Le scrutin fatidique a eu lieu dans une ambiance d’effervescence électorale dans les 28 pays de l’Union européenne. Les taux de participation ont flambé dans 20 pays de l’UE. La ruée aux urnes a dépassé les 50% dans beaucoup d’entre eux. Les peuples européens, cette mosaïque bigarrée et grandiose, ont exprimé leur volonté. Les Verts ont percé, les libéraux se sont bien portés, la droite traditionnelle a essuyé un revers plus ou moins important en fonction des pays et les populistes se sont fait une place confortable mais inefficiente au Parlement. Mais point de changement majeur dans le paysage. Explication.  Par Maya Khadra

Les tensions au sein de l’Union européenne montent depuis que le duel entre progressistes et conservateurs, libéraux et populistes, mondialistes et nationalistes s’est enclenché. Les discours fusent, les expressions de récrimination champignonnent. « La lèpre populiste » répond dans les urnes à la « Renaissance progressiste ». Les verts envoient balader extrême droite, extrême gauche et flagornent avec libéraux progressistes et socialistes. Interaction et proxémique intéressantes dans une Europe qui, somme toute, est restée arrimée à un équilibre légèrement perturbé.

La réponse a été incisive et revancharde en Italie avec une nette avancée de la Ligue du Nord présidée par le charismatique et non moins clivant : Matteo Salvini, avec plus de 30% des suffrages. En Hongrie, Orban a raflé plus de 50% des votes et en Angleterre, le peuple a exprimé sa soif de Brexit dans les urnes avec plus de 33 % des suffrages. Les populistes ont percé, mais localement. La vague électorale qui a irradié est bien celle des Verts, des libéraux-centristes et d’une gauche socialiste qui a balayé le populisme de gauche dans plus d’un pays : Siryza en Grèce, Podemos en Espagne et la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon en France.

D’une manière générale, les Européens, qui ont voté plutôt massivement, ont donc toujours envie d’Europe, de l’Ode à la joie tirée de la 9e symphonie de Beethoven, du drapeau bleu avec ses douze étoiles. En moyenne, un électeur sur deux s’est déplacé pour voter, du jamais-vu depuis 1994, quand la Communauté européenne comptait douze membres, dix ans avant l’élargissement de 2004 à l’Europe centrale.

Pas de recomposition radicale, donc, au Parlement européen. Cependant, le temps est aux manœuvres. Le grignotage qu’ont subi des blocs comme le PPE ouvrent une brèche au Parlement et rendent possible la marge de manœuvre sur laquelle le Président français, progressiste patenté, pourrait surfer. Dans les pourparlers officieux autour de la succession de Junker, Emmanuel Macron a un œil sur une candidate « quasi-parfaite ». Elle est femme, non issue de l’Europe de l’Ouest, elle incarne une nouvelle génération et pourrait féminiser cette haute fonction occupée par des hommes depuis 1958. La Danoise Margrethe Vestager serait-elle la favorite de Jupiter ? Point d’accent péremptoire. Cependant, des tensions se sont instillées entre le couple Macron-Merkel autour de la question de la succession de Junker. La chancelière allemande et le PPE ont choisi un Bavarois, Manfred Weber, eurodéputé avec une notoriété ingrate. Le bras de fer est important entre libéraux et PPE. Macron rassuré après six mois de crise interne des Gilets Jaunes - le scrutin lui a, en effet, redonné une bouffée d’oxygène populaire - se remplume et cherche à élargir ses alliances en discréditant le PPE, longtemps seul capitaine à bord dans les nominations aux hautes fonctions de l’UE. Les populistes, eux, n’ont aucune influence sur ces nominations malgré leur succès en Italie, Grande Bretagne, Hongrie et France.

L’ère politique au sein de l’Union Européenne après les élections n’est pas celle des grands bouleversements, ni des décisions majoritaires que le PPE s’arrogeait. L’ère est à la tactique, aux diversions, aux alliances ponctuelles et aux manœuvres politiques entre blocs importants, mais pas assez pour renverser la donne. Les populistes qui ont joui d’une popularité dans leurs pays sont isolés au Parlement, noyés dans les 751 sièges de l’hémicycle et les progressistes comme Macron, à l’élan condamné à l’amortissement, essaieront de pratiquer des brèches, sceller des alliances avec les mouvements sans forte couleur idéologique identitaire : les écolos, les centristes et les socialistes. L’œuvre politique dans le nouveau Parlement est donc nébuleuse, aux contours imprécis et non moins surprenante. L’heure est aux coups de théâtre européens !

28/05/2019 - Toute repoduction interdite


Des observateurs observent le dépouillement des bulletins de vote lors du dépouillement des élections européennes dans la région sud-est du Royaume-Uni, à Southampton, en Grande-Bretagne, le 26 mai 2019.
Hannah McKay/Reuters
De Maya Khadra