Même s’il a été prudent et n’a pas fait d’excuses officielles lors de son discours au mémorial du génocide à Kigali, au Rwanda en mai dernier, le président français a toutefois affirmé que la France avait « une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire ».  Personne n’est dupe. C’est une nouvelle fois un acte de repentance - certes tout en nuance - de la part d’Emmanuel Macron.

La chronique politique de Roland Lombardi.

Après avoir déclaré en février 2017 à Alger, pendant sa campagne électorale, que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité », que la France « devait présenter ses excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avions commis ces gestes », le candidat Macron annonçait la couleur. Celle d’un énième politicien s’agenouillant pour quelques voix !

Pourtant, dès son élection et lors de son premier voyage officiel en Algérie, en décembre 2017, le jeune président français avait fait preuve d’un certain courage en affirmant ne pas être « l’otage du passé » … tout en déposant une gerbe au monument des martyrs de la guerre d’Algérie, le Maqam E’chahid, honorant ainsi les « chahid » du FLN ! Un peu plus tard, durant ce voyage, un jeune algérois l’interpellait à propos du passé colonial de la France lors d’un bain de foule. Emmanuel Macron lui a demandé assez sèchement « mais vous avez quel âge ? ». « Vingt-cinq ans » lui a rétorqué le jeune homme. Le nouveau locataire de l’Élysée alors exclamé : « Mais vous n’avez pas connu la colonisation ! Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ! Votre génération doit regarder vers l’avenir ! ».

Depuis, le masque est retombé avec le rapport demandé à l’historien Benjamin Stora, les excuses au nom de la France pour la mort de Maurice Audin (universitaire communiste) et d’Ali Boumendjel, (avocat et militant du FLN), torturés et tués par l’armée française durant la bataille d’Alger, et dernièrement son discours au Rwanda… Définitivement, Emmanuel Macron prouve une nouvelle fois qu’il n’a aucune conviction. Sur des sujets « sociétaux », son perpétuel « en même temps » mis à toutes les sauces, illustre ses positions versatiles et son absence de colonne vertébrale. Ses déclarations sur une chose et son contraire finissent par lasser.

Pour autant, sa gêne sur ces sujets mémoriels est perceptible. Car même s’il est inculte, son intelligence lui demanderait de s’abstenir en tant que chef d’État d’évoquer ces « guerres de mémoires ».

Certes, l’histoire et la politique sont intimement liées. Mais comme le rappelle si justement Barbara Lefebvre, « Que l’État républicain élabore des dispositifs pour valoriser tel ou tel aspect de l’histoire commune est nécessaire pour forger notre destin politique, cette démarche de construction d’un « récit national » est consubstantielle à l’idée même d’État dans toutes les civilisations depuis la plus haute Antiquité. Ce qui est en jeu n’est donc pas tant que l’État se mêle des processus de construction d’une mémoire commune, mais les fondements idéologiques de cette entreprise. En effet, cela révèle l’orientation que la puissance publique cherche à imposer aux imaginaires collectifs, puissamment chargés de représentations antagonistes dans les sociétés pluralistes de nos démocraties postmodernes »[1].

Emmanuel Macron toujours hors-sol

Mais voilà, Emmanuel Macron est l’otage de sa caste. Une minorité élitiste, médiatique, bien-pensante et progressiste, abreuvée depuis les années 1960-1970 jusqu’à nos jours par une intelligentsia et des historiens de gauche qui polluent encore, par des idées reçues, des mystifications et nombres d’erreurs, les études historiques et particulièrement le passé de la France.

Pour ces « chercheurs », adeptes de la repentance, il fallait imposer leur doxa selon laquelle l’Occidental, l’« affreux homme blanc » est « le fardeau de l’humanité » !

Depuis plus de 60 ans, ces « décolonialistes », vieux restes mal digérés de la propagande soviétique, usent et abusent d’anachronismes, de contrevérités et de trucages, pour juger les évènements du passé avec des grilles de lecture et de valeurs modernes, indépendamment du contexte historique. Le but est simple : victimiser les jeunes Français issus des anciennes colonies et semer la haine et la division.

Incapable de résoudre toutes les crises qui touchent la France, le président français, s’il veut être réélu, se doit donc de donner des gages moraux et de bonne conscience à son microcosme, faire du pied à la « gauche caviar » voire à la gauche mélenchoniste et communautariste ultra-minoritaire et surtout, faire les yeux doux à une jeunesse des banlieues majoritairement originaire de nos anciennes colonies.

Ce bas calcul suffira-t-il à lui assurer la victoire au second tour de 2022[2] ? Peut-être. En attendant, il n’est pas digne d’un véritable homme d’État.

Si Macron connaissait un tant soit peu son pays, son peuple et le monde qui l’entoure, il saurait que les Français en ont assez de ces autoflagellations permanentes. À juste titre, ils ne sentent nullement comptables, responsables ou coupables des actions de leurs aïeux.

De même, la repentance ne favorisera en aucun cas l’intégration, au contraire ! Comme elle décrédibilisera encore un peu plus la France à l’international notamment en Afrique, au Maghreb ou au Moyen-Orient.

Dans les cultures de ces régions (dont sont issus nos fils d’immigrés), on exècre et méprise plus que tout celui qui n’honore pas ces ancêtres, qui renie ses propres croyances et qui est prêt à s’aplatir et s’humilier pour quelques bulletins de vote ou des contrats commerciaux !

Pas étonnant alors que la France ne soit plus respectée à l’étranger comme à l’intérieur de ses propres frontières...

Dans mon livre Poutine d’Arabie (VA Éditions), j’expliquais que les Russes, eux, étaient « imperméables à toute notion de culpabilité et de repentance. Paradoxalement, pour Moscou, les débats autour du "colonialisme" ou de l’"impérialisme" rappellent les manipulations et les mensonges d’État de la propagande soviétique. Ainsi, à l’inverse de l’Occident et de son passé colonial, la Russie a une approche du monde arabo-musulman totalement décomplexée. Pour les Russes, il est inimaginable de s’excuser à propos, par exemple, des longues et cruelles guerres de conquête de la Russie en Asie centrale et dans le Nord-Caucase entre 1817 et 1864. Aucune repentance aussi pour les déportations massives de millions de musulmans (notamment Tchétchènes et Ingouches) dans les années 1930 sous Staline ou encore pour sa guerre (et ses exactions) en Afghanistan dans les années 1980 ou enfin, pour son extrême brutalité dans ses guerres de Tchétchénie des années 2000 ».

Ceci dit, au regard des succès russes aujourd’hui en Afrique et dans la région MENA en termes de respect et d’influence, le résultat est sans appel et nos dirigeants feraient bien de s’en inspirer…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/macron-et-l-algerie-les-sables-mouvants-de-la-repentance-memorielle-20200127

[2] https://fildmedia.com/article/pourquoi-macron-peut-encore-gagner-en-2022

02/06/2021 - Toute reproduction interdite


Le président Emmanuel Macron pose pour un selfie avec des résidents du quartier de la Mosson à Montpellier, le 19 avril 2021.
© Guillaume Horcajuelo/Pool via Reuters
De Roland Lombardi