Marouane Bouloudhnine est un Chirurgien orthopédiste et activiste politique franco-tunisien. Il a dédié sa vie au combat contre l'obscurantisme et dénonce avec courage, depuis de nombreuses années, le terrorisme islamiste. Il nous a adressé cette tribune que nous avons décidé de publier. Si nous partageons en grande partie son propos, son texte laisse apparaître une dissonance avec la ligne que nous défendons en matière de liberté d'expression. Notre rédaction est en effet adepte d'une liberté d'expression qui ne peut être encadrée que par le droit français, et non par l'émotion. Il nous est toutefois apparu important de faire entendre son point de vue. Pour contribuer au débat, mais aussi parce que Marouane Bouloudhnine est un intellectuel engagé, adepte des Lumières, qui connaît le monde arabe aussi bien que la France.

La France, en tant que pays des droits de l'homme et terre d'asile promise aux opprimés, n'a rien à voir avec les manquements répétés de clairvoyance de ses dirigeants. Tout comme l'Islam, en tant que message « spirituel » universel, n'a rien à voir avec les dérives de certains de ses adeptes. Ceci dit, le mal est profond.

Deux femmes et un homme priaient paisiblement dans la basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice ce jeudi 29 octobre 2020. Ils ont été tués au sein du monument sacré par un homme armé d'un couteau et cela moins de quinze jours après la décapitation de Conflans-Sainte-Honorine. Ils ont été tués par l'islamisme radical, comme tant d'autres. Mais qui donc est responsable ?

Comme simple analyste des faits annonciateurs, mes activités associatives de 2007 à 2012 d'ancien Président-Fondateur de MOSAIC[1] m'ont beaucoup appris sur la société française et les erreurs répétées des responsables politiques. La raison qui m'a poussé à créer Mosaic en 2006 avec d'autres, reposait sur le constat de gâchis humain par méconnaissance interpersonnelle. En tant que musulmans bien dans notre peau et dans notre citoyenneté, il était de notre responsabilité de défendre le vivre ensemble républicain malmené par des ignares que l'État laissait faire. On pressentait que la France allait perdre la guerre contre l'islamisme radical qui se préparait déjà. Nous sommes aussi la France, une et indivisible. Le terrain m'a beaucoup appris, j'y ai vu le meilleur comme le pire. Lors du débat sur le port de la Burqa en 2009, j'avais dénoncé dans une tribune[2] au Figaro, les dérives sectaires sous la houlette de pseudo imams qui se sont installés au su et au vu de la « République » laxiste. Aussi en 2010, j'avais alerté au plus haut niveau l'Élysée de la « triangulaire maléfique » qui sévissaient dans certaines banlieues. Ces territoires oubliés de la République étaient livrés à des jeunes délinquants qui utilisaient le Triangle des Banlieues : Drogues- Armes- Islam (des caves). Rien n'a été fait ...

Concernant le laxisme politique, des erreurs ont aggravé la situation de désocialisation de citoyens fragiles. En 1976, Giscard-d'Estain a instauré le « regroupement familial d'immigrés ». L'idée en soi était juste et généreuse mais a été mal appliquée. On a vu débarquer en France des centaines de milliers de personnes venues d'ailleurs sans avoir préparé leur intégration de manière planifiée. On les a parqués comme des bêtes dans des camps improvisés et les dirigeants de la République les ont oubliés. En 2011, Mosaic organisait le Tour de France des banlieues pour inciter à l'engagement citoyen des jeunes. Nous nous sommes rendu compte sur le terrain de l'ampleur des dégâts : des jeunes désœuvrés à l'appât du gain facile, des diplômés victimes de l'inégalité des chances, des valeurs d'un autre temps importées à travers des paraboles anarchiques, des parents qui ne manient pas le français, des enfants qui rejettent la France qui les a « mal accueillis », un sentiment de haine-amour exacerbé par les séquelles d'une colonisation douloureuse. J'ai perçu l'échec de la politique d'intégration à la française.

J'y ai vu aussi de merveilleuses associations citoyennes qui travaillaient sur le mieux vivre ensemble mais qui peinaient faute de moyens légaux saupoudrés au gré du marché électoraliste par des apprentis politiciens auxquels seule leur réélection importait. Pour déstructurer le tout, Chirac a supprimé en 1997 le régime militaire obligatoire qui restait le seul stimulant au sentiment d'appartenance à la Nation. Puis vint la connivence de Sarkozy avec des qataris qui voulaient créer un Fond de 50 millions d'euros pour les représentants de banlieues françaises choisis par eux !

Concernant le sentiment de frustration de nombreux jeunes de France, l'Insee avait relevé le « déni de francité », ressenti par 40 % des enfants d'immigrés qui ne sont que français. C'est sur ce terreau que se délectent les ennemis de la République venus d'ailleurs, soutenus par des fonds étrangers pour diffuser des messages de haine et de repli sur soi. La République a laissé faire. L'exaltation de jeunes paumés se fait sur la promesse de les voir passer d'un anonymat frustrant à une gloire internationale en commettant un acte légendaire, aidé par des substances hallucinogènes. Tuer de la manière la plus abjecte des innocents les feraient passer à la postérité. C'est sur le laxisme d'État que prospèrent des personnes comme Bechir Ben Hassen, un « pseudo Imam » tunisien vivant en France, interdit de prêche en Tunisie. Il lançait récemment un prêche relayé dans les réseaux sociaux appelant à la décapitation de tous ceux qui offensent le prophète Mohamed (et non pas Mahomet comme on s'évertue à le nommer). Il s'était déjà fait remarquer pour avoir approuvé l'attentat terroriste contre Charlie Hebdo.

Que fait la police ?

L'exemple de Nice est frappant à ce sujet de la sécurité nationale. Je connais très bien Nice pour y avoir été élu conseiller municipal subdélégué à la santé et aux sports de 2008 à 2014. Nice, 2ème ville de France en effectif de police, ayant la première police municipale la mieux armée, a subi des attentats odieux. Étaient-ils évitables ?

On voit que la réponse « sécuritaire » ne peut être la solution. Mais dans certaines circonstances, elle s'impose, comme aujourd'hui. Il faut terroriser les terroristes en ne désarmant pas la démocratie !

Nous sommes à la croisée des chemins. Face à ces attentats lâches, barbares et abjects la riposte doit s'organiser. La démocratie à la française se trouve dépourvue ! Il faut lutter efficacement contre le radicalisme islamiste, stopper la propagation de l'Islam politique tout en veillant à ne pas heurter la foi des croyants dans le monde. La réponse à un sentiment sincère de violation de la foi ne peut se faire à travers la question de la liberté d'expression. Celle-ci a ses limites quand il y a danger pour l'ordre public car on sait qu'elle tue. On a su pourtant limiter parfois cette sacrosainte liberté d'expression à géométrie variable. Un usage plus prudent de la liberté d'expression s'impose comme le propose Justin Trudeau.

Permettez- moi ainsi de faire des propositions de pistes d'actions :

  • Les musulmans de France dont la majorité est parfaitement insérée, doivent s'organiser en choisissant leurs dignes représentants. Ils doivent adjoindre une jambe laïque citoyenne, franco-française, à la jambe religieuse qui est sous influence étrangère. Ils doivent défendre dignement leur image.

  • Il ne s'agit pas d'une lutte des civilisations mais d'une lutte des ignorances. Cet Islam n'étant plus transmis par la famille mais par des groupes politico-religieux qui en travestissent le message, l'enseignement généralisé de la langue arabe pourrait aider.

  • Concernant le financement du culte, seul l'argent français rendrait l'Islam républicain. L'Islam ne sera de France que si son financement l'est à travers une Fondation rendue efficace. Son financement pourra s'adapter aux règles de la laïcité.

  • Bannir les atteintes inutiles au sacré, pour respecter la foi sincère des gens. C'est une question de bon sens humaniste et de sécurité publique. Veiller aux discours politiques qui attisent les peurs et les discriminations

  • Créer une « instance interconfessionnelle de dialogue et de concorde » avec voix consultative sur tous les sujets émotionnels de la société

  • Couper tout soutien aux représentants de l'Islam politique dans le monde et mettre sur la liste des organisations terroristes leurs associations perfides

  • Considérer tout islamiste comme intégriste. Il n'existe pas d'islamiste modéré sinon il serait musulman tout court

  • Expulser de France, sous le contrôle du juge, toutes les personnes étrangères fichées S ; elles représentent un réel danger.

La lumière de l'Islam, le vrai, finira par retrouver la France des lumières pour des cœurs enfin apaisés.

Mais il faudra du courage et de la détermination !

2/11/2020 - Toute reproduction interdite.


Des membres de la communauté musulmane prient dans une mosquée à Marseille lors d'un week-end de portes ouvertes aux mosquées en France, le 9 janvier 2016.
Jean-Paul Pelissier/Reuters
De GlobalGeoNews GGN