Enfermés chez eux pendant plusieurs mois, les enfants ont été privés d’une variété de sources d’éveil et de socialisation. Des problèmes de développement mental découlent parfois de cette construction psychique troublée et participent à l’augmentation du nombre d’enfants-tyrans. Quelles solutions s’offrent aux parents pour endiguer ce phénomène ?

Par Anatole Clément.

Un enfant-tyran exerce une domination sur son entourage. L’adulte qui veut limiter l’individualité de l’enfant est ainsi victime de chantage, de menace ou de violence.

Le pédopsychiatre Michael Winterhoff, auteur de « Enfants tyrans non à la capitulation ! » (Ixelles editions, 2011) voit dans ces comportements inadaptés un retard de maturité psychique.

Un enfant qui n’a pas été habitué à l’interdiction et à la sanction de certains comportements ne peut pas percevoir l’adulte comme une autorité naturelle. Cette frustration est pourtant nécessaire à la vie en société : il n’a pas tous les droits et doit réguler son comportement. Insupportable et incompréhensible pour un enfant qui n’y a pas été préparé, la restriction devient la source de comportements tyranniques précoces. Les plus communs sont le refus d’obéissance, et les colères.

Pour le pédopsychiatre Marcel Rufo, les enfants-tyrans sont l’angle-mort de la démocratie familiale. L’enfant se réfugie dans la violence lorsque cette dernière est acceptée par ses parents. En se montrant plus soucieux du bien-être et attentifs au développement personnel, les parents laissent aux enfants la possibilité d’imposer leur volonté et de développer des comportements inadaptés. Un parent qui échoue à les contrôler n’est toutefois pas à blâmer car l’étude du psychisme d’un enfant relève d’un pédopsychiatre.

Pour le pédopsychiatre Philippe Duverger, chef de service de pédopsychiatrie à l'hôpital Necker, condamner les parents participe au phénomène d’enfant-tyran. Il constate que les parents qui culpabilisent ont moins tendance à se faire aider par des professionnels. Ils sont démunis, la communication et l’encadrement sont devenus impossibles.

L’enfant-tyran n’est pas analysé comme une catégorie à part entière en psychiatrie. Les praticiens rapprochent ce phénomène d’un Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP), souvent accompagné d’autres perturbations psychiatriques.

Le diagnostic de ce trouble par des pédopsychiatres est de plus en plus fréquent et conduit à une prise en charge médicale des enfants et un accompagnement des parents. Les thérapeutes spécialisés traitent classiquement ce trouble par l’apprentissage de techniques comportementales aux parents et enseignants. Ils sont formés à inciter l’enfant à adopter des comportements adaptés par un système de récompense.

La résistance non-violente

Cette approche, introduite en psychothérapie par le professeur de psychologie Haim Omer, est appliquée en France par la pédopsychiatre Nathalie Franc qui a fait du centre hospitalier universitaire de Montpellier le premier à mettre en place un suivi spécifique des enfants au comportement tyrannique. La résistance non-violente a pour objectif de rétablir une présence parentale forte auprès de l’enfant et de sortir de l’alternance de comportements de soumission et d’escalade agressives.

Les services de pédopsychiatrie du CHU de Montpellier ont transformé cette approche en programme complet. Les parents sont accompagnés par des pédopsychiatres et des psychologues pour apprendre les stratégies de résistance non-violente à adopter. Le programme du docteur Franc permet ainsi aux parents de rétablir la hiérarchie familiale sans recourir à la force.

Répondre à l’insubordination par trop de fermeté reste peu efficace car une réponse agressive de la part des parents engendre une escalade de violence avec l’enfant. La résistance non-violente a déjà fait ses preuves dans différents pays et semble apporter une réponse efficace et durable aux problèmes des familles ayant un enfant au comportement tyrannique.

19/07/2021 - Toute reproduction interdite



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