Culture | 13 mai 2021
2021-5-13

En Espagne, LREM liquide la culture française

De Francis Mateo
3 min

Avec la fin annoncée de l'Institut Français de Valencia, la majorité gouvernementale est prise en flagrant délit de double discours : D’un côté les belles paroles sur le rayonnement culturel français pour la galerie, et de l’autre, « en même temps », la suppression d'une institution qui diffuse la francophonie et la culture française dans la troisième ville d'Espagne depuis plus d'un siècle.

Par Francis Mateo

En temps normal, l'Institut Français de Valencia (IFV) forme à la langue de Molière quelque 750 élèves par an, il accueille un millier de candidats aux examens de certification et enregistre autant d'adhérents dans une bibliothèque qui fait le bonheur des francophones de la troisième ville d'Espagne. Pourtant, le ministère des Affaires étrangères (MAE) a décidé d'anéantir, ou presque, cette institution qui diffuse la langue et la culture françaises depuis 1888 à Valencia ! Après un avertissement en 2018, avec une inspection menaçant l'avenir de l'Institut Français si les comptes ne revenaient pas à l'équilibre, le MAE a donc décidé de mettre sa menace à exécution il y a quelques jours, en annonçant la suppression des cours de français à partir du mois de juin. Comme l'essentiel de la trentaine de salariés sont des professeurs, autant dire que l'IFV sera donc vidée de toute sa substance. Évidemment, le ministère semble ignorer totalement les effets dévastateurs de la pandémie sur l'activité de l'institut. Mais au-delà, c'est le renoncement à défendre la francophonie et la culture française à l'international qui apparaît à travers cette décision en contradiction totale avec les envolées lyriques d'Emmanuel Macron sur ce thème. La République En Marche oublie ainsi au bord du chemin l'exception culturelle française et les belles paroles du président.

« Nous nous sentons abandonnés et trahis »

Fidèle à ses habitudes, la députée LREM des Français de l'étranger Samantha Cazebonne ne prend même pas la peine de répondre sur le sujet, laissant son suppléant Stéphane Vojetta monter au créneau pour déplorer cette décision et s'attrister du sort du personnel de Valencia. Voilà au moins un point sur lequel seront d'accord les 26 salariés de l'IFV en sursis : « Nous nous sentons abandonnés et trahis, d'autant que nous avons fait des efforts qui n'ont pas été pris en compte », commente l'un d'eux. Pire : le MAE n'a pas respecté l'engagement de revoir les conditions d'embauche des personnes employés sous le contrat local « Fijo discontinuo » (fixe alternatif), c'est à dire embauchés chaque année en septembre pour être licenciées en juin (à charge de l'assurance chômage espagnole en période estivale), depuis parfois vingt ou trente ans pour certains ! Une situation totalement irrégulière qui s'était d'ailleurs terminée devant les tribunaux (en faveur des salariés) à Madrid. Pour toute réponse : le silence assourdissant du ministre des Affaires étrangères, de l'ambassadeur, de la direction générale de l'institut français d'Espagne et de la députée des Français de l'étranger.

Une pétition de soutien a cependant recueilli plus de 8.500 signatures en une semaine.

Le texte a été relayé par le maire de Valencia Joan Ribó, qui s'est publiquement prononcé pour le maintien de l'Institut Français dans sa ville. Il faut croire que les responsables politiques espagnols sont plus soucieux de la francophonie et de la culture française à l'international que leurs homologues français.

11/05/2021 - Toute reproduction interdite


L'entrée du batîment de l'Institut Français de Valencia
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De Francis Mateo