Mathieu Bock-Côté, plus une entreprise s’accuse et plus elle se croit vertueuse.

Une domination économique ensuite, avec la présence des célèbres fonds de pension anglo-saxons dans le capital de ces grandes sociétés dont Danone.

Il y a ensuite ce que nous pourrions appeler la question commerciale. La polémiste indigéniste Rokhaya Diallo a noté qu’il était normal qu’un commerçant ménage ses clients. Pas faux. La logique du marché, c’est de faire des affaires avec tout le monde. Fort bien.

Mais cet argument se renverse car en publiant un tweet d’excuses, la marque d’eau minérale préfère ménager des minorités hurlantes et vindicatives en risquant froisser l’essentiel de son marché. Céder aux islamistes, c’est leur octroyer le droit de parler au nom de tous les croyants qui observent le Ramadan, ce qui est révoltant pour la plupart des consommateurs musulmans. Ce tweet d’excuse est aussi choquant pour une grande majorité de consommateurs que le ramadan indiffère.

La peur des actionnaires

La réaction apeurée face aux trolls islamistes a aussi été inspirée par la peur d’une polémique dans la presse anglo-saxonne qui ferait décrocher les actions et irriterait les dieux de la gouvernance d’entreprise.

Danone préfère braquer ses consommateurs plutôt que de heurter ses actionnaires.

C’est d’ailleurs le californien Artisan Partners, soutenu par l’anglais Bluebell, qui a obtenu la tête du PDG de Danone Emmanuel Faber.

Des décennies durant, les consommateurs et les actionnaires communiaient dans un antiracisme de bon aloi. C’était le temps de United colors of Benetton et de SOS racisme. Puis les actionnaires ont pris le pouvoir, les usines se sont déplacées, les chaînes de valeurs ont été éclatées. Entre temps, l’islamisme a étalé son désir de conquête et de soumission de l’infidèle. Et le divorce entre le travailleur et l’actionnaire est en passe de devenir un conflit entre un actionnaire hors sol et un consommateur de plus en plus enraciné.

On réalise aussi que l’islamisme et la gouvernance d’entreprise sont deux formes de piraterie antiétatique et anti-volonté générale.

Unifier la planète par le profit (riches de tous pays unissez-vous ! ) ou par la soumission au fanatisme religieux (croyants de tous pays unissez-vous ! ) sont deux moyens d’effacer les frontières, de délégitimer les États et d’intimider les démocraties.

20/04/2021 - Toute reproduction interdite


Emmanuel Faber, directeur général du groupe alimentaire français Danone, pose avant une conférence de presse à Paris, le 16 février 2018.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Guillaume Bigot

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