International | 21 mars 2021

Égypte : La lutte contre l’extrémisme passe par l’Éducation !

De Roland Lombardi
4 min

En février dernier, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a provoqué une polémique dans les milieux islamistes en ordonnant - dans un pays majoritairement musulman - à l’Éducation nationale de limiter certains versets du Coran aux manuels de religion et de les retirer de toutes les autres matières. Une véritable révolution !

                                             L’édito de Roland Lombardi.

 

« Sauf pour les dictateurs et les imbéciles, l'ordre n'est pas une fin en soi ». Cette célèbre phrase est tirée du film Le Président (1961) d'Henri Verneuil, et on la doit au grand dialoguiste Michel Audiard.

Face à l’islamisme, l’inflexible autocrate égyptien sait que la lutte contre la corruption, les modernisations économiques, le culte du chef, le nationalisme et la répression féroce contre les Frères musulmans, ne suffiront pas.

Dans des déclarations publiques inhabituelles pour un dirigeant arabe, l’ancien maréchal a appelé à plusieurs reprises à une réforme, voire à une « révolution » de l’islam. Comme lors de son discours de décembre 2014, le plus célèbre et le plus retentissant à Al-Azhar - la grande mosquée/université du Caire - qui est la grande référence du monde sunnite depuis la fin du Xe siècle.

Sissi a donc accentué la mainmise de l’État sur cette institution et a imposé à ses fidèles une forme de « laïcisation » de la société égyptienne qui reste difficile et périlleuse pour le chef d’État égyptien. L’Égypte est un pays très islamisé. Certains conservateurs d’Al-Azhar résistent et Sissi est parfois obligé de leur donner des gages en matière de mœurs.

Toutefois, Sissi a renforcé le contrôle sur les mosquées.

Des inspecteurs choisis et nommés par le gouvernement vérifient les bibliothèques des mosquées pour s’assurer qu’elles ne possèdent pas des ouvrages ou des enregistrements jugés radicaux. L’État limite aussi les prêches dans les 100 000 mosquées du pays aux diplômés d’Al-Azhar rétribués par le ministère des Affaires religieuses, qui supervise les lieux de culte.

Récemment, le président égyptien est parvenu à imposer à Al-Azhar, qui dirige des milliers d’écoles religieuses et d’antennes (65 000) dans plusieurs provinces égyptiennes, une réforme des programmes scolaires et une purge des livres de tout contenu religieux, qui aurait été utilisé par des jihadistes pour justifier leurs attaques.

Versets du Coran et hadiths supprimés des programmes scolaires

Comme en économie, Sissi fait preuve dans ce domaine de volontarisme. En février, soulevant la colère des plus radicaux et de tous les islamistes du monde musulman, il vient d’ordonner à la vice-ministre égyptienne de l’éducation, Reda Hegazy, de réformer à son tour les programmes des écoles supervisées par le ministère de l’Éducation (environ 50 000 avec 23 millions d’élèves). Désormais, certains versets du Coran et des hadiths seront supprimés des programmes scolaires. Le président souhaite que les versets coraniques soient limités uniquement aux cours sur la religion et qu’ils soient retirés des manuels pour toutes les autres matières. Il s’est justifié en déclarant que certains textes religieux pouvaient « contribuer à répandre des idées extrémistes ».

De même, le ministre de l’Éducation va inclure des informations et des cours sur l’histoire chrétienne dans les programmes et envisage même de suspendre l’enseignement de la religion islamique en tant que matière distincte. Il a précisé qu’il avait accepté une proposition présentée par le député Freddy Al-Bayadi, pour l’édition d’un ouvrage concernant l’enseignement d’une nouvelle matière qui inclurait les principes, les idéaux et les valeurs communes partagés par les croyants de l’ensemble des trois religions du Livre et qui seront enseignées aux élèves de toutes les religions, quel que soit le niveau.

C’est une véritable révolution dans un pays musulman, qui plus est le plus peuplé du monde arabe et surtout, base historique des Frères musulmans, mouvement islamiste parmi les plus dangereux, inscrits depuis l’été 2013 en Égypte - comme dans plusieurs autres pays -, sur la liste des organisations terroristes.

Le président égyptien est le chef d’État arabe le plus menacé par les islamistes de la planète qui lui promettent le sort de Sadate, assassiné en 1981.

En dépit de ses atteintes répétées à liberté d’expression que l’on ne peut que condamner, il donne toutefois, d’une certaine manière, une leçon de réalisme aux responsables politiques occidentaux, qui ont depuis bien longtemps banni ce mot de leur vocabulaire…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

21/03/2021 - Toute reproduction interdite


Des enfants se retrouvent dans la cours de la mosquée Al-Azhar, dans le vieux quartier islamique du Caire le 20 mars 2020.
Mohamed Abd El Ghany/Reuters
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