Analyses | 30 mars 2020
2020-3-30

Egypte : Entre censure et catastrophe sanitaire

De GlobalGeoNews GGN
3 min

Notre correspondante au Caire décrit une situation sanitaire alarmante. Elle explique comment le gouvernement égyptien essaye de museler les journalistes qui alertent sur la situation. Par Laure Damoiz 

Sur des images diffusées sur les réseaux sociaux fin mars, on peut voir le dernier métro sur l'une des trois lignes du Caire, juste avant le couvre-feu de 19h récemment imposé par le gouvernement, pour tenter d'enrayer la progression du coronavirus. Les rames sont bondées. Des passagers portent des masques, mais tous sont collés les uns aux autres. La promiscuité quotidienne en Égypte, pays qui compte 100 millions d'habitants, est continue. Et le métro transporte quotidiennement plus de 4 millions de passagers ...

« Les mesures adoptées par le gouvernement depuis quelque temps n'ont hélas pas changé grand-chose à nos modes de vie », explique Mohamed, jeune étudiant qui, lui, préfère rester confiné chez lui. L'Égypte a pourtant été le premier pays d'Afrique officiellement frappé par le coronavirus, mi-février. Un expatrié chinois rentré de Chine était porteur du virus.

Les autorités égyptiennes ont réagi rapidement et confiné la plupart des personnes qu'il avait côtoyées. Mais la maladie, comme partout ailleurs dans le monde, continue sa progression. Elle serait désormais présente dans la plupart des gouvernorats du pays et notamment dans le sud, sous-équipé.

Fin mars, le gouvernement recensait cependant à peine quelques centaines de cas pour un peu plus de 40 morts. « Problème », explique une journaliste locale qui requiert l'anonymat : « seuls 3000 tests ont été effectués qui ont révélé près de 300 personnes infectées par le virus, soit 10% de l'échantillon testé. Il est très probable que l'épidémie touche beaucoup plus de personnes que ce qui est communiqué quotidiennement par l'État ».

C'est pour avoir douté de ces annonces, que la correspondante du Guardian a été expulsée, le 21 mars. Installée au Caire depuis 2014, Ruth Michaelson s'est contentée de relayer une étude canadienne qui affirmait que le pays comptait plutôt entre 6.000 et 19.000 cas de coronavirus. Furieuses, les autorités ont envoyé une note menaçante aux correspondants étrangers, leur intimant l'ordre de ne publier que les communiqués officiels sur la maladie, sous peine d'emprisonnement. Et pour cause : l'Égypte n'a pas les moyens de tester sa population et les services de santé sont à genou : peu ou pas de masques et de gants dans les hôpitaux, des moyens de stérilisation déficients et encore moins de respirateurs artificiels.

« Les hôpitaux publics sont une vraie catastrophe. Nos recommandations à nos ressortissants sont les suivantes : ne tombez pas malades, car vous risquez de ressortir de l'hôpital encore plus malades que quand vous y êtes entrés », confie un diplomate occidental.

La population égyptienne, quant à elle, ne se rend que rarement à l'hôpital. « Quand on est malade, on reste chez soi et on se débrouille », confie Fady Bebazy, pharmacien dans le centre du Caire. Si bien que le nombre de patients atteints du coronavirus pourrait bien relever de la catastrophe.

L'État, de son côté, redouble d'efforts, mais pour soutenir son économie qui repose essentiellement sur le tourisme en berne depuis le début de la crise, et sur l'envoi d'argent des 10 millions d'expatriés égyptiens, notamment ceux qui travaillent en Arabie Saoudite ou dans les Émirats, dont les économies sont à l'arrêt.

La dette abyssale du pays sera, à n'en pas douter, très difficile à éponger. Les mesures adoptées par le gouvernement ne sont pourtant pas à négliger : fermeture des mosquées et des églises, des marchés, des restaurants et des bars, ou encore un couvre-feu imposé entre 19h et 6h.

Le confinement total est extrêmement difficile dans un pays où une partie de la population vit du secteur informel, multitude de petits boulots au jour le jour. Sans accès à ce secteur qui représente près de 40% de l'économie, c'est une majorité d'égyptiens qui pourraient être rapidement privés de subsides.

31/03/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme passe en scooter devant la mosquée fermée El Sayeda Zainab, car les musulmans n'ont pas assisté aux prières du vendredi en raison de la propagation de la maladie à coronavirus en Égypte, le 27 mars 2020.
Amr Abdallah Dalsh/Reuters
De GlobalGeoNews GGN