En ces temps de crises, le présent et l’avenir apparaissent parfois inquiétants, voire décevants. Pour beaucoup, seul le passé semble trouver grâce, telle une madeleine de Proust. On regrette ainsi la mode d’antan ou les films de notre jeunesse. L’idéalisation du passé est-elle légitime ?       

Par Marie Corcelle et Alixan Lavorel

Les Césars de cette année ont été une humiliation publique, et les Oscars, devenus une ode au militantisme, ont été boudés par une grande partie de leur public habituel. On se dit souvent que le 7ème art n’est plus ce qu’il était, et qu’avant, les films étaient de qualité, avec des acteurs qui savaient jouer. Lionel Lacour, fondateur de Cinésium et réalisateur, tempère : « On se souvient forcément des meilleurs films et l’on essaye d’occulter les plus médiocres. Il ne faut jamais oublier que parmi les films français qui faisaient salles combles, vous aviez des navets absolus comme « Les Bidasses en folie » ou « Mon curé chez les nudistes ». Le fait d’idéaliser le passé ne serait donc pas cohérent, car il s’agirait d’une démarche volontairement sélective. Pour autant, au niveau de la réalisation, on observe une évolution notable. Auparavant, les scénarios n’assenaient pas de vérités. « Quand on regarde Jules et Jim, Truffaut ne dit pas que les ménages à trois sont ce qu’il y a de mieux. Il constate que ça existe et que ça peut se faire, mais il ne dit pas que c’est bien ou mal. Le film a une morale, mais il ne fait pas la morale », explique Lionel Lacour. En d’autres termes, on ne venait pas faire la leçon au spectateur et on ne cherchait pas à l’éduquer. Mais ce temps semble révolu.

À l’heure actuelle, le cinéma est de plus en plus victime des thèses de la gauche américaine : l’Académie des Oscars a adopté en 2020 une liste de critères d’inclusivité et d’inclusion pour les longs-métrages postulant à la catégorie du Meilleur film. Les groupes minoritaires (qu’ils soient ethniques ou sexuels) doivent désormais avoir une place au sein du casting, du synopsis et de la direction artistique. Ces notions politisées, issues de minorités devenues majoritaires à Hollywood, se sont imposées. Pour Lionel Lacour, cette notion de critères est liberticide : « À partir du moment où vous imposez cela, comment voulez-vous faire des films tels « Il faut sauver le Soldat Ryan », « Ragging Bull » ou « Taxi Driver » ? Le risque est donc de faire face à un « cinéma aseptisé, avec des films de moins en moins intéressants ».

La mode, un éternel recommencement ?

Pantalons pattes d’éléphant, sacs bananes, Converses, Stan Smith, couleurs flashy … Partout dans nos rues, des accessoires de mode et des vêtements que l’on croirait tout droit sortis des seventies et eighties font leurs retours. Vous avez dit nostalgie ? Sophie Kurkdjian - auteur du livre Géopolitique de la mode : Vers de nouveaux modèles ? (éd. Le Cavalier Bleu, 2021) parle d’un vrai paradoxe : « ce qui est assez drôle, c’est qu’en se penchant sur nos clichés des années 1980, on se dit ‘‘Mais comment j’ai pu m’habiller comme ça ? Rien ne va sur ces photos’’ alors qu’il y a plein de choses que l’on réemprunte aujourd’hui. Des éléments que l’on sort des placards et que l’on modernise en version 2021 ».

La mode était-elle donc réellement mieux avant ? Le constat est plus nuancé. Là où des Christian Dior, Coco Chanel, Jeanne Lanvin ou encore Louis Vuitton ne juraient que par des vêtements confectionnés avec les meilleures matières premières et un label artisanal made in France, force est de constater que les évolutions technologies et la baisse des prix sont venus mettre à mal ce modèle : « aujourd’hui, la quantité de production se fait au détriment de la qualité. Les vêtements sont confectionnés par des gens sous-payés, voire à la limite de l’esclavage comme les Ouïghours, dans des matières de piètre qualité et qui sont très polluantes pour la planète. La fast-fashion (ou mode rapide en français, ndlr) - contribue énormément à ces phénomènes », alerte Sophie Kurkdjian. Comment penser le contraire lorsque des marques comme Zara sortent aujourd’hui plus de 50 collections par an ? « Acheter 10 tee-shirts différents par semaine à des prix dérisoires est possible en 2021, mais ils ont un vrai impact social et écologique », ajoute la spécialiste.

Aujourd’hui, la mode est moins régulée et compte moins d’arbitres. La tendance n’est plus dictée par les magazines comme Elle et les couturiers. Les réseaux sociaux ont tout fait voler en éclats. Il n’y a ainsi plus une seule façon de s’habiller. « Un jogging peut paraitre vulgaire pour une personne, et complètement à la mode pour une autre », selon Sophie Kurkdjian. Une liberté plus grande, qui provient aussi de l’essor du prêt-à-porter et du développement de la fast fashion dans les années 1980. La démocratisation de la mode était alors en marche. Mais cet accès facilité a fait émerger jusqu’à aujourd’hui un nouveau phénomène : la consommation inutile, notamment portée par les sites de seconde main comme Vinted. L’auteur de « Géopolitique de la mode » explique : « Ce qui est très intéressant, c’est qu’on s’aperçoit que les gens achètent beaucoup plus, sans en avoir besoin. Ils le font au seul motif qu’ils pensent faire de bonnes affaires et qu’au pire des cas ils pourront revendre le produit le soir même ». L’une des solutions pour l’avenir serait l’éducation des enfants dès l’école à l’importance d’une mode durable, « sous le même format que la sensibilisation aux médias et à la lutte contre gaspillage alimentaire ».


Le passéisme, une tendance naturelle

Serge Ciccotti, Docteur en psychologie, explique que l’effet c’était mieux avant est simplement inhérent à l’humain : « Un chercheur de l’Université de Caroline du Nord, nommé Richard Walker, a étudié ce phénomène. Il s’est aperçu que nous avons tous une fâcheuse tendance à nous rappeler bien plus les évènements passés positifs que les événements négatifs. Il a fait le bilan de 12 études sur ce sujet et il en a conclu que les participants disent avoir vécu dans leur vie passée davantage d’événements positifs que négatifs », poursuit-il. Cet « effet d’effacement » serait d’ailleurs accentué par l’âge, d’après les travaux de psychologues de l’Université Irvine, en Californie.

Serge Ciccotti explique que ces chercheurs ont réuni en trois groupes différentes personnes selon leur âge, soit de 18 à 29 ans, de 41 à 53 ans et enfin de 65 à 80 ans : « ils ont demandé à ces personnes de s’asseoir devant un ordinateur et de regarder défiler des images positives - comme des visages d’enfants souriants -, négatives - blessures corporelles - et enfin neutres - photos d’animaux ou de paysages - ». Suite à cela, les psychologues ont voulu tester la capacité des sujets à se remémorer ces images. Le résultat est le suivant : « il s’est avéré que les jeunes participants se sont davantage souvenus des images négatives que positives. Par contre, chez les personnes âgées de 65 à 80 ans, ce fut l’inverse, elles se sont remémoré davantage les images positives », explique Serge Cicotti.

Un processus qui expliquerait ainsi pourquoi de nombreux seniors aiment à dire « c’était mieux avant ! »


15/06/2021 - Toute reproduction interdite


Le style des années 80 (Illustration)
Victoria Borodinova
De Fild Fildmedia