L'ancien Président égyptien Hosni Moubarak s'est éteint le 25 février au Caire. Il était âgé de 91 ans. 

Ancien militaire des forces aériennes égyptiennes, il accède au pouvoir en 1981, après l'assassinat d'Anouar el-Sadate, par une branche des Frères musulmans. Durant près de 30 ans, il sera le raïs incontesté de la République arabe d'Egypte. Son nom restera dans l'histoire pour avoir été un des autocrates du monde arabe à être chassé du pouvoir par son peuple (ou plutôt son armée) lors des Printemps arabes de 2011. Ainsi, c'est à la suite de la Révolution du Nil qu'il sera emprisonné pour corruption et pour avoir donné l'ordre de tirer sur les manifestants. Ce n'est qu'après la reprise en main du pouvoir par l'armée en 2013, qu'il sera acquitté de la plupart des charges qui pesaient contre lui et remis en liberté en 2017.

Pharaon moderne pour certains, dictateur pour d'autres, quel bilan pouvons-nous tirer de ses 30 années de règne ? D'abord, il est incontestable que sous Moubarak, l'Egypte connut une période de relative stabilité. Très impliqué dans les affaires régionales, l'ancien président égyptien était considéré comme un allié solide des Occidentaux, notamment contre le terrorisme islamiste, et surtout comme un des acteurs les plus actifs dans toutes les crises régionales entre les années 1980 et 2000, principalement dans le conflit israélo-palestinien.

Sur le plan interne, son bilan est plus mitigé. Certes, Moubarak a introduit une certaine ouverture économique et le néolibéralisme en Egypte. Mais comme ailleurs, trop d'Egyptiens ne bénéficieront pas de cette évolution... Au contraire, la précarité et la pauvreté se développeront inexorablement faute de réformes profondes et sérieuses d'un système économique archaïque, basé principalement sur la rente touristique. Par ailleurs, comme tous les autres potentats locaux des décennies passées, il ne s'attaquera jamais aux deux cancers de cette région : la corruption et l'islam politique. Pire, il abandonnera des pans entiers de la société égyptienne à l'organisation des Frères musulmans. Celle-ci, se substituant à l'Etat, prospérera alors, grâce à son maillage efficace des quartiers pauvres et des villages délaissés, sur la misère de la grande majorité de la population égyptienne.

Aujourd'hui, l'ancien maréchal et actuel Président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, au pouvoir depuis 2013, est fortement critiqué par l'intelligentsia de gauche.

Or, Sissi a hérité d'une situation économique et politique chaotique, avec une chute désastreuse du tourisme, une gestion calamiteuse des Frères musulmans au pouvoir durant une année et enfin, un contexte régional catastrophique.

Alors assurément, Sissi est un dictateur. Peut-être pire que Moubarak ! Toutefois, à la différence de ses prédécesseurs, il semble pour l'instant intègre et avoir véritablement le sens du bien commun. Son objectif paraît clair : n'ayant aucune opposition politique sérieuse et sachant très bien que les aspirations démocratiques sont aujourd'hui secondaires pour la grande majorité des Egyptiens résignés (l'esprit de la place Tahrir s'est malheureusement évanoui au profit de « Sissi ou le chaos »), il veut instaurer, tel un Bonaparte local, un genre nouveau de dictature, à savoir une sorte de « dictature éclairée » ou de « dictature bienveillante » mais avec une société plus ou moins ouverte et une forme de libéralisme économique.

Le Président égyptien sait aussi pertinemment que ce sont les mauvaises gouvernances du passé avec sa corruption généralisée, son népotisme, son accaparement des richesses puis la misère (d'où sa lutte sans précédent historique contre les trafics institutionnalisés et les difficiles et grandes réformes socio-économiques en cours) mais par-dessus tout, certains discours dévoyés de l'islam qui nourrissent le fanatisme. C'est la raison pour laquelle, il essaie d'imposer son autorité aux conservateurs d'Al-Azhar, qu'il a écarté, mis au pas et sous contrôle les salafistes et surtout, qu'il est devenu le fer de lance d'une lutte sans merci contre les Frères musulmans, en Egypte mais également dans toute la région avec son allié émirati...

Bien évidemment, Sissi est actuellement la bête noire de tous les soutiens des Frères musulmans, à commencer par nombre de nos soi-disant « spécialistes ».

Alors que nos belles âmes réalisent un instant, qu'aussi critiquable soit-il dans les domaines des libertés et des Droits de l'homme, sans lui, l'Egypte, pays de 100 millions d'habitants, aurait connu le sort de l'Algérie des années 1990, avec toutes les conséquences dramatiques pour la région et pour l'Occident qu'il est aisément facile d'imaginer...

26/02/2020 - Toute reproduction interdite


Le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi fait une déclaration au Palais de l'Elysée à Paris le 26 novembre 2014
Philippe Wojazer/Reuters
De Roland Lombardi