Société | 10 décembre 2020

« En libertinage, la femme commande »

De Francis Mateo
3 min

Le village naturiste du Cap d'Agde sert d'écrin au temple du libertinage, le Glamour, qui est « le plus grand club libertin du monde » selon son propriétaire Daniel Jung. Pas moins de 2.000 personnes s'y retrouvent chaque soir - en temps normal ! -  pour des nuits de plaisirs adultes et consentis. Une oasis de libre sexualité dans une société qui se polarise, observe Daniel Jung, qui promène son regard de libertin depuis plus de quarante ans, de Paris au Cap d'Agde.

                                                               Propos recueillis par Francis Mateo

 

Fild :  Le libertinage en général, et l'échangisme en particulier, c'est plutôt une affaire d'homme ou de femme ?

Daniel Jung :  On observe à peu près toujours le même schéma parmi les couples qui arrivent. Au départ, l'homme se croit supérieur, apparemment très à l'aise, et la femme plus réservée. Puis, assez rapidement, la femme prend le dessus. Dans 90 % des cas, c'est elle qui va au-devant dans les contacts, dirige les échanges, décide. On le constate notamment dans la pratique du candaulisme (1) ou du triolisme. Au début, quasiment tous les couples veulent deux femmes, sans doute parce que l'homme veut imposer son désir, mais on voit beaucoup plus de trios avec deux hommes pour une femme. Je dirais même que le trio avec deux femmes est l'exception. C'est donc la femme qui finit par imposer sa propre volonté et ses propres désirs, cela fait partie des codes implicites du libertinage : c'est la femme qui commande.

Fild : Comment évolue la clientèle libertine ?

Daniel Jung : Il y a trente ou quarante ans, les clubs libertins étaient réservés aux catégories sociales élevées. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : c'est un mélange de toutes classes d'âges, professionnelles, socio-culturelles... Le libertinage s'est démocratisé, en somme. C'est une pratique qui s'est aussi décomplexée. On le constate au Glamour, la plupart des clients payaient en espèce il y a quelques années pour ne pas laisser de traces, mais désormais ils ne s'en préoccupent plus.

Fild: Cela signifie que société s'est libérée ?

Daniel Jung :  Cela correspond plutôt à une polarisation de la société. On constate effectivement dans les clubs libertins une ouverture qui traverse tous les milieux sociaux, mais dans le même temps, on voit bien qu'il y a une crispation à travers les faits divers quotidiens de femmes agressées parce qu'elles sont en mini-jupes, ou qu'elles se mettent seins nus sur la plage. C'est d’ailleurs une question qui va bien au-delà de la sexualité : cela affecte les droits et les libertés des femmes. C'est presque toujours le corps des femmes qui est visé par cette partie de la population qui veut imposer d'autres valeurs en s'attaquant à ces libertés. Ce sont deux côtés opposés de notre société, comme une corde tendue que l'on tirerait toujours plus fort par chaque bout. Et en ce sens, c'est assez inquiétant.

Fild : Vous ressentez cette tension au Glamour ?

Daniel Jung : Non, justement, c'est l'une des particularités de notre club : nous ne sommes pas une « discothèque normale ». Ici, tout le monde est dans la drague, dans la séduction, que ce soient les couples ou les personnes seules. Chacun est libre de faire ce qu’il veut, à la seule condition du consentement de ses partenaires bien sûr. Nous avons même une part de la clientèle qui vient uniquement pour le plaisir des yeux, ou simplement s'exhiber aux regards des autres. Notamment des femmes qui peuvent s'habiller ici de la façon la plus sexy en ayant la garantie qu’elles ne se feront pas agresser, comme cela peut arriver ailleurs. Et bien sûr, chacun peut assouvir ses désirs dans le respect de l'autre. D'ailleurs, nos physionomistes gardent l'entrée pour repérer et refouler ceux qui pourraient poser problème, mais n’interviennent quasiment jamais dans le club. À l'intérieur, c'est « tenue correcte exigée », dans l'attitude comme dans les vêtements, aussi minimalistes soient-ils. En toute liberté.

 

(1) Le candaulisme est une pratique sexuelle où la personne prend du plaisir à regarder son conjoint faire l'amour avec d'autres partenaires

 

01/10/2020 - Toute reproduction interdite


S.Hermann & F.Richter/Pixabay
De Francis Mateo

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don