Société | 16 juin 2020

Dijon : la paix civile négociée par un Frère Musulman ?

De Roland Lombardi
5 min

Alors que Dijon, la capitale bourguignonne, était ce week-end en proie à des violences urbaines entre des bandes tchétchènes et des voyous armés de fusil d’assaut issus de la communauté maghrébine, le maire de la ville appelait, impuissant, « les jeunes à rentrer chez eux ». Le retour au calme aurait en fait été rendu possible grâce à l’intervention d’un imam proche de l’organisation islamiste des Frères Musulmans, une confrérie placée sur la liste des organisations terroristes de plusieurs pays.

                                                                                                L’analyse de Roland Lombardi

 

Depuis quelques semaines, fascinées par le modèle américain du Black Lives Matter -mouvement de protestation pour lutter contre les discriminations policières subies par les afro-américains -, des associations antiracistes et communautaristes françaises, soutenues par la gauche et l’extrême gauche, ont profité de l’affaire Floyd pour faire pression sur la justice en imposant une vision fantasmée et racialiste des crises sociales qui touchent notre pays.

Ces manifestations - qui devaient être interdites en raison de la crise sanitaire - organisées à l’appel du collectif Adama Traoré, du nom du délinquant décédé en 2016 lors de son interpellation, et les émeutes qui ont suivi, démontrent les manquements graves d’un exécutif dépassé et déconnecté du réel.

Alors que le ministre de l’Intérieur désavouait il y a peu ses propres troupes, que certains responsables politiques, comme Mélenchon, appelaient tout bonnement au désarmement de la police française, l’intelligentsia de gauche ergotait sur l’unique danger de l’extrême droite (!!!).

C’est dans ce contexte que les Français ont encore eu droit, dimanche soir, à une énième déclaration présidentielle, totalement hors sol, alors qu’une nouvelle crise se déroulait à Nice et Dijon.

La capitale de la Bourgogne a été durant tout le week-end le théâtre de véritables scènes de guérillas urbaines puisque des Tchétchènes (qui pour la plupart bénéficient du statut de réfugiés !) ont affronté à coups de barres de fer et même d’armes de guerre des dealers de la communauté maghrébine !

Alors que sur toutes les vidéos, des armes automatiques étaient fièrement exhibées par « les jeunes » du quartier des Grésilles, le maire socialiste de Dijon, François Rebsamen, s’évertuait à présenter les Tchétchènes comme les seuls et uniques « méchants » de l’histoire, faisant des évènements une description quelque peu édulcorée ! 

Camouflet « islamiste » pour le Maire de Dijon

Il semble que l’arrêt des hostilités mardi soir, ne soit pas le fait de l’envoi de renforts policiers, du RAID ou encore de la venue sur zone du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Le calme serait revenu grâce à une médiation organisée entre les belligérants des deux communautés sous l’égide d’un chef religieux tchétchène et d’un imam local, - Mohamed Ateb - proche de l’organisation islamiste des Frères musulmans, confrérie placée sur la liste des organisations terroristes par plusieurs pays arabes. Autrement dit, un islamiste aurait négocié la paix sociale et civile en lieu et place des pouvoirs publics, infligeant un terrible camouflet au maire de Dijon et au ministre de l’Intérieur.

Par ailleurs, alors que Castaner et Nunez nous promettaient une « extrême fermeté face aux voyous », on a appris hier que sur les quatre interpellés (!), trois ont été libérés sans aucune charge retenue contre eux, et le quatrième condamné à une simple amende !

La situation pourrait sembler simplement ubuesque si elle n’était pas si grave.

La capitale des Ducs de Bourgogne, ville pourtant réputée pour son calme, est de fait l’un des symboles d’un manque de vision globale combinant une politique ambitieuse d’intégration et de l’emploi, une refonte totale de l’éducation, de la formation et une lutte sérieuse contre la drogue et l’islamisme, tous les milliards d’euros déversés dans les quartiers défavorisés n’ayant strictement servi à rien.

Comme François Rebsamen, nombre de maires ont préféré s’enfermer dans leur utopie du « vire ensemble » pour acheter la paix civile. À coups de subventions stériles accordées à des associations communautaristes, ils ont choisi les barbus et les caïds pour assurer l’« ordre ». Tout en fermant les yeux sur le trafic de stupéfiants, souvent principale source de revenus dans ces « territoires perdus de la République » !

« Une situation pré-insurrectionnelle »

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la société française se fissure de jour en jour et que la France est à présent, et plus que jamais, un véritable baril de poudre. Devant ces violences, beaucoup évoquent d’ailleurs le risque d’une guerre civile.  Nous n’en sommes heureusement pas encore là. Même si je répète souvent que celle-ci a déjà commencé sur les réseaux sociaux depuis 2015 et que les spécialistes de ce genre de conflits, notamment au sein du renseignement français, s’accordent à dire que la France est bel et bien en « situation pré-insurrectionnelle ».

Pour l’heure, la question n’est pas de savoir si les banlieues françaises s’enflammeront à nouveau comme en 2005, mais plutôt quand ? Depuis des années, les services du renseignement intérieur alertent en vain les autorités sur les risques d’affrontements intercommunautaires généralisés ou de sécession pure et simple de pans entiers du territoire. Il faut juste se demander quelle en sera l’étincelle. Une crise financière ou sociale ? Un nouvel attentat de masse islamiste et des représailles de groupes de Français, sans alternative politique sérieuse et ulcérés par la déficience récurrente de leurs « chefs » à les protéger ? Une bavure de policiers épuisés, à cran et totalement lâchés par leur hiérarchie ? Qui peut savoir ?

Les cinq semaines d’émeutes en 2005 ne firent aucun mort chez les émeutiers et les forces de l’ordre. Quinze ans plus tard, si un tel évènement se reproduisait, avec la quantité incalculable d’armes circulant aujourd’hui sur le territoire, qui peut dire quel serait alors le bilan humain ?

Certes, comme je le rappelle souvent, de la Commune de Paris à nos jours avec les Gilets jaunes, en passant par la guerre d’Algérie, mai 68 ou encore les émeutes de 2005, la République a toujours démontré qu’elle pouvait très bien se défendre. Des plans secrets sont mêmes prêts dans les états-majors de l’armée et de la gendarmerie pour reprendre le contrôle de certains quartiers.

Les autorités auraient également la possibilité de mettre en œuvre l’article 36 de la Constitution et l’état de siège. Mais alors, un palier serait franchi et le pays basculerait dans une autre dimension. Dès lors, le problème est de savoir qui aura les épaules, la volonté et le courage d’assumer et surtout d’appliquer ces ultimes mesures. Dans ce cas précis, il ne suffira pas de compter sur le seul professionnalisme des « derniers maillons de la chaîne » (les services de renseignement, l’armée et la police durant la dernière vague de terrorisme ou encore les soignants pendant le coronavirus).

Face à une telle crise, il faudra de véritables hommes d’État à la France, ce qui pour l’heure semble lui faire défaut. Et c’est bien cela, en définitive, qui est le plus inquiétant...

 

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour GlobalGeoNews. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778/

 

17/06/2020 - Toute reproduction interdite


Des jeunes armés dans les quartiers de Dijon
Capture d'écran twitter
De Roland Lombardi

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