Percée de l’extrême-droite, mais moins forte qu’annoncée, les résultats des élections législatives espagnoles offrent une ultime prise de température avant le scrutin européen du 26 mai prochain.  Par Aurélie Chamerois

Lundi 29 avril, au lendemain des élections, aucun journal espagnol ne fait sa une avec l’entrée de l’extrême droite au parlement. Pourtant, Vox envoie 24 députés au Congrès, et c’est une première depuis la fin de la dictature du général Franco. Mais le pari n’est qu’à moitié réussi pour la formation d’ultra-droite à qui certains sondages avaient prédit plus de 40 sièges. Ses propositions en faveur de l’unité nationale ont toutefois trouvé écho auprès de 2,6 millions d’Espagnols. Un vote principalement motivé par la défense de l’identité espagnole à travers l’unité territoriale, la souveraineté et le contrôle de l’immigration.

Avec 10,6% des voix, Vox ne réalise donc pas le raz-de-marée attendu, tandis que le conservateur Parti Populaire, qui avait adopté une ligne très à droite, s’écroule et signe le pire résultat de son histoire avec 16,7% des suffrages. “La campagne socialiste a été modérée, prudente, cela lui a permis d’occuper le centre libéral que la droite et notamment le PP avaient « abandonné » écrivait cette semaine l’intellectuel Luis Racionero dans le journal La Vanguardia. « C’est une victoire des modérés et un échec pour les partis qui recherchent la confrontation » renchérit Sergio de Maya, professeur de sciences politiques à l’Université de Barcelone.

La poussée des partis anti-européens

Dans quelle mesure ces résultats peuvent-ils constituer un baromètre pour les élections européennes ? “Le principal enseignement de ce scrutin, c’est que l’Espagne n’est plus une exception en Europe, elle a aussi son extrême-droite, analyse le politologue Guillem Pujol, et on peut s’attendre à voir émerger, pour la première fois, un puissant bloc d’extrême-droite au parlement européen”.

Droite ultra et surtout europhobe. Dans un récent rapport intitulé “Comment les anti-européens envisagent de saboter l’Europe”, le think tank du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) affirme que “les partis anti-européens risquent de travailler ensemble afin d’affaiblir la coopération européenne”. Une analyse que ne partage pas Guillem Pujol, qui pointe du doigt la grande diversité idéologique de ces nombreuses formations politiques. “Il faudra voir comment s’organise le magma de ces extrêmes droites, Vox par exemple est fondamentalement opposé à l’indépendantisme catalan tandis que la Ligue du Nord de Matteo Salvini lui avait apporté son soutien” poursuit-il. Selon les derniers sondages , les partis eurosceptiques pourraient obtenir plus de 30% des sièges.

Effet de balancier, les partis traditionnels tendent en revanche à modérer leur discours. En Espagne, le PP se repositionne déjà vers le centre après son échec du 28 avril , tandis que, de l’autre côté de l’échiquier, la gauche radicale de Podemos adopte un discours aux accents socialistes.

03/05/2019 - Toute reproduction interdite


Les partisans du parti d'extrême droite espagnol VOX réagissent après l'annonce des résultats des élections générales en Espagne, à Madrid, le 28 avril 2019.
Susana Vera/Reuters
De GlobalGeoNews GGN