L’affaire Nasrin Sotoudeh a fait couler beaucoup d’encre partout dans le monde. L’avocate iranienne de 55 ans a été inculpée par le Tribunal révolutionnaire iranien pour « incitation à la débauche » et « insulte au Guide suprême ». Pendant ce temps, en France, des associations islamistes s’échinent à défendre le voile islamique. Dans le pays de la Liberté guidant le peuple, le voile a pignon sur rue. Au Pays des exactions exercées par les Mollahs, les Iraniennes regimbent face à l’obligation de porter le voile. Déconcertant. Ironique. Mais comme disait Spinoza : « Nec ridere, nec lugere, sed intelligere ». Essayons de comprendre ! Analyse de Maya Khadra

Nasrin Sotoudeh, avocate et militante des droits de l’Homme, défend les femmes iraniennes qui ôtent leur voile. La peine est lourde pour un tel sacrilège en Iran : 38 ans de prison et 128 coups de fouet. Nasrin a courageusement brisé tous les codes, défié l’autorité des Mollahs et, sans ambages, osé se présenter au tribunal par le passé sans le voile islamique obligatoire pour les femmes dans l’espace public. Cette avocate, d’une hardiesse qui force le respect et l’admiration, a déjà passé trois ans en prison entre 2010 et 2013 après avoir défendu les opposants arrêtés lors des manifestations en 2009.

L’an dernier, elle prend la défense de plusieurs femmes du mouvement de la rue Enghelab, qui se sont montrées en public sans foulard en faisant fi de l’obligation du port du voile, en vigueur depuis la révolution islamique de 1979.

Les droits et libertés de la femme, ciment de la démocratie

Depuis le retrait des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire avec l’Iran, la rue iranienne se révolte. La marmite bout et le couvercle menace de sauter. 7000 militants ont été arrêtés, dont Nasrin Sotoudeh et de nombreuses femmes iraniennes, qui sont les premières à encaisser les ondes de choc issues de ces secousses sismiques, sociales et populaires, qui font trembler l’Iran des Pasdarans. Un mouvement de libération de la femme gagne toutefois en ampleur dans le pays de la Révolution islamique. On les voit partout, ces belles perses, se déhanchant langoureusement sur la mélodie d’une musique orientale, arborant un sourire encadré par une chevelure noire de jais, ôtant leurs voiles dans les rues et les faubourgs, ou encore sur les réseaux sociaux, défiant une police des mœurs archaïque. Un courage louable et salutaire, face à l’obscurantisme du régime islamiste chiite. Pendant ce temps, en France, le voile semble être devenu le ciment d’un discours pseudo-progressiste qui arbore l’étiquette de la tolérance pour mieux, peut-être, rafler les votes musulmans ... Il y a peu, Aurélien Taché, député du bloc parlementaire majoritaire LREM, comparait ainsi le voile islamique au serre-tête des fillettes catholiques… Christophe Castaner l’avait auparavant brillamment devancé en comparant le même voile à la mantille que mettaient nos grands-mères en se rendant à l’Eglise… Et, après le rejet de la candidature d’une jeune fille voilée dans la boutique de lingerie féminine « Etam », la direction de la chaîne a même présenté des excuses et suspendu la responsable du magasin. Que penser, que dire même, de tant paradoxe, d’inculture, et de manque de profondeur ?

« Etam est une entreprise engagée en faveur de la diversité́ et de l’inclusion et s’oppose fermement à toute forme de discrimination », pouvait-on lire en consultant la page officielle de la marque de lingerie sur Twitter. Louable. Mais assurément démagogique.

Ainsi, par les fentes de l’exclusion pénètrent toutes sortes d’aberrations et de capitulations : port du voile légitimé, droit à la parole donné à des associations fréristes qui se déclarent pourtant féministes… Au moment où la femme en Iran ôte son voile, la France défend celui-ci comme signe « d’inclusivité ». Toute atteinte à ce symbole est illico presto mise dans la case de « l’islamophobie » … N’oublions pas ce qu’en 2011, le responsable du Collectif contre l’islamophobie en France déclarait : « Qui a le droit de dire que dans, trente ou quarante ans, la France ne sera pas un pays musulman ? […] Personne dans ce pays n’a le droit […] de nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’Islam. » L’on doit retenir cette sortie potentiellement annonciatrice, mais assurément provocatrice, et s’en défier, comme l’on doit se défier de ce type de discours.

Pour Nasrin Sotoudeh, comme pour toutes ces femmes musulmanes qui ont le courage, de Téhéran à Paris, de dire non au voile, il faut oser affirmer que les droits et libertés de la Femme demeurent un curseur essentiel de la démocratie, qu’aucune lâcheté politique ou financière n’ont le droit d’entraver.

27/03/2019 - Toute reproduction interdite


Des femmes iraniennes défilent devant une affiche de l'Ayatollah Ruhollah Khomeini, lors de la cérémonie d'anniversaire de la Révolution islamique en Iran au cimetière Behesht Zahra, au sud de Téhéran, le 1er février 2016.
Raheb Homavandi/Tima/Reuters
De Maya Khadra