International | 18 juin 2019

Dissolution du Parlement en Grèce : la campagne législative est lancée

De GlobalGeoNews GGN
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Suite au raz de marée de la droite aux élections européennes du 26 mai dernier, le président de la République hellénique, Prokopis Pavlopoulos, a accepté le 10 juin la demande du premier ministre, Aléxis Tsípras, de dissoudre le Parlement. Un bouleversement profitable pour la droite.  Par Charles Thomé. 

 

Le président de la République héllénique, Prokopis Pavlopoulos, a officiellement accepté lundi 10 juin, la demande du premier ministre, Aléxis Tsípras de dissoudre le Parlement. Cette demande fait suite aux résultats des élections européennes du 26 mai dernier lors desquelles le parti europhile de centre-droit, Nouvelle Démocratie (ND) mené par Kyriákos Mitsotákis, a remporté le scrutin. Avec plus de 33% (8 sièges), le parti conservateur est passé devant Syriza – coalition de la gauche radicale – ne parvenant pas à dépasser les 24% (6 sièges).

 « Le taux d’abstention est élevé (41%). Les gens n’ont plus confiance dans la classe politique pour gérer la crise, ils n’ont plus envie de voter, cela ne bénéficie pas à la gauche » analyse Joëlle Dalègre, maître de conférence à l’INALCO et spécialiste de la Grèce moderne.

Au second tour des élections locales du 2 juin dernier, le vote s’est confirmé. Comme la semaine précédente aux européennes, Nouvelle Démocratie a remporté l’élection et a raflé la quasi-totalité des 13 régions du pays – 12 exactement – dont les mairies d’Athènes, du Pirée et de Thessalonique. « La gauche est plus que jamais fracturée, elle n’arrive plus à rassembler » explique la spécialiste.

A l’issue de ces résultats, le leader de l’opposition de centre-droit, Kyriákos Mitsotákis a appelé le premier ministre à « assumer ses responsabilités pour le bien du pays ». Il l’a encouragé alors à la démission pour que des élections aient lieu le plus rapidement possible. « C’est la seule solution » renchérissait-il.

Un échec politique

La stratégie politique de Syriza n’a visiblement pas eu l’effet escompté. « L’une des lacunes stratégiques était que le parti avait trop d’objectifs irréalistes et avait entretenu de nombreuses attentes impossibles à satisfaire » explique Manos Papazoglou, professeur assistant de sciences politiques à l’Université du Péloponnèse. « Le gouvernement Tsipras n’a pas rompu avec l’ancien système basé sur le clientélisme et le contournement du contrôle parlementaire. Pire encore, il a miné d’avantage le Parlement en raison de sa coalition avec un parti d’extrême droite – Grecs indépendants – et de son prosélytisme des députés issus de plus petits partis centriste pour survivre au vote de confiance ».

Malgré un retour à la croissance (1,4% en 2017 et 1,9% en 2018) et un recul constant du chômage descendant sous la barre symbolique des 20% (18,2% en octobre 2018 pour 27,9% en juillet 2013 d’après l’ELSTAT*), les Grecs ont sanctionné la politique gouvernementale.

L’augmentation du salaire minimum – votée fin janvier – ne change rien au mécontentement. « Le véritable problème est que le grec moyen ne ressent pas l’ensemble de ces mesures. Pour constater la hausse du salaire minimum, il faudrait déjà qu’il ait un emploi à plein temps. Beaucoup de Grecs cumulent deux emplois et il n’est pas rare que l’un d’entre eux soit dissimulé » constate Joëlle Dalègre.

D’autres opposants accusent Syriza d’avoir notamment trahi son électorat sur la fin de l’austérité promis par Aléxis Tsípras. Pour Manos Papazoglou « Syriza n’a non seulement pas tenu ses promesses passées mais n’a pas non plus projeté d’options viables et tournées vers l’avenir pour surmonter le faible taux de croissance actuel ». Le gouvernement Tsipras « a manqué de programme cohérent et de personnels compétents en nombre suffisant aux postes clefs du gouvernement » explique le professeur  Papazoglou. Pour autant, il ne faut pas croire que les critères de déception de la politique gouvernementale ne seraient qu’économiques.

Pour Joëlle Dalègre., « les distances prises avec l’Église orthodoxe, l’accord de Prespa avec la République de Macédoine du Nord ou encore la question des migrants restent autant de sujets crispant la population grecque (…). Limmense espoir qu’il a suscité s’est terminé en immense déception ».

De nouvelles élections prévues le mois prochain

L’actuel premier ministre grec avait fait du scrutin européen un vote de soutien populaire à sa politique. Prenant en considération l’échec de sa formation politique, il assurait dans son discours de fin d’élection qu’il « demanderait au président de la République d’organiser immédiatement des élections législatives afin que le peuple grec, et lui seul, prenne la décision finale ». Normalement prévu pour le 20 octobre prochain, les élections législatives anticipées auront lieu le 7 juillet prochain afin de renouveler pour 4 années les 300 députés grecs.

« La mise en place de mesures d’austérité et d’une coalition avec un parti d’extrême droite (Grecs indépendants) a rendu son empreinte idéologique très vague. Un député au Parlement grec venait de l’extrême-droite tandis qu’un membre du gouvernement était le fils d’une des plus grandes familles d’hommes d’affaires. Rien à voir avec des valeurs et positions typiques d’un mouvement de gauche. En fonction des prochaines élections, la gauche grecque fera probablement l’objet d’un processus d’introspection » d’après M. Papazoglou.

Selon un récent sondage de Métron Analysis en date de juin 2019, ND remporterait 39,8 % des suffrages (28,1 % en 2015), Syriza 29,% (35,5 % en 2015,  manquant de peu la majorité absolue) tandis qu’Aube Dorée ne dépasserait pas la barre des 5% (4,7% exactement pour 7% en 2015). « Si Syriza perd les prochaines élections, le parti se détériorera, il n’y a pas d’alternative à Tsipras » explique Manos Papazoglou. « La véritable question n’est pas de savoir si le parti Nouvelle Démocratie gagnera mais plutôt avec combien de députés gagnera-t-il. Ce parti plaît à la droite d’affaires européenne » conclue Joëlle Dalègre.

Le pari de Tsipras de se maintenir au pouvoir semble difficile mais pas impossible compte tenu de ses qualités de communiquant. Plus qu’une quinzaine de jours pour convaincre.

 

* Autorité nationale de statistiques de la Grèce

 

19/06/2019 - Toute reproduction interdite


Greek Prime Minister Alexis Tsipras addresses lawmakers during a parliamentary session before a confidence vote in Athens, Greece, May 10, 2019.
Costas Baltas/Reuters
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