Le texte sur l'enseignement français à l'étranger, examiné à partir de cette semaine au Sénat, suscite plus d'interrogations que d'enthousiasme. À ce stade, le projet de loi inspire même des doutes aux 2,5 millions de compatriotes qui vivent hors de France, mais qui restent attachés à l'éducation française de leurs enfants et aux valeurs qu'elle transmet.

Par Francis Mateo

Si le calendrier de l'année déterminait les priorités gouvernementales, l'avenir des établissements d'enseignement français dans le monde serait en tête des préoccupations pour la majorité d'Emmanuel Macron. Car dès cette première semaine de 2022, un projet de loi est soumis aux sénateurs, à l'initiative de l'élue LREM Samantha Cazebonne. Le texte vise d'abord « une meilleure représentation des familles et des anciens élèves au sein du Conseil d'Administration de l'Agence pour l'enseignement français à l'Étranger (AEFE) ». Une perspective que de très nombreux parents - parmi les 2,5 millions de Français établis à l'étranger - applaudiront. Donner enfin de la voix aux familles des enfants scolarisés dans ces établissements du réseau de l'AEFE : c'est en effet l'une des premières revendications des parents d'élèves, notamment après une période de pandémie particulièrement mal vécue. C'est d'ailleurs dans cette optique d'une meilleure représentativité des familles que vient de naître l'UNAPE, fédération indépendante de parents d'élèves. Et cette attente est d'autant plus légitime que les familles financent toujours davantage le fonctionnement des établissements d'enseignement français à l'international, à travers une augmentation constante des frais d'écolage. Le budget des Établissements en Gestion Directe (EGD) de l'AEFE est ainsi assumé à 63% en moyenne grâce à ces frais de scolarité (73% dans les lycées conventionnés). Le projet de loi de Samantha Cazebonne risque cependant de susciter quelques frustrations, puisque selon les nouveaux statuts, il s'agirait de passer de deux à quatre représentants des fédérations d'associations de parents d'élèves de l'enseignement français à l'étranger (dont au moins un des parents gestionnaires)... sur 28 sièges au conseil d'administration. Dans des conditions définies par arrêté du ministre des Affaires étrangères, dont dépend l'AEFE.

Des Français exclus

Le deuxième grand axe de la proposition de loi formulée par la sénatrice LREM – et sans doute le plus lourd de conséquences - concerne la création d'instituts régionaux de formation (IRF). Ce n'est pas une idée nouvelle, puisque ces IRF étaient déjà évoqués dans le plan de développement de l'enseignement français à l'étranger présenté en 2019, mais c'est un pas supplémentaire dans une stratégie directement définie par Emmanuel Macron : favoriser l'accroissement du réseau de l'enseignement français à l'étranger. « La formation des personnels enseignants et futurs enseignants dans le réseau, notamment des recrutés locaux, est à cet égard un enjeu essentiel pour garantir une offre éducative de qualité », note Samantha Cazebonne dans sa présentation de synthèse du projet de loi. Mais comment ces instituts régionaux de formation seront-ils financés ? Quelles conséquences sur l'augmentation des frais d'écolage ? Qu'est-ce qui changera au niveau du recrutement du personnel enseignant local ? La création des IRF se traduira-t-elle par une baisse d'effectifs des personnels expatriés et détachés au profit du personnel de droit local ? Quelle sera la place des investisseurs privés ? Est-ce le début d'une privatisation du réseau ?... Au cœur de la trêve des confiseurs, la sénatrice Samantha Cazebonne n'a pas encore répondu à ces questions. Mais avec l'ouverture des débats au Sénat, les éclaircissements ne sauraient tarder, au risque de susciter encore davantage d'interrogations sur le fonctionnement d'un réseau d'enseignement qui est aujourd'hui devenu une « machine à exclure » les Français de l'étranger. « Il faut savoir que les Français ne représentent plus que 37% en moyenne des élèves dans ces établissements internationaux. Notamment parce que beaucoup en sont restés à la porte pour des raisons économiques », explique l'avocat international Jean Michel Nogueroles, Économiste de formation, qui vient de lancer une pétition en ligne pour demander la gratuité de l'Éducation dans les établissements français internationaux.

03/01/2022 - Toute reproduction interdite



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