David Lisnard a été élu mercredi pour succéder à François Baroin à la tête de l'Association des maires de France (AMF), première force représentative d'élus locaux du pays et l’une des plus influentes. C’est une victoire sans appel. Le maire LR de Cannes a obtenu plus de 62 % des suffrages face au candidat centriste UDI, Philippe Laurent (36,24 %), largement soutenu par l’Élysée et certains « ténors » de la droite – toujours LR ! –, ayant déjà misé sur la réélection d’Emmanuel Macron en 2022…  

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

 

Sur les 34 000 maires et présidents d’intercommunalité appelés à voter électroniquement pour désigner leur nouveau président au cours du 103e congrès des maires, 11 500 ont participé au scrutin, ce qui représente une nette hausse par rapport à 2017 où seulement 2 000 élus s’étaient exprimés.

David Lisnard, maire LR de Cannes et vice-président sortant de l’AMF, a recueilli 6 913 suffrages, soit plus de 62 % des voix. Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et secrétaire général, également sortant de l'AMF et candidat avéré de l’Élysée, a obtenu, quant à lui, 4 176 voix.

Habituellement, l'élection des instances dirigeantes de l'association des maires de France ne passionne pas les Français. Mais cette année, sur fond de présidentielle, le vote s’est déroulé sous haute tension puisque deux clans s’affrontaient : LR et macronistes.

Même au sein du parti de droite, certains responsables, pourtant toujours encartés chez les LR, ont une nouvelle fois fait montre de toute leur bassesse. À l’instar d’Estrosi ou Muselier. Ce dernier, renouvelant sans vergogne sa forfaiture politique dans le but de plaire au maître de l’Élysée (qui ne lui a sûrement rien demandé !), s’est fendu d'un abject courrier en sa qualité de président de Région, pour dissuader les maires de voter pour le candidat de son propre parti, au profit de la liste macroniste !

« La présidence de l’AMF ne peut pas et ne doit pas être assumée par un maire qui n’a jamais appelé à voter en faveur des forces politiques républicaines lors des élections régionales de juin dernier, en dépit du consensus qui s’était créé face au Rassemblement national » a ainsi déclaré le président de la région Sud.

Dans un tweet, le 27 octobre dernier, Muselier s’indignait : « Pour la présidence de l’AMF, je soutiens Philippe Laurent ! Les maires de France ne peuvent pas être représentés par David Lisnard qui a fait campagne contre moi – et donc pour le FN de Thierry Mariani – aux régionales. Philippe Laurent sera un président ouvert et constructif ! ».

En effet, le Marseillais ne semblait pas pardonner au Cannois d’avoir laissé courageusement (à la différence d’Éric Ciotti par exemple, lui aussi en désaccord avec Muselier sur sa stratégie) toute latitude à ses administrés de voter pour qui bon leur semblait alors que Thierry Mariani, ancien RPR passé au RN, menaçait sa réélection, lui qui avait dans l’affolement, ouvertement rallié LREM en composant ses listes avec des membres du parti présidentiel. De plus en plus pathétique !

Durant sa campagne, David Lisnard avait manifesté son ancrage à droite, se présentant comme le garant d’un « ADN indépendant ». L’« AMF ne doit surtout pas être accaparée par un clan », avait-il également rappelé.

Car, à juste titre, il affirmait que Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, l’autre prétendant à la présidence de l’AMF, était « l’arbre qui cache la forêt macroniste. Près de 23 membres de sa liste sur 35 sont proches du chef de l’État. S’il l’emporte, l’AMF deviendra une courroie de transmission du pouvoir étatique ». Ce que confirmait même l’un de ses soutiens, le président LR du Sénat, Gérard Larcher : « Rien ne serait pire que l’alignement de l’Association des maires de France sur la politique du gouvernement, quel qu’il soit ».

À l’issue de l’annonce des résultats mercredi soir, le nouveau président a affirmé qu’il serait « le garant scrupuleux de l’indépendance de l’AMF, qu’elle ne fera l’objet d’aucune manœuvre extérieure ou en interne ».

L’AMF, le tremplin de Lisnard pour 2027 ?

Un temps séduit par l’actuel président de la République, comme beaucoup de ses collègues LR, et avec qui il échange en 2016 des sms - comme il l’avoue lui-même - David Lisnard se rend toutefois très rapidement compte du double discours du candidat Macron. « Il disait des choses en privé qu’il ne disait plus en public », « il a une grande capacité d’adaptation à ses interlocuteurs », rappelle le maire de Cannes qui finalement s’éloigne peu à peu. S’il était resté dans le sillage du vainqueur, il serait à coup sûr devenu ministre. Mais pour Lisnard, homme de convictions, Emmanuel Macron est « dans une logique de séduction, pas de conviction ».

Élu maire de Cannes pour la première fois en 2014, David Lisnard a été réélu en 2020 avec 88 % des voix dès le 1er tour. Et en 2021, le conseiller départemental le mieux réélu de France (78%, encore au 1er tour). Il s'était déjà révélé au grand public en multipliant les initiatives face à la pandémie de la Covid.

Il s'est illustré avec efficacité sur le front de la crise sanitaire, devenant un exemple de dynamisme et d'engagement municipal confronté aux défaillances de l'État. Issu d’un milieu modeste, il n'a pas hésité à pointer les absurdités de la gouvernance technocratique centralisée, coupée des réalités économiques locales. S’attirant les foudres du Ministère de la Santé à cause de son insolence et de sa résistance, il a été très critique à l'égard de la stratégie sanitaire gouvernementale parfois totalement ubuesque.

En juin 2021, il a réactivé Nouvelle Énergie, une structure sur laquelle il s'était appuyé pour gagner la mairie de Cannes, pour être porteur « d'idées et de solutions pragmatiques », et pour rompre avec la « spirale du déclin ».

Avant de se lancer à la conquête de l'AMF, David Lisnard avait envisagé l'idée de participer à la primaire de la droite. Or par humilité, intelligence ou conscient de son manque notable de notoriété, il a dû estimer qu’il n’était pas prêt. D’autant plus que la direction des LR s’enfermait dans la stratégie suicidaire de se choisir un champion « centriste ».

Il a donc finalement choisi de mener la bataille des maires de France. Il a toutefois prévenu sa famille politique du risque et de l’impossibilité de gagner en 2022 avec « un projet mou, ni (avec) un leader mou ».

Le maire de Cannes ne sera donc pas la surprise de l’élection présidentielle de l’année prochaine. Pourtant, comme je l’écrivais en juin dernier, je reste persuadé que cet élu de terrain de 52 ans, connecté au réel, certes libéral, « ordo-libéraliste » comme il se définit lui-même, avait pour lui le charisme, la « fraicheur » et la « nouveauté », afin d’être le seul à droite capable d’avoir une chance face à Emmanuel Macron. Le seul également à pouvoir réconcilier les classes populaires et la « bourgeoisie patriote », et ce, de manière bien plus subtile et beaucoup moins abrupte qu’un Éric Zemmour.

Au final, la victoire de l’édile cannois signe l'échec de Macron dans l'OPA entreprise sur les élus locaux. C’est la victoire des convictions sur les magouilles politiciennes, comme celle des territoires et des villages sur un parisianisme de plus en plus hors-sol.

Pour David Lisnard, cette nouvelle présidence de l’AMF lui donnera assurément une envergure et une visibilité nationale. Un tremplin pour 2027 ? Qui sait…

En attendant, pour les militants, les adhérents et les électeurs LR qui ne le connaissaient pas encore et qui l’ont entraperçu sur leurs écrans, avec sa flamboyance et son charisme, il en restera sûrement une certaine forme d’amertume. Eux qui, dépités, se forcent à suivre les débats peu ragoûtants de la primaire de la droite, pour essayer laborieusement de choisir leur candidat « pis-aller ». Un futur vainqueur de la primaire qui n’aura aucune chance de battre le Président sortant. Car, comme l’a rappelé un ministre : Bertrand, Ciotti, Pécresse et Barnier ne sont finalement que des « Macron en petit gros, Macron en chauve, Macron en femme et Macron en vieux » !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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Le président nouvellement élu de l'Association des maires (AMF) David Lisnard, Emmanuel Macron et Gérard Larcher assistent au Congrès de l'AMF, la réunion annuelle des maires français à Paris, le 18 novembre 2021.
©Thibault Camus/Pool via Reuters
De Roland Lombardi