Publiée au Journal officiel du 25 mai dernier, la loi pour « une sécurité globale » préservant les libertés prévoit la création d’une police municipale de Paris. Or, ses agents seront… désarmés ! Dans un contexte sécuritaire de plus en plus dégradé, cette décision est purement idéologique et tout simplement consternante.

La chronique politique de Roland Lombardi

 

Alors que la France ne cesse de se fragmenter et qu’elle est confrontée à une explosion des « incivilités », de la petite délinquance, du grand banditisme autour notamment du trafic des stupéfiants, et à une menace terroriste toujours prégnante, pour une certaine gauche, la police semble être, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’unique cause de tous les maux.

Après Jean-Luc Mélenchon, le patron de La France Insoumise qui est pour « la dissolution des BAC et des BRAV » et qui ne veut plus de flashballs ni de grenades de désengagement, et Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui s’en est pris récemment à la police, dénonçant son comportement « dans les quartiers populaires » et affirmant qu’elle « tue une quinzaine de jeunes par an » et que « cette police peut tuer parce qu’elle est surarmée, elle est dangereuse », la décision d’Anne Hidalgo, la maire PS de Paris, de ne pas armer ses policiers est tout simplement ubuesque.

En effet, les 2 000 agents de la nouvelle police municipale de la capitale – qui seront recrutés sur cinq ans – ne seront pas dotés d’armes à feu et ne recevront que des moyens de force intermédiaire, comme des gazeuses ou des matraques tonfa.

Ils seront pourtant équipés d’une caméra piéton et même d’un gilet pare-balles ! Cette dernière dotation n’est-elle donc pas l’aveu des risques qu’ils encourent ?

Les violences verbales contre les forces de l’ordre ne cessent de se multiplier et on ne compte plus les attaques physiques sur les policiers pris dans de véritables guet-apens ou les commissariats littéralement assiégés. De fait, dans la France d’aujourd’hui, chaque femme ou homme en uniforme est malheureusement une cible privilégiée. Comme le rappelle le docteur en droit Maxime Thiébaut, « c'est pourquoi il est déconseillé aux forces de l'ordre de se promener dans la rue en uniforme sans leur arme. C'est pourquoi les gendarmes doivent chambrer leur arme à feu avant de partir en mission. C'est pourquoi il est enseigné dans les écoles de police que, face à un individu armé d'un couteau à moins de sept mètres de soi, la seule chance de survie est de prendre ses jambes à son cou ou d'avoir son pistolet en main prêt à riposter ».

Quoi qu’il en soit, pas d’armes à feu pour les policiers municipaux de Paris. Mais plutôt un « comité d’éthique » de onze membres parmi lesquels des représentants d’associations et cinq Parisiens. Sa mission ? Traquer toute exaction des… policiers !

L’exemple britannique remis en cause face à la menace terroriste

En Grande-Bretagne, la tradition historique du « bobby » est bien connue et souvent citée en exemple par les pourfendeurs des policiers dont l’arme à feu ne serait qu’un simple permis de tuer. Outre-Manche, 95 % des policiers ne sont équipés que d’une matraque. En cas de problème grave, ils font appel aux 5 % restants (en l'occurrence, les officiers ou les membres des forces spéciales), spécialement entraînés à l’utilisation d’armes à feu (pistolet, pistolet-mitrailleur et fusil d’assaut). À Londres, cette proportion est de l’ordre de 10 %. Ainsi, les armes sont stockées dans des compartiments sécurisés placés dans les voitures de patrouille. En 1829, lors de la création de la Metropolitan Police, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Sir Robert Peel – également appelé Bob Peel et dont les policiers britanniques garderont leur surnom, les Bobbies – avait voulu établir une différence avec l’armée et marquer la proximité avec la population, l’attachement des policiers à la démocratie et à la prévention plus qu’à la répression. Cette particularité, assez rare dans le monde, est encore largement plébiscitée par la majorité des Britanniques, et par les policiers anglais eux-mêmes.

Seule exception : l’Irlande du Nord – en raison d’une guerre civile larvée depuis des décennies et du terrorisme de l’IRA –, où tous les policiers sont armés. Aussi, à partir de 2016, la menace et les diverses attaques islamistes ont poussé le chef de la police londonienne à décider d'armer davantage certains policiers…

Autres lieux, autres mœurs, dirons-nous. Mais vu que la France est en Europe en première ligne face au danger djihadiste, qu’elle subira inévitablement d’autres attentats et que certains quartiers français sont chaque soir le théâtre d’émeutes qui n’ont malheureusement rien à envier aux heures les plus sombres des troubles de Belfast, ceux qui prônent le désarmement de la police sont tout bonnement de pitoyables idéologues hors-sols.

Pour revenir aux pauvres policiers d’Anne Hidalgo, littéralement jetés en pâture aux délinquants, il faut juste souligner que sans armes, ils perdront tout d’abord l’ascendant psychologique et l’effet dissuasif : un agent en uniforme avec une arme à la ceinture suscite moins les violences et les agressions gratuites. Bref, l'arme à feu est l'assurance pour les policiers qu'ils pourront protéger leur vie et accessoirement la nôtre !

Petit rappel important : en octobre 2020, lors de l'attaque islamiste dans la basilique Notre-Dame de Nice, sans l'intervention des policiers municipaux niçois et de leurs armes à feu, le terroriste n'aurait pas été neutralisé si rapidement (il n’a pas été tué) et le bilan des victimes aurait sûrement été encore plus lourd…

Décidément, les délires idéologiques et quasi quotidiens de la gauche française pourraient égayer nos soirées, si seulement certains d’entre eux ne mettaient pas en péril la vie de nos concitoyens !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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Un agent de la police municipale pose avec une caméra corporelle de la police à Nice, le 13 juin 2018.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi