Le professeur de philosophie de Trappes, menacé de mort pour avoir dénoncé l’islamisme, fonde l’association « Défense des Serviteurs de la République », pour soutenir les fonctionnaires victimes de menaces communautaristes. Pour lutter aussi contre le « pas de vaguisme » d'une administration pusillanime qui abandonne souvent ses propres agents face à la calomnie. Une initiative qui résonne comme un hommage à Samuel Paty, et à tous ceux qui luttent contre le fléau de l'obscurantisme religieux.

Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Comment est née votre association de « Défense des serviteurs de la République » ?

Didier Lemaire :
J’ai été contacté par plusieurs enseignants en France, suite à ma médiatisation, dans des endroits où je n’imaginais pas qu’il était possible d’avoir les difficultés que j’ai rencontrées à Trappes. Ces collègues m’ont dit qu’ils avaient subi des pressions ou des menaces de mort, et que leur administration était restée passive, y compris l’institution judiciaire parfois, lorsqu’un dépôt de plainte avait été effectué.
J’ai demandé à mon avocate de s’enquérir de la situation de ces enseignants et d’intervenir. Et comme j’envisageais déjà la création d'une structure de promotion de la laïcité, l’idée a pris forme avec cette association baptisée « Défense des Serviteurs de la République ».

Fild : Quels sont les buts de votre association ?

Didier Lemaire : L'association est destinée aux enseignants, mais aussi à tous les fonctionnaires qui peuvent subir des pressions ou des menaces d’origine communautariste. Il s'agit de promouvoir la laïcité et de défendre les serviteurs de l’État dans leur mission de service public, pas de régler des conflits qui relèveraient du « fait divers ». En ce sens, un site internet sera ouvert pour que chaque cas, chaque situation fasse l’objet d’un examen. Et nous proposerons ensuite aux personnes concernées les services d’un des quatre avocats de l’association. Ils n’en sont pas membres, mais ils sont là pour défendre juridiquement ces cas. L’association ne sert pas uniquement à défendre. Elle vise aussi à ne pas laisser ces fonctionnaires dans des positions de victimes esseulées. Il faut restaurer l’honneur de ces fonctionnaires, montrer qu’ils sont des citoyens à part entière et pas uniquement des victimes. Car c’est terrible de se retrouver seul dans une situation pareille. C'est ce qui est arrivé à Samuel Paty. Il faut qu’il y ait un « avant » cet événement dramatique, et un « après ». Son assassinat n’était pas seulement une affaire locale : il est lié à un contexte institutionnel.

Fild : Qu'attendez-vous de l'Éducation nationale en rendant ainsi publics les cas que l’administration tente de dissimuler ?

Didier Lemaire :
L’objectif est bien d'amener l'administration à renoncer à son attitude d'évitement, de « pas de vaguisme ». Mais nous ne voulons pas à tout prix dévoiler le nom des personnes qui nous contacterons, car cela peut porter préjudice à leur carrière. Ce que j’ai constaté dans l’Éducation Nationale, c’est que d’autres enseignants avaient été exfiltrés pour leur sécurité. Mais cela a été fait dans un silence total et absolu. On retrouve le mécanisme qui était à l’œuvre dans l’assassinat de Samuel Paty, avec une administration qui se fait le relais de la rumeur ou des accusations portées contre l’enseignant.
Je vais vous donner un exemple : une enseignante de Trappes, que je ne connais pas personnellement et qui enseignait les sciences de la vie et de la terre au collège, a été accusée de racisme dans le cadre de sa profession, par un parent d’élève très défavorablement connu des services de police. J'ai eu accès à ce dossier, et il n’y a pas la moindre trace de racisme. L'enseignante a été harcelée par ce parent, et l’administration a estimé qu’il fallait contrôler son cours. Un inspecteur a donc été envoyé, et on lui en a reproché le contenu. Elle a été « sauvée » par les renseignements territoriaux qui ont décidé de la retirer de l’établissement, puisqu'il n’était plus possible qu’elle reste à Trappes pour des raisons de sécurité. À défaut, cette enseignante risquait de se faire sanctionner pour des faits qu’elle n’avait pas commis ! On ne peut pas laisser une administration accepter des pressions venant de familles, comme dans le cas de Samuel Paty. Il y a également eu l’affaire très médiatisée de Jean-Christophe Peton. Cet enseignant a reproché à l’administration de ne rendre qu’un pseudo-hommage à Samuel Paty, en considérant qu’il s’agissait-là d’une hypocrisie. Il a publié un message qui lui a valu dans un premier temps d'être suspendu et sanctionné. Mais grâce à une campagne d’enseignants en sa faveur, le rectorat est revenu sur la sanction, et il a été réintégré. Preuve que la médiatisation fonctionne : en rendant les cas publics, l’administration sera obligée de les traiter, ce qu’elle ne fait pas actuellement.

12/01/2022 - Toute reproduction interdite



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