Analyses | 16 avril 2019

Elections européennes: Un séisme politique en perspective …

De Nathalie Kohl
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 La juriste Nathalie Kohl nous livre ses reflexions quant à la montée des populismes en Europe et les élections européennes à venir en Mai 2019 

 

Il était évident qu’une Europe économique et sociale, gage de stabilité permettrait un mieux vivre aux prochaines générations. Que des projets transnationaux impulseraient l’envie de construire ensemble. Que l’histoire tragique de l’Europe serait reléguée au rang de passé obscur, qu’un pare-feu de consensus, de sens commun et d’idéalisme bienfaisant serait le socle d’une démocratie partagée, de valeurs communes.

Dix ans plus tard, à Madrid, grâce à ce magnifique droit de libre circulation des biens et des personnes, je me retrouvais dans mon nouveau pays d’accueil, et j’étais témoin comme des millions de personnes du passage à l’Euro, un pas de géant dans cette construction économique, fort de promesse de paix et de prospérité.

Dix-sept ans après, française et européenne vivant toujours en Espagne, quel est le bilan de cette Europe ? Cette Europe des peuples ? Ce grand écart entre l’enseignement universitaire et la réalité est vertigineux. En vérité, c’est un sentiment de gâchis qui me submerge. En effet, il est simpliste de dire qu’il est difficile de réunir autour d’un idéal commun autant de peuples et de territoires, d’oublier les dissonances pour ne garder que les points de convergence. Pourtant, c’est tellement vrai. Que de souffrances, d’années de guerre et de malheurs avant de pouvoir semer les graines d’un monde un peu meilleur, d’un espoir pour les générations à venir, et surtout la responsabilité assumée de ne plus permettre que l’Histoire se répète dans ses aspects les plus néfastes.

Aujourd’hui, mon pays de naissance et mon pays d’accueil sont menacés tous deux par des thèses qui veulent ruiner ce pacte de stabilité. Bien évidemment, des erreurs d’appréciation ont été commises, les promesses sociales n’ont pas été suffisamment tenues, et l’espoir pour beaucoup s’est transformé en un goût amer, en larmes de sacrifice, en un faux espoir de connaître un jour ce bien-être commun.

Mais voilà que le manque de recul des élites comme de leurs peuples nés après la guerre, est en train de tuer cette Europe diverse, cette unité dans la diversité, ce vivre ensemble, pour créer des monstres incontrôlés et incontrôlables.  Comment dans une Espagne qui a connu la dictature, peut-on voir, entendre ou lire, des thèses qui demandent à créer un mur anti-immigration ? Comment un parti tel que Vox, jeune parti eurosceptique créé en 2014, a-t-il pu engendrer comme le souligne “El Pais”, un "tremblement de terre" qui "change le panorama politique national" lors de son ascension au Parlement andalou, avec un peu plus de 10% des voix en 2018 ?

Le transnationalisme de progrès s’est transformé en transnationalisme de la destruction. Les extrêmes droites pour gagner en force et en voix se soutiennent, s’adoubent, et ce, sans complexe. Le franquisme et le pétainisme ressortent des tombeaux, et brandissent leurs bannières aux valeurs nauséabondes, hostiles à l’avortement, au féminisme, à l’immigration profitant du terreau du chômage et d’une économie fragilisée. Les yeux de ces partis sont mêmes tournés vers une Amérique qui a elle aussi, choisit pour Président, un xénophobe qui entend régir le monde selon ses règles pensant rendre à son pays la grandeur qu’elle aurait perdu. Et chacun de jouer du même slogan populiste, l’Espagne doit être "grande à nouveau", “America great again”, et la promesse de Marine Le Pen de restaurer “la grandeur” de la France se font écho. Même la loi du far west devrait s’imposer selon le leader de Vox, Santiago Abascal. qui dans un message sur son compte personnel twitter, se réjouit de la modification de l’article 52 du code pénal italien qui permet de tirer sur un voleur lorsqu'il existe des "preuves" de menace:

La dictature progressiste qui prétend que les gens doivent se laisser voler, se faire violer et se faire tuer chez eux s’effondre. C'est du pur bon sens de reconnaître le droit de défendre notre maison et de nous défendre nous-mêmes. Un succès politique. »

Les futures élections européennes ont un goût de soufre. Les fondateurs de l’Europe doivent se retourner dans leurs tombes. L’heure de l’Europe risque de sonner…à moins que l’exemple du Brexit, abordé de manière farfelue par des élites populistes qui ont préféré abandonner le navire avant son naufrage ne soit le dernier rempart à cette folie humaine qui préfère détruire plutôt que de relever ses manches et construire un avenir ensemble. Les plus faibles en paieraient le prix comme toujours… il est toujours plus douloureux de reconstruire sur les cendres.

 

 

04/04/2019  Toute reproduction interdite


Santiago Abascal, leader et candidat à la présidence du parti d'extrême droite espagnol VOX, assiste à un rassemblement à Oviedo, Espagne le 12 avril 2019
Eloy Alonso/Reuters
De Nathalie Kohl

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