Santé | 16 mars 2020

Docteur Pierre-Luc Maerten : « Le confinement est efficace »

De Emmanuel Razavi
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Le docteur Pierre-Luc Maerten est Chef du pôle de l’urgence (SAMU SMUR – Urgences) au Centre Hospitalier d'Arras. Respect du confinement, moyens hospitaliers face à l’afflux de malades, choix éthiques à venir, stock de sang. Il répond à nos questions.


Pourquoi le confinement est-il indispensable pour enrayer l'épidémie ?

Le confinement, s'il est strict et bien respecté, est une mesure barrière très efficace, comme le sont le port du masque et le lavage des mains pour limiter la diffusion du virus. Le principe est de bloquer les solutions de transmission interindividuelle.


Les hôpitaux ont-ils les moyens de faire face à l'afflux de malades ? Disposez vous d'assez de matériel ?

La réponse diffère d'une région à l'autre, et en fonction du type de matériel. Aujourd'hui nous disposons d'un parc de respirateurs performants très important pour armer des salles de réanimation. Dans les Hauts de France, on a par exemple doublé le nombre de place de réanimation pour faire face à l'afflux de patients attendus, mais paradoxalement on peut ponctuellement être en difficulté par le manque de matériel très simple comme les masques ... d'où la nécessité d'une utilisation efficiente et adapté au besoin.

Les gens qui s'agglutinent dans les gares pour fuir la capitale se mettent-ils en danger ?

Pas immédiatement. Le coronavirus ce n'est pas non plus walking dead ... Mais collectivement oui bien sûr, tous les rassemblements de personnes sont des situations à risque.


Quand attendez-vous le pic ? A quoi correspond-il ?

Le « pic » répond à plusieurs définitions en fonction de ce qu'on observe : la cinétique n'est pas la même d'une région à l'autre. Pour les Hauts de France : pics d'appels au SAMU : on y est depuis 3 semaines déjà avec le triplement du nombre d'appels par jour. Pics d'affluence dans les service d'urgence : paradoxalement l'activité dans les services d'urgence baisse dans les région « épidémiques ». Pics d'accusation dans les unités dédiées civid : pour l'heure les SAMU jouent parfaitement leur rôle de « sentinelle » pour dépister les cas dans la population générale et aider à la modélisation de l'épidémie département par département, mais aussi leur rôle de brise-lame pour épargner aux établissements de santé une déferlante de patients arrivant directement dans les services d'urgences. Quant aux pics épidémiques, une veille sanitaire est effectuée par Santé Publique France

Quelle est la tranche d'âge des patients infectés que vous recevez ?

Principalement des patients plutôt âgés avec des facteurs de risque comme le diabète, l’insuffisance respiratoire, les immunodéprimés ... Mais aussi une proportion un peu plus élevée de sujets jeunes sans maladie connue.


A quels types de choix éthiques les médecins peuvent-ils être confrontés dans les prochains jours ?

Si les places de réanimation venaient à manquer, il s'agira de réserver les lits aux personnes à qui ils bénéficieront le plus. En clair les jeunes sans facteurs de risque. Les patients plus âgés seraient alors pris en charge en unités conventionnelles.


Est-il vrai que les hôpitaux vont manquer de sang ?
Pas forcément. Il y a moins de dons de sang bien sûr, mais aussi moins de consommation du fait de la déprogrammation massive. La vigilance reste toutefois de mise.

17/03/2020 - Toute reproduction interdite


Docteur Pierre-Luc Maerten
DR
De Emmanuel Razavi

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