Environnement | 27 février 2019

Eruptions volcaniques : Attention danger !

De Anne Fornier
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Prévenir des dangers liés aux éruptions volcaniques, c'est la mission de la volcanologue et lanceuse d'alerte Anne Fornier, fondatrice de Volcano Active Foundation . Elle nous explique pourquoi il faut se préparer aux risques d'éruptions des grands volcans de la planète, qui ont des conséquences dévastatrices pour les populations et les économies des pays concernés.

 

Il y a 1550 volcans actifs dans le monde, dont 96 sont en activité. A chaque minute, 26 d'entre eux peuvent entrer en éruption, sachant que plus de 500 millions de personnes vivent en zones volcaniques actives, parfois sous la menace de dangers liés à une éruption, mais aussi en étant exposés à des gaz toxiques, à des poches de CO2, ou encore à des pluies acides (...). La seule paralysie du trafic aérien causée par des nuages de cendres volcaniques peut coûter des centaines de millions de dollars aux compagnies. Si par exemple l'Etna entrait dans une phase active très forte, l'on pourrait s'attendre à des dégâts considérables, qui impacterait l'ensemble du bassin Méditerranéen (...)

Depuis quelques mois, l'actualité nous rappelle que notre terre est vivante. Le volcan el Fuego, au Guatemala, a par exemple fait 196 morts et 4125 évacués. Toujours en 2018, le volcan Anak Krakatau, en Indonésie, a fait 426 morts, 7202 blessés et 40 386 évacués. Ces éruptions, pourtant dévastatrices, restent en réalité de faible intensité au niveau géologique, ce qui en dit long sur la menace, surtout si l'on s'intéresse aux dégâts que peuvent causer les super volcans. En effet, loin d'être une légende réservée aux productions cinématographiques, ceux-ci sont, à l'instar du Toba, du Yellowstone, ou du Tambora en Indonésie, dotés d'une chambre magmatique dix fois supérieure, pouvant provoquer des éruptions cataclysmiques.

 

Alors comment se préparer à leur impact ?

Semblable à l'échelle de Richter pour mesurer la magnitude des séismes, un système de mesure a été mis en place en 1980 pour permettre de caractériser la nature et la taille d'une éruption volcanique. Ce système, appelé le VEI (indice d'explosivité volcanique) est composé de 8 valeurs (le 8 étant le degré le plus élevé). Par cet indice d'explosivité, on peut qualifier le potentiel destructeur d'une éruption en prenant en compte l'ampleur possible de la destruction des bâtiments, des terres arables, de la végétation, de la propagation des cendres sur la terre, ou encore l'impact du voile de poussières volcaniques. 

Depuis 1815 et l'éruption du Tambora sur l'île de Sumbawa (Indonésie), les éruptions n'ont jamais dépassé le seuil du VEI 6. L'éruption de l'Eyjafjöll (Islande) en 2010 et celui d'el Fuego (Guatemala) ont par exemple été qualifiés de VEI 4. Si l'on estime que les éruptions VEI6 se produisent en moyenne tous les 100 ans, que les VEI 7 ont lieu tous les 1000 ans, et que VEI 8 ont lieu tous les 100 000 ans,  on est donc bien loin d'avoir connu - depuis 3 générations au moins - une éruption de type VEI 7 ou 8, C'est à dire une éruption d'une ampleur cataclysmique.

 

Anticiper les risques

Faisons un parallèle entre l'Homme et le volcan. Si chacun a un rapport différent au temps, les deux naissent, dorment, sommeillent, se fâchent, se calment, se réveillent, et meurent ... Il est donc important de surveiller les volcans, d'observer leurs phases d'activités, d'en tirer des données scientifiques. Non pour alarmer, mais tout simplement pour prévenir et informer d'un danger pouvant avoir un impact dramatique sur les écosystèmes de notre planète.

La volcanologie étant une science récente, beaucoup de découvertes sont encore à faire. Les moyens sont réduits, les formations peu nombreuses... 
Aujourd'hui, il n'existe pas de filière spécifique. 


L'étude des volcans dans son ensemble est par ailleurs très complexe. Pour faire une analyse complète d'un volcan, de son mécanisme, de ses éruptions passées, analyser les risques, il faut réunir des experts en géophysique, en géochimie (l'étude de la chimie sur la terre et ses sédiments), en géologie, en géographie, ou encore en climatologie ... Pourtant tous les pays, tous les gouvernements n'ont pas les moyens de payer des observatoires ou des équipes scientifiques pour anticiper des éruptions qui pourraient survenir aussi bien dans cent ans que dans quelques mois... Dans un certain nombre de pays en voie de développement, les administrations font face à des problématiques telles que la corruption, le colonialisme des universités étrangères confisquant les données pour leurs propres laboratoires, l'inefficacité administrative, le manque de formation des scientifiques, etc.

Dans certains endroits, des narcotrafiquants ont pris le monopôle des terres volcaniques, hyper fertiles, et les accès deviennent dès lors impossibles pour poser des capteurs. Les populations y vivent souvent dans la crainte de parler à nos équipes. C'est la raison pour laquelle Volcano Active Fondation a été créée. Elle a en effet une mission de sensibilisation et de conseil auprès des gouvernements les plus démunis, ses équipes s'adaptant aux situations les plus extrêmes. Elle intervient aussi sur la prévention des risques, notamment par l'éducation dans les écoles, et met en place des systèmes économiques indépendants permettant de travailler avec des appareils de surveillance adaptés. Avec cette fondation, il ne s'agit pas d'alarmer, mais d'anticiper. Car encore une fois, ce sont 500 millions de personnes vivent en zones volcaniques actives ! Nôtre rôle, c'est de les protéger. Pour protéger la vie, protéger la planète !

 

28/02/2019 - Toute reproduction interdite


Eruption of the Etna volcano, as seen from the Rifugio Sapienza, Italy, November 2002
Anne Fornier
De Anne Fornier

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