295 milliards d’euros pour la Défense entre 2019 et 2025 : par rapport à la LPM qui s’achève (2014-2019), celle dont discutent aujourd’hui les parlementaires pour couvrir la période 2019-2025, planifie une augmentation annuelle de crédits de 1,7 milliards d’euros par an jusqu’en 2022, puis de 3 milliards par an de 2023 à 2025. Inédit.

Depuis la chute du Mur et les fameux « dividendes de la paix », toutes les LPM se sont efforcées « d’organiser » les effets de la décroissance des crédits… Et en particulier, de limiter les dégâts causés par la pratique de Bercy consistant à puiser dans les lignes réservées à la Défense pour compenser les dérapages de l’exécution des lois de finances annuelles - avec l’aval des politiques, de droite comme de gauche.

Cette fois, avec un budget annuel moyen de 39,6 milliards d’euros par an sur la période 2019-2023, l’augmentation représente un supplément 7,4 milliards par an, comparé à la période 2014-2019. C’est beaucoup, mais une partie servira à financer des dépenses supplémentaires : le surcoût des opérations extérieures (Opex : plus 1,3 milliards d’euros en 2018) jusqu’alors largement à la charge de l’interministériel ; les décisions de remontée en puissance prises dans la foulée des attentats de 2015 (notamment les soldes des postes non supprimés).

Pour le reste, à quoi servira cet effort ? D’abord, à sauver littéralement un modèle complet d’armées. Il craquait de toutes parts du fait de la réduction des formats et de la hausse simultanée des sollicitations. Priorité sera donnée à l’entretien des matériels et à l’accélération de sa modernisation : renouvellement des blindés médians de l’armée de Terre (le programme Scorpion), des avions ravitailleurs de l’armée de l’Air (MRTT) indispensables à l’autonomie de notre dissuasion nucléaire, ou encore des pétroliers-ravitailleurs hors d’âge de la Marine nationale.

Procédant du même esprit, cette LPM « à hauteur d’homme » mettra pour la première fois l’accent sur les petits programmes d’équipement du combattant et sur les infrastructures de vie, deux variables traditionnelles d’ajustement budgétaire. Ainsi, tous les combattants en opération disposeront du nouveau treillis ignifugé et du gilet pare-balle de dernière génération. Les crédits consacrés à la préparation opérationnelle sont par ailleurs revus à la hausse.

En matière d’équipements structurants, enfin, la LPM affiche deux grandes ambitions : renouveler et moderniser la force de dissuasion ; consolider les moyens dévolus aux fonctions stratégiques « Connaissance anticipation » et « Prévention ». Pour la première, cela signifie davantage de capteurs humains et techniques (des avions de surveillance de théâtre jusqu’aux engins spatiaux : + 4,5 milliards d’euros). Pour la seconde, cela se traduit par le lancement du programme des vedettes de surveillance côtière Batsimar de la Marine nationale dont la cible passe de 17 à 19, ou le renforcement du dispositif des forces françaises stationnées à l’étranger.

Opérationnels, industriels et parlementaire crient victoire. C’est un peu tôt, tant une LPM demeure un exercice théorique, et son sort soumis à l’exécution des lois de finances.

Le premier rendez-vous de sincérité est donc fixé à l’automne 2018. Chacun aura toutefois noté que la plus forte hausse de crédit interviendra après la fin du quinquennat Macron. Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent…

15/05/2018 - Toute reproduction interdite.


Le président français Emmanuel Macron (C), ministre des Forces armées Florence Parly (G) et le général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre (CEMAT), a bord d'un hélicoptère NH90.
De Meriadec Raffray