C’est sur fond de crise indépendantiste que ce sont déroulées les élections européennes et municipales en Catalogne. Point de la situation à Barcelone. Par Charles Thomé et Marine François.

En Espagne, c’est sur fond de crise indépendantiste catalane que les quelques 37 millions d’électeurs doivent choisir leurs 54 représentants accordés par l’UE. Arrivant en tête avec plus de 32%, le parti du premier ministre Pedro Sanchez – Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) – distance largement le parti de droite – Parti populaire (PP) – peinant à rassembler, avec seulement 20%. Pour Emilio, étudiant de 25 ans rencontré sur la place de la Concorde à Barcelone « la nomination de Petro Sanchez est une bonne chose pour l’Espagne, et son parti est une chance pour l’Europe ». En effet, ce pays est un des seuls à ne pas subir de « vague populiste ». Vox, le parti de l’extrême droite rentre au parlement européen avec 6% sans atteindre la barre symbolique des 10% pourtant obtenu le mois dernier lors de son entrée au Parlement espagnol. Dans cette monarchie constitutionnelle, les eurosceptiques ne sont pas connus pour avoir pignon sur rue. « C’est également pour cela qu’il faut absolument participer » reconnaît Emilio, « Il faut les empêcher d’arriver au pouvoir » ajoute-t-il. Pour autant, il comprend cette montée populiste. « Voter pour des extrémistes eurosceptiques, ce n’est pas bon, c’est source de conflit. En revanche, je comprends cette colère car nous sommes trop nombreux en Europe, c’est très difficile de s’accorder entre les peuples ».

Figure de proue de l’indépendantisme, Carles Puigdemont, ancien président de la Catalogne est, avec son homologue Oriol Junqueras, élu au parlement européen avec respectivement 4.6% et 5.8%. C’est à Barcelone que les deux hommes politiques font leur meilleur score avec 28% pour le premier et 19.5% pour le second. Actuellement réfugié en Belgique, Carles Puigdemont échappe aux poursuites judiciaires engagées contre lui dans le cadre de sa tentative de sécession de 2017, ce qui n’est pas le cas d’Oriol Junqueras qui est emprisonné. En revanche, l’élection à cette députation ne signifie pas pour autant que leur élection est validée et qu’ils obtiendront l’immunité parlementaire. En effet, tous comme les 52 autres nouveaux élus, ils devront passer par Madrid pour s’acquitter de formalités administratives. Un voyage à haut risque pour Carles Puigdemont, risquant de se faire arrêter à sa descente d’avion ...

Barcelone : une élection municipale autour de la question indépendantiste

A Barcelone, capitale de la Catalogne, l’échiquier politique – comme celui de toute la province – est partagé par la question de l’indépendance. Parti indépendantiste de la gauche républicaine avec en tête de liste Ernest Maragall, l’ERC remporte les élections avec 21,35%. Avec 5 000 voix de moins, le parti de l’ancienne maire Ada Colau, Barcelone en commun (extrême gauche), se positionne en seconde position. Chacun des deux partis obtient 10 conseillers municipaux. De son coté, Manuel Valls, soutenu par le parti libéral Ciudadanos et d’obédience anti-indépendantiste, ne crée pas la surprise, ne décrochant que 13 %. Les habitants de la capitale catalane montrent, avec ces élections, leur attachement à l’indépendance, même si bien sûr aucune majorité absolue ne se dessine. Anna raconte : « j’ai voté indépendantiste, car je souhaite un changement d’administration. Ce maire sera un bon maire, vive la Catalogne ! ». Il semble toutefois que le vote indépendantiste tienne plus du symbole que d’une volonté réelle de sécession. Alvaro explique : « Je ne pense pas que le maire ait le pouvoir de nous conduire à l’indépendance. J’estime que le coup de 2017 représente le moment où nous étions le plus proche de l’indépendance. Si nous avons échoué à ce moment, je doute que nous y parvenions. Mais notre sentiment d’union va plus loin que la simple indépendance ».

Pour beaucoup d’électeurs, voter indépendantiste, c’est en effet mettre en avant les spécificités de la région : une culture et une histoire propre, mais aussi se détacher de la période du franquisme qui pèse encore lourdement sur les esprits en Catalogne.

28/05/2019 - Toute reproduction interdite


Les gens font la queue pour voter au Parlement européen et aux élections locales dans un bureau de vote à Barcelone, Espagne, le 26 mai 2019.
Albert Gea/Reuters
De GlobalGeoNews GGN