Analyses | 25 novembre 2020

Dijon : le terrain ne ment pas

De Guillaume Bigot
5 min

Depuis la crise des gilets jaunes, les maires sont devenus les sauveurs de la République. Tel est d'ailleurs le sens profond de la nomination à Matignon d'un technocrate qui est aussi l'édile d'une petite commune des Pyrénées dont il cultive soigneusement l'accent. Cet appel au terrain qui ne ment pas suffira-t-il à préserver le « vivre ensemble » d'une République rongée par l'insécurité et le séparatisme ? Voire.

La chronique de Guillaume Bigot.

 

 

Le projet de loi sur la sécurité globale prévoit d'élargir le champ d'action des maires en matière de police. Ce projet veut notamment habiliter les policiers municipaux à surveiller des évènements sportifs ou culturels, à constater l'ivresse publique, à verbaliser la vente à la sauvette ou à embarquer à la fourrière des véhicules mal garés.  L'armement obligatoire des agents municipaux a été écarté. Les racailles peuvent se rassurer, ce ne sont pas les policiers municipaux qui vont les inquiéter. On comprend cependant pourquoi l'État veut inciter les maires à recruter des policiers municipaux. C'est surtout un transfert de charges financières. En apparence du moins car les communes, comme toutes les collectivités locales, n'ont qu'une caisse, celle du trésor public. Mais pour des raisons d'affichage, il est tentant de reporter sur les municipalités le soin de rémunérer des policiers. 

C'est une politique injuste car plus une municipalité est pauvre et plus elle risque d'être confrontée à l'insécurité et moins elle aura de moyens d'y faire face. C'est aussi une politique dangereuse. Certaines dispositions passées inaperçues de la loi sur le séparatisme permettent aux préfets de mettre quasiment sous tutelle les municipalités. Jusqu'ici, une procédure de ce type ne pouvait être déclenchée que par la cour régionale des comptes à la suite de malversations notoires ou en cas de faillite des finances locales. Désormais, si les collectivités locales sont réputées être passées sous la coupe d'intérêts hostiles à la République, les préfets pourront prendre la main. Cette possibilité n'est pas tombée du ciel. Elle n'a pas été inventée par un énarque imaginatif dans la sous pente d'un ministère. Elle reflète une réalité de terrain justement. C'est parce que certains élus locaux ont joué avec le feu ou pactisé avec le diable, parce qu'ils sont aussi parfois aussi soumis à une trop forte pression que l'État a prévu ce dispositif.

Il est déroutant de proposer une loi afin d'installer un filet de sécurité, indiquant l'existence d'un danger, tout en proposant une autre loi incitant les maires à prendre plus de risques, en leur confiant de nouvelles responsabilités policières. Le « en même temps » a des raisons que la raison ignore. Le terrain ne ment pas répètent les politiciens "proximiteux" qui sont à la tête de l'État. C'est parfois vrai.

Circulez, il n'y a rien à voir

Souvenons-nous de Dijon, charmante préfecture de la Côte d'Or investie cet été par des hordes de Tchétchènes venus vengé l'un des leurs, agressés par les « Arabes des Grésilles » pour reprendre l'expression surréaliste du procureur de la République.

De l'aveu même du premier magistrat de la cité des Ducs, François Rebsamen, le quartier des Grésilles, situé en centre-ville, a été « deux jours durant livré aux représailles de 150 Tchétchènes. » Selon le Ministre de l'intérieur de l'époque, les forces de l'ordre furent débordées. Elles le sont de plus en plus souvent et sur l'ensemble du territoire.

Toujours à Dijon, jeudi 29 octobre, une manifestation de Turcs pro-Erdogan cherchaient à casser de l'arménien en pleine ville en hurlant Allah Akbar.  Interrogé sur le sujet, le maire de la capitale de la région Bourgogne expliquait : « Les Tchétchènes, c'est un fait divers que le hasard a placé à Dijon.  Des Tchétchènes à Dijon, il y en a très, très peu ! ». Un simple fait divers. Circulez, il n'y a rien à voir.

Quant aux nervis d'Erdogan, le même François Rebsamen explique : « Les Turcs qui ont défilé dans les rues de Dijon ne sont pas majoritairement de Dijon. Ils viennent de Saint-Jean-de-Losne et de Saint-Usage. Pour se faire de la publicité, ils ont préféré Dijon. » Les islamo-fascistes venaient de Saint-Jean-de-Losne ou de Saint-Usage (communes proches de Dijon, ndlr), il fallait le dire avant, nous voilà rassurés !

Le cas de Dijon est intéressant à plus d'un titre. Pas seulement en raison du déni de son maire qui reflète celui d'une classe politique qui, depuis 40 ans, face à la montée de la haine anti-française charrié par le communautarisme et l'islamisme a décidé de faire l'autruche. Le cas de Dijon est aussi intéressant car il permet de relier les deux tumeurs qui métastasent à la même vitesse : le trafic de stupéfiants et l'islamisme. Ici-encore, laissons le maire de Dijon s'exprimer : « Comme toutes les villes de France, Dijon connaît un développement exponentiel du trafic de drogue. »

Or, un contre-sens est généralement commis à propos du danger que l'islamisme fait courir à la France comme aux autres États-nations. Ce contre-sens est un anachronisme, il consiste à redouter la prise de contrôle de l'État par l'islamisme (c'est le scénario de Michel Houellebecq dans Soumission) ou de craindre une invasion militaire islamiste. Le scénario le plus probable est celui que nous avons sous les yeux : c'est la propagation de l'islamisme par le désordre. L'Islam est né dans un monde sans État. Né dans le désert, l'islam a propagé le désert (et s'y est aussi largement fixé comme dans son écosystème naturel ainsi que le géographe Xavier de Planhol l'a remarquablement démontréAnchor[1]). 

Le mot business est un mot d'origine arabe. Plus l'État-nation s'effrite (sous l'influence de la globalisation marchande, des Gaffas, de la construction européenne) et plus l'islamisme se répand pour prendre sa place comme croyance collective de substitution. L'islamisme est l'idéologie idéale pour se substituer à un État défaillant qui refuse de transmettre des valeurs fortes à ses jeunes générations, qui refusent de célébrer l'héroïsme sans lequel il n'y a pas de sacré dans la cité - donc pas de cité - et c'est enfin l'idéologie parfaite pour bénir les larcins commis au détriment des koufars. L'islamisme promet aussi une forme de rédemption et de respectabilité à la voyoucratie. Ici encore, Dijon offre un cas d'école. Dans ces quartiers livrés aux bandes de jeunes violents qui méprisent la mièvrerie du vivre ensemble à base de pacifisme niais, les autorités sont obligées de passer par des médiateurs pour faire mine de contrôler un territoire perdu.

Le maire de Dijon persiste et signe, il ne renie pas l'imam frériste, Mohammed Ateb. Comment le pourrait-il puisque c'est lui qui a ramené la paix civile 

à Dijon au printemps dernier, en lieu et place des pouvoirs publics, lors des affrontements qui ont opposé des Tchétchènes à des jeunes issus de la communauté maghrébine.

Rappelons-nous de la définition de l'État selon Max Weber. C'est le monopole de la violence légitime.

Dijon est donc un laboratoire du "vivre ensemble". Le monopole de la violence y est contesté à l'État. L'ordre n'y sera donc rétabli auprès des violents que par l'autorité "légitime."

Guillaume Bigot,  est directeur d'une école commerce et chroniqueur sur C-News. Son nouvel essai, Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirgeante française, est sorti aux éditions Plon le 22 octobre.

24/11/2020 - Toute reproduction interdite

 

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