Notre reporter a parlé avec des juristes, médecins, épidémiologistes, statisticiens et essayistes qui s'opposent au « pass sanitaire ».  Ils exposent des arguments raisonnables, indispensables au débat et à la réflexion.

Enquête de Francis Mateo

 

C'est un passeport sanitaire qui n'ose pas dire son nom, jusque dans l'utilisation du terme anglais « pass » (« laissez-passer »). Un choix linguistique comme une dénégation de la part d'une majorité présidentielle voulant imposer une loi finalement apparentée à « une obligation vaccinale déguisée », selon l'avocat François Saint-Pierre. C'est ainsi que ce projet de loi d'élargissement du pass sanitaire est également perçu par des millions de Français, dont les centaines de milliers qui sont descendus dans la rue pour le dénoncer.

Plus qu'une « minorité capricieuse et défaitiste », pour reprendre les termes méprisants du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Car nombre de ces Français ne sont pas complotistes, ni même « antivax », mais des citoyens qui s'interrogent, à l'instar de François Saint-Pierre, sur les discriminations inhérentes à ce projet de loi, tout particulièrement envers les salariés qui pourraient se voir privés de salaire ou les citoyens empêchés d'accéder à des lieux de culture. Un texte contraire à la résolution n° 2361 du 21 janvier 2021 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, selon laquelle les citoyens doivent être, d'une part, « informés que la vaccination n’est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner » (Article 731), et demandant par ailleurs aux États membres de l'UE « de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risque potentiel pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner » (Article 732).

Au-delà de cet argument juridique, l'obligation de ce « pass » pose aussi de nombreuses questions sanitaires qui ne peuvent être balayées d'un revers de main, et encore moins d'un mensonge. Car en affirmant devant l'Assemblée Nationale que les vaccins contre la Covid-19 n'étaient pas en phase expérimentale, le ministre de la Santé Olivier Véran a menti. Ces vaccins sont en effet en phase III d'expérimentation, et ne disposent pour l'instant que d'une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) conditionnelle jusqu'en 2022, voire 2023. Toutes les personnes vaccinées sont donc littéralement en position de cobayes. Ce qui peut expliquer pourquoi aucun gouvernement dans le monde ne s'est aventuré à décréter directement une obligation vaccinale, puisque aucun vaccin en phase expérimentale ne peut être imposé par la loi. D'où la contrainte détournée mise en œuvre en France.

La réalité sur le « bénéfice-risque » des vaccins

Dans ces conditions, les inquiétudes exprimées sur l'efficacité et les risques liés à la vaccination sont pour le moins légitimes. « Surtout lorsqu'on enregistre 527.000 effets secondaires post-vaccination, comme c'est le cas en Europe, dont 17.000 décès, ce qui est énorme... Quelques dizaines de morts auraient dû déclencher toutes les alarmes ! D'autant que les chiffres de pharmacovigilance sont extrêmement sous-estimés, et que l'on peut les multiplier par dix pour avoir une estimation de la réalité », affirme le docteur Philippe de Chazournes, médecin généraliste à La Réunion, et membre du Conseil Scientifique Indépendant : « Quand on prêté le serment d'Hippocrate, on ne peut tolérer un vaccin qui provoque des effets indésirables potentiellement graves ou mortels, avec un nombre extrêmement élevé d'hypertensions, de céphalées, de vertiges, de troubles thromboemboliques, et même des pertes de la vue pendant dix minutes. On ne peut pas rester sans réagir ».

Les statistiques officielles concernant la mortalité vaccinale répertoriées sur le site américain Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) sont encore plus inquiétantes : « Depuis 1990, 16.000 décès ont été recensés aux États-Unis après vaccination, dont 6.000 depuis le début de la campagne vaccinale contre la Covid-19, soit près de 35 % des morts post-vaccination », rapporte Pierre Chaillot. Ce statisticien et mathématicien a également travaillé en Europe sur la balance « bénéfice risque » des vaccins contre le Sars-CoV-2, à partir notamment de l'étude de Walach, publiée dans le magazine Vaccines le 28 juin dernier, avant d'être rétractée quatre jours plus tard.

« Cette rétractation est plus que surprenante, car elle n'est motivée par aucune justification scientifique », estime Pierre Chaillot. Aucune erreur ni mauvaise fiabilité des données n'a été signalée (contrairement à la fameuse étude « bidon » sur l'hydroxychloroquine publiée dans The Lancet). Il n'y a pas eu non plus « d'inconduite » ni de « fraude scientifique » (ou plagiat). De fait, l'étude de Walach a immédiatement été republiée par son auteur (le professeur Harald Walach). Son objet : répertorier les décès pouvant être attribués à la vaccination contre la Covid-19 à partir des données officielles publiées aux Pays-Bas. « Le choix de ce pays s'explique par le grand nombre d'incidences post-vaccinales rapportées, soit 90.000, ce qui démontre une certaine efficacité de la pharmacovigilance aux Pays-Bas ».

D'après Walash, au moins 3 décès sont à déplorer pour 100.000 vaccins. Pierre Chaillot a mis en perspective ces résultats avec l'étude de Dagan réalisée en Israël, assurant que « entre 2 et 11 vies sont sauvées grâce au vaccin pour 100.000 doses administrées ». « Si l'on se base sur les chiffres à minima des études de Walash et de Dagan, c'est à dire les données qui sont les plus sûres, on aboutit donc à un ratio de deux vies sauvées pour trois morts », conclut le mathématicien.

Une conclusion troublante, alors même que la vaccination n'empêche pas les contaminations, comme l'a prouvé récemment le cas du porte-avions britannique HMS Queen Elizabeth, où a sévi une épidémie de Sars-CoV-2 alors que 100 % des membres d’équipage étaient vaccinés.

« Quand j'entends dire que la vaccination générale va permettre d'atteindre l'immunité collective, les bras m'en tombent, puisque tout le monde reconnaît aujourd'hui que les personnes vaccinées peuvent tomber malade. C'est bien la preuve que le vaccin n'apportera pas l'immunité collective, qu'il n'y a aucune rationalité à ce type d'argument », estime l'essayiste Eric Verhaeghe.

Le risque d’entrer dans une société de surveillance généralisée

Il est cependant important de rappeler que l'immense majorité des opposants au pass sanitaire ne sont pas, par principe, opposés au vaccin. Ils y sont même favorables pour les personnes à risque. Il est donc ridicule de vouloir réduire à des « anti-vax » des médecins comme le Dr. Philippe de Chazournes, expert à la Haute Autorité de Santé pendant des années, spécialiste des épidémies, et régulateur au Centre 15 depuis vingt-cinq ans. Un docteur qui parle « au nom de centaines de médecins ayant été empêchés de soigner leurs patients », car l'État leur a interdit de recourir à des traitements qui pouvaient pourtant être efficaces : « C'est à cause de cette interdiction qu'énormément de personnes sont mortes, parce qu'on ne les a pas traitées ou à cause des retards de soins ; des malades auxquels on a dit de rester chez eux avec de l'hypertension, des céphalées et tout un tas de symptômes, de ne pas aller pas voir le médecin et de prendre du Doliprane en attendant, malgré les problèmes hépatiques que cela pouvait poser ». De fait, le Dr. Chazournes annonce son intention de porter plainte contre X, au nom du Conseil Scientifique Indépendant : « Nous allons alerter le procureur pour non-assistance à personne en danger, et pour que le directeur de l'agence régionale sanitaire autorise à nouveau l'Ivermectine. La solution, c'est de traiter les gens avant qu'ils ne soient gravement malades et de ne plus les laisser mourir par absence de traitement ambulatoire précoce ».

Une plainte qui pourrait bien en appeler d'autres, tant sur le plan médical que sur celui des privations de libertés. « L'utilisation du pass sanitaire dans la vie quotidienne va nous faire entrer sans le dire dans une société de surveillance généralisée, qui inquiète d'ailleurs tout autant les personnes vaccinées que les autres », prévient Éric Verhaeghe.

La censure imposée impunément par les GAFAM sur toute évocation de l'origine du virus de Wuhan, de l'efficacité des vaccins ou des possibilités de traitement coïncide avec cette restriction des libertés. « Si vous ajoutez à cela les folies envisagées par le gouvernement, comme l'interdiction d'accès à l'hôpital aux non-vaccinés et les suppressions de salaire, voire le licenciement, on peut penser que nous sommes en plein délire sanitaire et idéologique », ajoute Eric Verhaeghe. L'essayiste y voit toutes les conditions d'une « sécession » entre le peuple français et ses dirigeants : « Obéir aveuglément à des ordres intelligents, ce n'est déjà pas si courant, mais obéir à des ordres idiots, c'est totalement irréaliste ».

30/07/2021 - Toute reproduction interdite


Des agents de sécurité vérifient les cartes de santé des visiteurs devant l'entrée du musée du Louvre à Paris, le 21 juillet 2021.
©Sarah Meyssonnier/Reuters
De Francis Mateo