Les semaines passent vite et, aussi surprenant que cela puisse paraître, la mode n’est pas à la construction de programmes mais à la déconstruction tous azimuts ! Dans l'élan, la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, propose de déconstruire les maisons individuelles. C'est dans le désordre des choses.

La chronique de Philippe David

Le wokisme et la cancel culture veulent déconstruire les stéréotypes de genre ou de race. Il faut bien évidemment déconstruire le patriarcat (on sait d’ailleurs que c’est celui des pays dans lesquels des hommes blancs de culture judéo-chrétienne de plus de cinquante ans tiennent les manettes du pouvoir que les femmes sont les plus maltraitées, les Afghanes peuvent en témoigner). Il faut aussi déconstruire les hommes (blancs en priorité bien évidemment), Sandrine Rousseau vantant les mérites de vivre avec un homme « déconstruit » (il faudra d’ailleurs nous expliquer ce qu’est un homme déconstruit).

Mais il n’y a pas que l’extrême-gauche et le wokisme qui veulent déconstruire puisqu’en fin de semaine dernière c’est Emmanuelle Wargon qui voulait - avant de faire marche arrière toute vu le tollé provoqué - en finir avec les maisons individuelles, « ce rêve construit pour les Français dans les années 70 », « ce modèle d’urbanisation qui dépend de la voiture pour les relier ». Selon la ministre déléguée au Logement, la maison individuelle est « non-sens écologique, économique et social », « le modèle du pavillon avec jardin n’est pas soutenable et nous mène à une impasse ».

Inutile de dire que ce mode de logement étant plébiscité, en particulier depuis les différents confinements, par les trois quarts des Français, la réaction d'indignation est facilement compréhensible. D’autant plus que le gouvernement veut privilégier la densification des villes et les logements collectifs. Il est vrai que les logements collectifs des grandes villes font rêver les Français : les grands ensembles des Mureaux, de Vaulx-en-Velin ou des quartiers nord de Marseille étant des havres de paix où l’insécurité n’existe pas (c’est juste « un sentiment de l’ordre du fantasme », comme l’a dit Eric Dupond-Moretti en septembre 2020). Ah ! la vie bucolique des grands ensembles, si bien montrée dans le film « Bac nord »…

Déconstruisons donc nos maisons individuelles, changeons l’homme comme on le faisait dans les années 70 dans le sud-est asiatique, quand le bon oncle Hô Chi Minh fabriquait « l’homme nouveau vietnamien » et que l’anthropologue Pol Pot vidait les villes pour faire de tous les cambodgiens des paysans. Ces années 70 où les Français faisaient construire des maisons individuelles, égoïstes qui n’imaginaient pas les enjeux climatiques cinquante ans plus tard.

Cependant, n’ayons pas peur, les tractopelles ne vont pas être mis en marche pour aller raser ces « non-sens écologiques, économiques et sociaux » que les Français ne veulent pas quitter quand ils y vivent, et qu'ils regrettent quand ils ont dû les quitter pour une quelconque raison.

Enfin, l’exemple devant venir d’en haut, Emmanuelle Wargon ne devrait pas tarder à quitter sa maison individuelle de 150m2 à Saint Mandé pour aller vivre dans une tour du quartier Stalingrad. Quitte à déconstruire, déconstruisons aussi la bourgeoisie.

Déconstructeurs de tous les pays, unissez-vous !

18/10/2021 - Toute reproduction interdite



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De Philippe David