Analyses | 12 mai 2019

Espagne : Quel enseignement tirer des législatives ?

De Josep-Maria Gascon
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Observateur avisé et incontournable de la vie politique espagnole, Josep-Maria Gascon nous livre son analyse des résultats des élections législatives en Espagne qui ont consacré la victoire des socialistes, sans majorité absolue toutefois, et l'arrivée au parlement de l'extrême droite

Ça y est, l'extrême-droite a pris siège à la Chambre des Députés espagnole alors même que la victoire de la gauche est incontestable ! Car il faut reconnaître que Pedro Sanchez a obtenu un large soutien électoral, beaucoup plus fort que précédemment (123 sièges par rapport à 85).

Après seulement 9 mois au pouvoir, on devrait donc lire ce résultat comme une confirmation citoyenne de sa ligne idéologique et de sa gestion du conflit territorial.

La situation devrait ainsi lui permettre de faire face à une législature qui offre des garanties. D'une part, il peut étudier, à sa gauche, la possibilité d'un pacte stable avec Unidas-Podemos, qui a déjà manifesté sa volonté de trouver un accord.

D'autre part, il pourrait s'entendre avec Ciudadanos, option souhaitée par les classes dirigeantes espagnoles, mais toutefois peu probable.

Car le « personnalisme » de Rivera, le leader de Ciudadanos, le rend incapable de former un gouvernement avec le leader socialiste. En fait, l'ambition naturelle de Ciudadanos serait de se positionner comme une alternative de gouvernement de droite en ciblant l'absorption de l'espace naturel du PP (le parti conservateur) qui, avec la perte de presque la moitié de sa représentation (plus de 3,5 millions de votes en moins), s'est retiré de la table de jeux à laquelle il apparaissait auparavant comme le seul joueur de droite.

Un espace qui maintenant doit se partager entre PP, Ciudadanos et Vox... A noter sans surprise que l'extrême-droite n'avait jamais quitté l'Assemblée espagnole. Depuis la fin de la dictature, elle vivait en fait intégrée au PP. Aujourd'hui, les masques tombent... Et des guerres internes sont prévisibles.

Les espagnols peuvent bien sûr être fiers que le grand gagnant des élections ne soit pas Vox, parti populiste d'extrême droite qui rejette la souveraineté catalane, la migration, les mariages homosexuels et les droits des femmes.

En revanche, PP et Ciudadanos ont dû faire évoluer leur discours en le droitisant au niveau national, ayant prévu d'obtenir par ce biais un profit électoral, notamment du fait de la situation catalane.

Mais la stratégie basée sur l'utilisation du facteur catalan pour s'imposer dans toute l'Espagne a été un échec pour la droite, qui n'est pas en position de gouverner. Pedro Sanchez, même victorieux, devra donc sérieusement considérer le bloc de l'indépendance.

Dans ce contexte, il convient de noter que l'option gagnante en Catalogne est celle proposée par ERC (la gauche républicaine), qui, bien que son dirigeant ait été emprisonné, a été présentée comme un élément favorable à la négociation, complétant la position de Puigdemont, plus offensive.

En ce sens, le message des électeurs espagnols a été clair. Le conflit de la pluralité territoriale ne peut pas être résolu par des politiques de plus grande concentration du pouvoir, mais en vertu d'accords. De même, en Catalogne, les résultats corroborent un rejet immédiat de l'escalade, des tensions et de la politique de blocus institutionnel.

En clair, ces élections démontrent que l'Espagne ne peut pas être gouvernée avec une Catalogne qui serait laissée de côté. Autrement dit, dans la mesure où les partis indépendantistes revendiquent la reconnaissance de la pluralité des nations espagnoles, il devient fondé de reconnaître que la Catalogne est, compte tenu des résultats, composée de sensibilités différentes quant au modèle de pays souhaité par les citoyens, mais qu'elle ne peut pas non plus être gouvernée sans tenir compte de sa propre diversité..."

Quel pacte gouvernemental attendre de Pedro Sanchez ?

L'Espagne est engagée dans un cycle électoral qui se poursuivra le 26 mai, avec des élections européennes, régionales et municipales (où une bataille électorale de forte intensité est attendue dans des villes comme Madrid et Barcelone).

Le pacte actuel pourrait affecter les résultats de ce "second tour". Car il y a trop en jeu pour rebattre les cartes si peu de temps avant le nouvel appel aux urnes. Tant de questions se posent par ailleurs...

En effet, quel avenir pour PP ? Quelle sera la force de Vox au niveau municipal et européen ? Les socialistes seront-ils proclamés comme le parti dominant de la politique espagnole pour les années à venir ?

Dans ce contexte, il y a donc peu de chances que des accords nationaux voient le jour.

Les débats vont rester "en attente".

De mon point de vue toutefois, il demeure un aspect positif. Car, quoi qu'il en soit, l'Espagne entre dans une phase de prévisibilité et de stabilité politique et institutionnelle qui devrait favoriser ses politiques économiques et sociales.

09/05/2019 - Toute reproduction interdite


Les partisans du parti d'extrême droite espagnol VOX attendent l'annonce des résultats des élections législatives espagnoles du 28 avril 2019 à Madrid, en Espagne.
Susana Vera/Reuters
De Josep-Maria Gascon

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