Comme chaque été, Matteo Salvini vient passer quelques jours sur la côte adriatique de l’Émilie-Romagne, dans la station balnéaire de Milano-Marittima. Il y alterne les moments de détente en famille avec les meetings politiques. C’est justement en marge de l’un de ces rendez-vous - la fête de section régionale de la Ligue - que notre journaliste a rencontré le leader du parti souverainiste qui soutient le gouvernement italien de Mario Draghi. Il a accepté de parler du pass sanitaire, mais aussi du Moratoire sur l’immigration proposé par Michel Barnier.

Entretien * conduit par Matteo Ghisalberti

 

Fild : Que pensez-vous des manifestations contre le pass sanitaire qui se déroulent actuellement en Italie, en France et dans d'autres pays ?

Matteo Salvini : En général, quand il y a des gens qui manifestent, je les apprécie et je les écoute. C'est d'autant plus vrai si ces manifestations sont très nombreuses. Je ne pense pas que ceux qui manifestent contre le pass sanitaire soient tous des « antivax », ou des fascistes, des communistes…. En Italie, je connais beaucoup de personnes vaccinées - parmi lesquelles il y a des avocats, des médecins, des enseignants - qui pensent que les limitations [imposées par le pass sanitaire, ndlr] ne servent pas à la santé et nuisent à l'économie. Personnellement je comprends ces personnes.

Fild : Parlons d’un autre sujet très actuel : l’immigration. Compte tenu des tensions politiques et sociales qui secouent la Tunisie, selon vous, l'Europe doit-elle s'attendre à une arrivée massive d'immigrants en provenance de ce pays ?

Matteo Salvini : Le problème, c'est qu'ils arrivent tous en Italie. Non seulement des Tunisiens, mais aussi des Bengalais, des Égyptiens, des Ivoiriens, des Centrafricains. Le nombre de débarquements a atteint des niveaux que nous n'avions pas vu depuis l'époque où Angelino Alfano (**) était ministre de l'Intérieur. S'il y a un ministre de l’Intérieur à Rome, qu’il donne un signal, s'il n'y parvient pas, il doit en tirer les conséquences. Actuellement, nous avons 800 immigrants qui ont été récupérés dans les eaux internationales par deux navires étrangers. Je souhaite que ceux-ci n'arrivent pas en Italie. Sinon, ce sera un gros problème pour le gouvernement.

Fild : L'un des navires des ONG dont vous parlez est français, l'autre allemand. Selon vous, les gouvernements français et allemand sont-ils loyaux avec l'Italie ?

Matteo Salvini : La France et l'Allemagne ont leurs propres intérêts. Mais notre problème n'est pas la France ou l'Allemagne. Notre problème, c'est l'Italie. Nous devons veiller aux intérêts des Italiens. Ce qui ne semble pas le cas.

Fild : Que pensez-vous de la proposition de l'ancien commissaire européen Michel Barnier pour un moratoire de 3 à 5 ans sur l'immigration en France ?

Matteo Salvini : Michel Barnier a bien fait de proposer cela. J’aimerais que cette proposition concerne également le reste de l'Europe. Bien entendu, en maintenant les couloirs humanitaires ouverts - pour les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées - comme nous l’avons toujours fait lorsque nous étions au gouvernement. Bref, la proposition faite par l'ancien commissaire européen me semble être une proposition sensée.

Fild : La France a amorcé son désengagement du Sahel, pensez-vous que l'Italie devrait faire quelque chose de plus pour compenser la stratégie française ?

Matteo Salvini : Le cœur du problème de l'immigration est le Sahel. J'espère que l'Europe en prendra conscience, notamment l'Italie et la France. En Italie, je travaille en ce sens. J'espère que d'autres aussi auront la même démarche.

Fild : Une dernière question. Pensez-vous que la France fait le nécessaire pour extrader les anciens terroristes des Brigades Rouges vers l'Italie ?

Matteo Salvini : La France ne fait pas le nécessaire. Elle pourrait faire davantage.

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Notes :
(*) interview réalisée le soir du 1er août 2021

(**) Angelino Alfano : ministre italien des affaires étrangères du gouvernement de Paolo Gentiloni (2016-2018), de l’intérieur lors des gouvernements d’Enrico Letta et de Matteo Renzi (2013-2016), de la justice dans le gouvernement de Silvio Berlusconi IV (2008-2011)

02/08/2021 - Toute reproduction interdite


Des migrants se reposent sur un quai après avoir débarqué sur l'île sicilienne de Lampedusa, en Italie, le 21 juin 2021.
© Guglielmo Mangiapane/Reuters
De Matteo Ghisalberti