International | 28 juin 2018

Destructions Israéliennes en Cisjordanie: l'Union Européenne reste silencieuse

De Jean-Pierre Perrin
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Anciennent Grand Reporter au quotidien Libération, Jean Pierre Perrin analyse l'attitude de l'Union Européenne concernant la situation actuelle en Cisjordanie.

Désespérante routine. Chaque mois, les autorités israéliennes détruisent, démolissent ou s’emparent d’infrastructures ou de bâtiments palestiniens à travers la Cisjordanie (West Bank). Dans ses bulletins hebdomadaires, l’Office de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) en tient scrupuleusement la comptabilité. En mai, le chiffre de ces destructions ou expropriations s’est élevé à 34, soit sensiblement le même nombre que pour chacun des quatre premiers mois de 2018 et des 12 mois de 2017. A chaque fois, l’Office mentionne aussi le nombre d’infrastructures détruites ou expropriées qui avaient été construites avec les dons de l’Union européenne ou de ses Etats membres.

Le 2 mai, dans le gouvernorat d’Hébron, pas moins de onze infrastructures financées par l’UE ont ainsi été démolies, dont des maisons, des systèmes hydrauliques ou solaires, des moyens de subsistance (livelihood)…, parce qu’elles se trouvaient à proximité d’une « zone de tir » utilisée par l’armée israélienne pour ses entraînements.

Dans le gouvernorat de Salfit, toujours en mai c’est une route construite avec des fonds européens qui a été détruite. Elle permettait de relier le village de Haris à une route principale et était utilisée par quelque 3800 personnes.

Toujours selon l’Office de coordination, six infrastructures, dont une clinique et une école primaire, également financées par l’argent de l’UE ou de l’un de ses membres, ont reçu des ordres d’arrêt de travail (stop-work orders - SWOs) de la part de l’armée israélienne. Le 24 mai, la Cour suprême israélienne a rendu un arrêt à propos d’un territoire habité par des Bédouins palestiniens à Khan al-Ahmar, dans les faubourgs de Jérusalem-Est, ordonnant la démolition de 36 infrastructures appartenant à cette communauté et le transfert forcé de ses habitants qui seront remplacés par des colons israéliens. Parmi les bâtiments qui devront être détruits, on trouve à nouveau des infrastructures, dont une école publique, créées là encore avec des dons européens – pour 315 000 euros.  

 Depuis 2009, le montant total des équipements financés par l’UE ou des Etats membres qu’Israël a démantelés et saisis s’élève à plus de 1,2 million d’euros, dont 557 000 euros pour la seule année 2016.

 La raison officielle invoquée par les autorités israéliennes est toujours la même : ces constructions ne disposent pas d’une autorisation préalable. Or, pour les Palestiniens, celle-ci est un sésame quasiment impossible à obtenir en zone C (contrôlée par l’administration civile israélienne et qui représente environ 60% de la Cisjordanie): 1 % de leurs demandes ont été satisfaites entre 2014 et mi-2016. 

Selon Bimkom, une association de planificateurs et d’architectes israéliens qui défend les droits de construction des Palestiniens, Israël démolit chaque année des dizaines à des centaines de bâtiments palestiniens en zone C.

Ce qu’il y a de choquant, au-delà des destructions et des expropriations, c’est le silence de l’Union européenne.  Il y a bien eu quelques velléités de protestation, dont une lettre remise au ministère israélien des Affaires étrangères, en octobre 2017, de huit bailleurs de l’UE (Belgique, Danemark, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Irlande et Suède), réunis dans un consortium humanitaire, après la destruction d’équipements scolaires et la confiscation de panneaux solaires qu’ils avaient financés, en Cisjordanie. Mais cela n’est pas allé plus loin.  

Certes on ne s’attendait pas de la part de l’UE à beaucoup de courage mais là, son attitude devient désespérément honteuse. Car, non seulement, elle ne proteste pas mais elle cache la vérité, à savoir que l’argent des contribuables européens sert à financer des infrastructures destinées in fine à être détruites. Ce faisant, l’UE encourage le gouvernement israélien à poursuivre la même politique.  On sait que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou manifeste un mépris très profond pour l’Union européenne. Les faits lui donnent, hélas ! raison.

 

28/06/2018 - Toute reproduction interdite.


Un Palestinien cherche ses biens parmi les restes de son logement, qui a été financé par le bras humanitaire de l'UE, après sa démolition par les forces israéliennes, près du village d'Al-Eizariya en Cisjordanie, à l'est de Jérusalem le 21 janvier 20
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